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Diriger la cinémathèque algérienne, une corvée d’une culture ardente de perfection



Le ralliement des cinéphiles à la rue Larbi Ben M’hidi dont le film se joue avec remontrance...


vendredi 21 décembre 2018
par Damien Djamel Bouch’Raf


Souvent en Algérie, des affaires paraissant anodines transforment pourtant le parcours de la vie commune du peuple et de la nation. Et même elles peuvent rompre le régime politique. Comme si ce pays reste vissé à sa mémoire du "fait de l’éventail", où un consul français a été frappé au visage par l’instrument servant au Dey d’Alger de se rafraîchir. L’événement a servi de prétexte à la colonisation française, pendant 132 années. Regardons les faits majeurs et en quoi la nomination du directeur du "musée du cinéma" peut engendrer un chahut susceptible d’ébranler le modèle de château de cartes livré au gré des vents...

Voir en ligne : Notre dossier ALGÉRIE

Voilà donc la nomination de Salim Aggar à la tête de la cinémathèque algérienne qui suscite un tollé ! Cette contestation risque de se propager sur les devants d’une année où se prépare des rendez-vous, vraiment discutés par les opinions locales de divergence plutôt caustique qu’apaisée. Alors jusqu’où ira-t-elle cette controverse, dans le comble de moult désordres tous inopinés, habitant la grande confusion et l’impénétrable opacité ?

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Les effets des projets culturels dans ce pays, comme la sortie d’une pièce théâtrale, sont fulgurants. L’interdiction du mouvement du théâtre engagé au temps du parti unique, à coup d’articles de presse sollicitant la dépolitisation de cet art, s’est aussi assignée de catalyser et domestiquer l’expression. Le 4è art devenait critique et la rigidité des démagogues se durcissait.

L’impact d’une représentation théâtrale est comme une action sociale et politique. Telle la grève au port d’Alger à la veille du 5 octobre 1988, des faits historiques se constituent de l’art aussi. Que cela agace les esprits dévidés de réalisme, des initiatives de citoyens, liés à la culture, redéfinissent l’itinéraire du pays. Qui lui est sur le chemin, tortueux de sa destinée, non encore défini. Car demain est livré aux aléas inconnus des désagrégations imprévisibles.

Pour citer des exemples édifiants qui ont été des exploits de rupture politique et sociale, la question de la censure est primordiale. La pièce épique de Kateb Yacine, titrée « La guerre de 2000 ans » avec la conférence de Mouloud Mameri, sur l’identité algérienne, programmées à l’université d’oued Aïssi à Tizi-Ouzou, en 1980, ont été interdites, pour contenir des tribunes et des paroles...

Pourtant ces deux activités devaient se tenir le 20 avril, la journée officielle (et nationale) de la culture appelée « Youm El-Ilm » (jour du savoir). Ce double bannissement, d’une prestation théâtrale et d’une conférence, fut à l’origine de ce qui est le « printemps berbère » ainsi que le réveil de la défense des droits de l’homme, en dehors de l’écrasement du monolithisme.

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Une pétition que vous pouvez consulter ICI, comprend un passage qui prête à verdict, pour toute la corporation qui gravite autour du 7ème art en Algérie. Nombreux artistes dont des comédiens et des cinéastes, des journalistes et écrivains s’opposent à ce que Salim Aggar prenne les commandes à la cinémathèque. L’argumentaire mérite d’être consulté, afin de se faire en toute lucidité un jugement.

La doléance, signée par déjà plus de 500 personnes, dit dans l’un de ses paragraphes : «  Cet homme est en conflit ouvert avec une partie importante de la profession. Profitant pendant 20 ans ou plus d’une tribune médiatique et se cachant derrière quelques pseudonymes frileux, il a fait de son métier de « critique » une couverture pour mener des campagnes de lynchage violentes et réactionnaires contre des cinéastes.  »

A propos de surnom servant de signature de presse ou même de nom en consécration artistique, l’usage est tellement répandu pour servir aux publications, y compris des ouvrages entiers. Voici un article, lire en fin de ce sujet, publié sur un site Internet algérien, assez fréquenté par les lecteurs qui vont de plus en plus sur le Web pour s’informer. Il est attribué à Salim Aggar dont la nomination à la cinémathèque est âprement contestée.

L’institution « cinémathèque d’Alger » est un établissement public qui a longtemps été un forum à la société civile algérienne. C’était aussi un écran d’où rayonnaient les répertoires cinématographiques, national et international, sur un réseau d’une dizaine de salles réparties à travers les grandes villes du pays. Son envergure, due à un doué cinéphile décédé, Boudjemaâ Karech, qui lui se caractérisait par une ample motivation. Un dévouement animé par l’envie de donner présence à l’Algérie dans l’universalité et vis-versa !

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Une telle expérience, de refouler la désignation d’un directeur d’établissement culturel, a déjà été vécue en Algérie. La désignation à la tête du TNA (Théâtre National Algérien) en 1987 d’un certain El-Hachemi Boukrouh issu d’une association, El-Djahidhya, présidée par un inspecteur idéologique du parti FLN, Tahar Ouatar, n’a pas été admise par la corporation. Beaucoup se sont ouvertement exprimés, dont feu Sid-Ali Khouiret qui était N°1 des planches algéroises.

Le président d’El-Djahidhia, mais néanmoins censeur attitré, avait ouvertement dénigré les francophones, dont Tahar Djaout lors de l’obtention du prix Goncourt. Cette épisode a aussi provoqué des réactions coriaces et une résistance ardue à l’arrivée d’un subalterne qui, même en tant professeur, n’avait aucune idée du domaine qu’il devait manager et sa seule et maigre référence est un illustré qui avait pour titre "Histoire du théâtre algérien". Mais aussi il prenait le poste à de bien mieux que lui !

Cette répétition d’événements, ayant donné des interactions fulminantes avec la notion même de "contestation culturelle", montre combien les artistes algériens ont des présages fertiles. Et souvent adéquats avec les aspirations de la société ignorée. Ils sont peu indifférents aux heures de la lucidité qui fait marier l’art et la vie !

Pour l’affaire du TNA, au bout d’un plus d’un an, El-Hachemi Boukrouh a été obligé de déposer sa démission. Le théâtre du grand Alger a été boycotté par les artistes et le public, le vide a occupé les lieux...

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