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Législatives après Daesh en Irak, profonde recomposition du paysage politique

Muqtada al-Sadr allié des communistes depuis 2016, prône l’honnêteté et la compétence

lundi 26 février 2018
par Hugo Mastréo


A l’instar de toutes les nations arabes, l’Irak ne profite pas des meilleures pratiques démocratiques. Récemment c’est "Facebook" qui tient, non pas le haut du pavé, une place en politique, enviée par les meetings. Mais aussi les danseuses du populisme, notamment ceux au discours religieux, redoublent de présence pour les législatives qui se tiendront prochainement le 12 mai 2018. En décembre dernier a pris fin la guerre contre Daesh. Certains partis ont demandé le report de ce scrutin, mais la cour suprême a jugé anticonstitutionnel toute date ultérieure.

Voir en ligne : Notre dossier : IRAK

Elles étaient prévues pour septembre 2017, mais l’islamo-terrorisme de l’EI (Etat Islamique) occupait et dirigeait des pans entier du pays. Dès que tombaient les semblants de commissions de gestion que les hordes terroristes du Daesh ont érigé, l’administration officielle s’y substituait. Particulièrement les législatives de 2018 accéléraient la reprise de divers services publics.

Voilà ce que dit l’expert, Hisham El-Hashimi, dans ce court statut de facebook :

L’avancement des intenses préparatifs du vote font apparaître, dans des régions reculées, les activités des partis, de leurs leaders que de la population. Soit la course est déjà entamée, avec 6904 candidats, pour pourvoir les 329 sièges de membres du Conseil des représentants, dont 8 sont réservés aux minorités : 5 pour les Chrétiens, un pour les Sabéens, un pour les Yazidis et un dernier pour les Shabaks. Ils sont élus selon des listes des partis pour une représentation à la proportionnelle, utilisant 18 gouvernorats qui sont les circonscriptions électorales.

Malgré les grands défis sécuritaires, politiques et logistiques, les responsables dont le 1er ministre Haider al-Abbadi, ont bien confirmé, dès début novembre 2017, le maintien programme électoral tel que révélé. Au 26 décembre dernier, 204 partis se sont inscrits pour participer aux élections, la date limite était le 11 janvier. Des formations se sont alliées en 27 coalitions qui, elles aussi, se sont enregistrées en regroupant 143 partis politiques. Même les micro-partis ont fait alliance, comme ils peuvent concourir seuls.

Il était question, au début, d’un référendum national sur l’autonomie du Kurdistan qui sera suivi 6 mois plus tard de ces législatives. Mais la 1ère échéance a été vite abandonnée, après la victoire sur Daesh. Les Kurdes se sentent trahis par tous. Ils ont été contraints de faire le vote d’autonomie pour uniquement leurs régions (Kirkuk étant la principale ville) et seulement des populations concernées se sont exprimé. (Lire notre article ICI) sur un vote au résultat rejeté par Baghdad et ignoré par la communauté internationale.

Depuis l’agression américaine en 2003, tous les votes organisés en Irak ont débouché sur des crises. Des insatisfactions, tribales et sectaires en rapport avec l’islam, ainsi qu’idéologiques, éclatent à chaque fois. L’autorité publique s’est délitée. Les tendances attachées à la religion, sous ses deux segments, chiite et sunnite ainsi que les poussées tribales, que certains Irakiens avaient mis en aspérité, ont fragilisé la stabilité du pays. Et rendu difficile que soient acceptés les choix démocratiques.

Si les combats pour la victoire sur Daesh ont pu généré une forte cohésion. Au-delà la désignation des représentants du peuple pour l’instance législative, plus que pour les élections de dirigeants d’instance déconcentrées et locales, suscite bien des tiraillements. D’emblée le gouvernement irakien a averti que seuls les partis politiques qui ne disposent d’aucune fraction armée seront autorisés à participer à ce scrutin.

Les forces politiques en Irak s’apparentent plus démocratiques que dans le reste du monde arabe. Mais elles n’hésitent pas de faire usage du fait religieux, de régionalisme et d’autres populismes. Aussi les clans familiaux, déjà assez présents dans les constructions pyramidales descendantes depuis certains membres de gouvernements dans les partis, monopolisent la vie politique irakienne. Ces responsables sont déjà soupçonnés d’avoir déjà entamé leur campagne électorale et d’utiliser le denier public.

Une nouvelle force politique, d’appartenance chiite, est apparue dernièrement sur la scène politique irakienne. Elle compte détrôner l’ancienne coalition de l’État de droit qui a remporté lors des dernières élections (2014) avec 92 sièges, revenant au Premier ministre Haider al-Abadi et son prédécesseur Nouri al-Maliki. Le 1er sera, cette fois, candidat à la tête d’une coalition appelée "Victoire" (en référence à la victoire sur Daesh). Tandis que le second, sera à la tête d’une autre liste appelée du parti Dawa. Ils ont ainsi deux tendances distinctes, mais leur base semble unie

Les nouveaux prétendants se sont organisés avec les principaux membres des Hashd al-Shaabi (forces de mobilisation populaire), qui sont les principales milices arabes chiites qui se sont battues aux côtés de l’armée irakienne pour vaincre Daesh entre 2014 et 2017. Ils ont formé, avec toutes les composantes clés du "Hashd", une alliance appelée l’Alliance du Fatah qui comprend plusieurs Organisations.

Le Fatah a tenté de pactiser avec le parti "Victoire" (celui de l’actuel 1er-ministre) en décembre, mais au bout de 24 il s’est ravisé. Parmi les composantes issues du "Hashd", l’organisation Badr qui compte actuellement 22 sièges du parlement actuel, car auparavant faisant partie de "l’État de droit". Elle est suivie d’Asaib Ahl al-Haq, Kata’ib Hezbollah et Kata’ib al-Imam Ali qui sont plus modestes.

Ammar al-Hakim, le leader de l’Alliance Citoyenne qui était derrière le troisième plus grand bloc du parlement (avec 29 députés), a annoncé en juillet 2017 qu’il quittait les islamistes chiites, le Conseil suprême islamique d’Irak, qu’il dirigeait depuis la mort de son père , Abdul Aziz al-Hakim. Il a formé un nouveau parti Mouvement National de la Sagesse (al-Hikma), prenant distance de l’islamisme. Tous les membres l’ont rejoint, à l’exception de 5 sont allés à l’Alliance Fatah.

23 sièges revenaient, après le vote de 2014, aux sunnites arabes qui étaient rassemblés au sein de la principale coalition des Unitaires pour la réforme ("Muttahidoon"). C’est l’une des coalitions qui perd beaucoup lors des prochaines candidatures. Parmi les partis laïcs actifs, l’Alliance Civilisée, qui a actuellement 3 sièges. Elle est formée de 4 partis nationaux libéraux, non sectaires un certain nombre de personnalités indépendantes.

A la grande surprise de tous, Muqtada al-Sadr le charismatique et très populaire leader chiite a annoncé une liste conjointe avec le Parti communiste irakien. Elle est appelée l’Alliance des révolutionnaires pour la réforme. Et elle s’appuie sur une collaboration précédente avec les communistes depuis 2016, quand ils ont organisé des manifestations conjointes à Bagdad contre la corruption et le sectarisme au sein du gouvernement. L’une des plus marquantes actions citoyennes...

Moqtada Sadr.jpg
By مالهوترا - This file has been extracted from another file : سماحته مع سماحة حجة الاسلام والمسلمين السيد القائد مقتدى الصدر(دام عزه) في الحنانة.jpg , CC BY-SA 3.0, Link
Arabic writing "al-Hashd al-Shaabi" with an AK-47
By Popular Mobilization Forces, Fair use, Link

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