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Russie : printemps d’une 3ème révolution

Poutine devant une classe moyenne gavée mais insatisfaite de son exclusion

mardi 24 janvier 2012
par Damien Djamel Bouch’Raf


Depuis le Printemps Arabe qui a marquée l’année 2011, l’esprit d’alternance démocratique, dans la gestion de la chose publique, intéresse davantage les populations. Le monde fait une découverte insolite, de ces peuples partagés entre ceux à la merci de pléthoriques monarchies réactionnaires et ceux sous le joug de dictatures indécrottables. Les séditions de la jeunesse arabe démarrées en Tunisie ont identifié que le pouvoir revient à un choix électif qui tranche entre prétendants et protagonistes à diriger les nations.

La Russie est devenue exposée à la révolte de la rue avec les éléments fondamentaux qui génèrent un printemps protestataire. Notamment un retour aventureux de Poutine à la tête de l’Etat qui risque de vivre son rejet. De même la classe moyenne qui a germé, ces dernières années, est l’une des plus éclairée mais vit, avec satisfaction qui ne la pousse pas à se rebeller, son autosuffisance des nouveaux acquis de l’amélioration de son cadre de vie.

Il ya vingt ans, Mikhaïl S. Gorbatchev annonce la fin de l’expérience communiste qui, dura 70 ans et fonda le socialisme face à l’adversité de l’archaïsme tant libérale que féodale. Les réformes poussées à leur apothéose transformèrent les 15 républiques qui étaient réunies dans l’Union Soviétique, en pays autonomes où le capitalisme remplaça l’économie planifiée.

La nouvelle révolution, la 3ème après celle des bolchévique et celle initiée par le PC (perestroïka et glasnost), a surpris certains observateurs. Aussi bien en ex URSS qu’en Chine l’œuvre réformatrice est sortie des bureaux des partis communistes, la première s’est soldée par le démembrement de l’Union et la seconde assume la libre entreprise en son fort intérieur.

Mais paradoxalement en Russie, la révolte était prévisible suite aux ambitions personnelles du 1er dirigeant sorti des services du KGB, outre le résultat contestable du scrutin du 4 décembre. Avec deux manifestations massives, sans précédent à Moscou ces quinze dernières années, les vacances pour les fêtes de fin d’année ont mis une trêve qui est venue comme pour bien faire réfléchir les décideurs. Un silence politique s’est installé partout de la fin décembre à la mi-janvier, ce qui a aussi fait retomber la tension.

Durant deux décennies, le peuple russe a supporté en silence le nouveau système que la corruption a noyauté malgré une riposte institutionnelle de la justice. Mais les flagrantes irrégularités des dernières élections législatives pour assurer le retour de Poutine à la tête de l’Etat Russe, ont poussé la population à mettre à Holà ! 50.000 personnes ont manifesté dans les rues de Moscou. Et d’une manière générale la 3ème révolution est arrivée à maturité et est même inévitable. Les protestations de masse attendent à prendre encore de l’envergure.

L’avancée d’Internet, dans une société éprise de divers savoirs et de technologie, ne connait pas de fluctuations du genre "censure" du Web. C’est à partir d’un bar, appelé « Masterskaya » qui signifie « atelier », situé non loin des bureaux du Kremlin que les dissidents ont lancé le mouvement dénonçant les truquages des résultats du vote, ainsi que l’appel à la fin du règne Poutine. Effaçant, avec des préparatifs déjà largement ressentis par le peuple, l’illusion de la perpétuation du régime opaque du couple Medvedev-Poutine. Le Printemps Arabe avait montré un chemin...

La nouvelle génération de la classe moyenne russe ne conteste pas seulement les résultats des dernières élections (grossièrement falsifiées), mais considère aussi que le système des partis qui s’est formé après le communisme ne reflète pas ses opinions politiques. C’est le cas de nombreux pays où l’opportunisme a précédé le militantisme dans les pays qui se sont à la démocratie depuis les années 80. Ce qui est la situation des pays qui découvrent le pluralisme partisan, où les politicards recyclés précèdent les insurgés potentiels.