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Les médecins résidents d’Algérie signent la plus longue grève de l’Histoire !

CAMRA : syndicat indépendant, politiquement battu par l’immobilisation d’autres forces sociales

mercredi 20 juin 2018
par Damien Djamel Bouch’Raf


Sans dialogue sérieux qui implique des solutions aux crises qui opposent salariés et employeurs, le service public en Algérie est loin d’être parfait, donc peu protégé des arrêts de travail qui n’assurent pas les droits des citoyens. Le cas des médecins résidents est éloquent, sur la gestion des droits de grève et des rapports qu’ont les décideurs à l’égard des travailleurs. La santé se trouve ainsi affectée par deux épiphénomènes, la mauvaise prestation au public et la fuite des cerveaux...

Il y a à toutes les périodes entre 15 et 20 000 médecins résidents en exercice en Algérie, tous formés et sortis des universités. Par ailleurs, est obtenu le premier certificat d’études, après une scolarisation universitaire de sept ans pour un médecin généraliste. Pour accéder il faut être doté de la mention « Très Bien » (plus de 16/20) au baccalauréat en science. La recrue doit suivre 3 ans d’études précliniques, 3 autres de cliniques et un an d’internat.

Les acquis du cursus généraliste permettent d’accéder au résidanat. Mais tous les diplômés doivent accomplir aussi au minimum 2 années dans un établissement de santé publique. Auxquelles se rajoute une durée de 2 à 4 années, selon la zone géographique, au titre du service civil dans les hôpitaux étatiques. Ce qui est le point d’achoppement à l’origine, depuis déjà 7 mois, d’une grève des concernés. Ces derniers jours un alarmant pourrissement est apparu, pour une corporation considérée parmi les élites. La demande syndicale est l’abrogation de l’obligatoire service civil pour son remplacement par l’incitation...

La fine fleur des universitaires en grève, cela ne veut pas dire une écoute adéquate des politiciens à la tête des institutions. De même un syndicat qui se refuse de faire de la politique, son caractère social le démunit de bien des qualités. Les mouvements sociaux en Algérie sont comme orphelins. Non pas qu’ils sont démunis de tuteurs, mais déshérités de ligne pouvant clarifier et amplifier les discours revendicatifs. Selon un rapport de la ligue indépendante de défense des droits de l’homme, environ 14 000 manifestations civiles ont eu lieu à travers le pays en 2017.

Quelques 800 futurs médecins de différentes spécialités, des centres hospitalo-universitaires ont été exclus de leur "fonction-formation" le 13 juin dernier. Ce qui dénote l’absence de dialogue, la surenchère autoritaire et en conséquence le durcissement de la contestation. La décision est tombée après un imbroglio où la direction des grévistes s’est trouvée en contradiction avec le collectif national qu’elle représente. Le Camra (syndicat) annonça par erreur la levée des arrêts du travail aux gardes d’urgences, avant de se rétracter.

Les autorités ont dû choisir de sévir contre le personnel sans tenir compte de toutes autres considérations. Le CAMRA s’est engagé pour que ses membres reprendraient leurs quarts de nuit à partir du 3 juin. Cette concession ne signifiait pas la fin de la grève, a insisté le syndicat. Ce dernier espère toujours des pourparlers fructueux, sans entêtements des responsables. Et comme le ministère s’est précipité à sanctionner par l’exclusion, le clivage s’approfondit.

Dans une certaine indifférence qui ressemble à un essoufflement des soutiens ainsi que des opinions qui se préoccupent de la doléance collective des médecins résidents, la protestation persiste. Le ministère de la santé ne perdant pas espoir de faire plier la contestation, a appelé à un retour au travail, sans même la reprise de dialogue dont l’inutilité est criarde. Cela a été rejeté par le CAMRA, telle est la logique de saignée.

L’atmosphère en Algérie est tenu par l’affaissement des colères identitaires qui ont viré à l’extrémisme. Ce qui laisse place à l’autisme augmenté des dirigeants, niant les communautés militantes jugées minoritaires et accusées de jeter l’huile sur le feu. Aussi bien chez les berbéristes qui, selon l’évolution des idées de Ferhat Mehenni alias Imazyghen Imoula, planchent après l’autonomie à la mise sur pied d’une milice, que chez les islamistes qui ont épuisé leur prise d’armes et leurs carnages... On continue donc d’alimenter des chimériques desseins.

Parmi les luttes des travailleurs qu’a connu l’Algérie, la grève syndicale des médecins résidents dans les hôpitaux publics est la plus longue connue dans l’Histoire de ce pays. Ce qui a découragé plus d’un des combats éclairés ayant trait à des causes légitimes. En manque de son propre modèle, les pratiques économiques et managériales algériennes restent imitatrices de ce qui se fait sous d’autres cieux, où les équilibres sont instaurés et les polarisations sont perçues à leur juste valeur. D’où le divorce avec la réalité locale.

La plupart de ces manifestations sont de courte durée. Certaines tiennent un jour ou même moins et souvent elles n’ont même droit à la crédibilité. Celles du corps des enseignants approuvaient plus l’islamisme, en soubassement de plate-formes fictives. Alors que la protestation des résidents médicaux a battu tous les records pour sa durabilité. Malgré les appels des partis au sein de l’alliance arrimée au pouvoir ainsi que l’opposition, afin de trouver une solution, la lutte continue... comme vainement !

La préférence de laver ce mouvement de politique, n’empêche pas que la solution se construit par ce qu’on évite ! Car tous les problèmes d’Algérie ont leur solution dans une large cohésion des forces vives !

Décret exécutif n° 11-236 du Aouel Chaâbane 1432 - correspondant au 3 juillet 20 11 portant statut du résident en sciences médicales.

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