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HORS-LA-LOI, le Film de Rachid Bouchareb retenu aux Oscars 2011 des films étrangers

Les appels aux crimes dans la sphère xénophobe, l’Algérie dérange la mémoire coloniale.

mardi 25 janvier 2011
par Damien Djamel Bouch’Raf


Représentant l’Algérie, le film « Hors-la-loi » de Rachid Bouchareb est retenu, par l’Académie américaine des arts et sciences du cinéma, à l’Oscar 2011 du meilleur film en langue étrangère. IL figure parmi « Canine » de Yorgos Lantimos (Grèce), « Biutiful » d’Alejandro González Iñárritu (Mexique), « Incendies » de Denis Villeneuve (Canada) et « Revenge » de Susanne Bier (Danemark). La 83ème cérémonie des Academy Awards se tiendra le 27 février au Kodak Theatre de Los Angeles, et sera animée par par James Franco et Anne Hathaway.

Le festival de Cannes plusieurs fois questionné par la guerre d’Algérie, avait consacré de sa palme en métal jaune « Chroniques des années de braises » en 1976. La hargne des colonialistes, alliés pour la circonstance avec l’extrême-droite, a éclaté depuis « Indigènes » avec l’accusation de « falsification de l’histoire ». L’escalade passe au « négationnisme », qui est sémantiquement un appel à la censure. Le cinéaste de son art, regarda et vécut une polémique caricaturale où la mémoire française inscrit le passé colonial comme une œuvre de civilisation aboutie. Pourtant l’Histoire le veut autrement, une barbarie au même que le racisme.

Cité en dernier FROM ALGERIA

Réveilles-toi Sartre, ils sont devenus fous. De vieux démons cogitent, ils retournent l’Histoire à l’insu même du jugement irréversible qu’elle a décrété. La guerre d’Algérie et mai 68 que tu as aimés, ne sont pas encore éteints. L’autre face du disque, lisant des tons populistes, n’a que la grandeur hargneuse. Au pays qui a accouché des droits de l’homme, l’historien se tait et le politicien falsifie les mémoires…

C’est le front national qui est le porte-drapeau de cette proscription des ressortissants d’Algérie vivants en hexagone. Une sorte de vendetta politique que Marine, plus jeune et n’ayant pas perdu un de ses deux yeux pendant la guerre qui a commencé par une nuit de toussaint, ne cautionne pas selon sa démarche connue à ce jour. Certaines victimes de la communauté qui a enfanté Zizou et Roger Hanin, sont d’authentiques métropolitains et issus de la France profonde. Mais ont été gagnés, pieds-noirs de souche, à l’amour de ce territoire anciennement département d’outre-mer : l’Algérie.

Pour ne pas aussi permettre la confusion, le traitement des questions de discrimination pataugent en France dans un embarras de ne rien faire, c’est-à-dire de ne pas distinguer clairement qui sont vraiment les personnes plus touchées par cette ignominie. Il y a les blacks qui passent en premier, question de visibilité ! Mais ce sont bien les arabes qui la subissent plus que tous autres individus, selon l’étude, d’un établissement américain ayant opéré en France, qui a ébranlé les perceptions acquises.

Puis les handicapés, ensuite les femmes et les banlieusards, avant de songer aux étrangers méritant la prépondérance de passage sans heurts et de regard dans les débats. Parait-il que c’est même une spécificité hexagonale de dresser des priorités… Tagger une mosquée ou renverser les pierres tombales dans le carré musulman, sont parmi les généralités, hélas ! Il n’y a pas, désormais, une semaine qui passe, où un fait ne vienne rappeler l’atmosphère morose de l’égarement identitaire, de l’accoutrement islamo-fasciste et de la fameuse inversion du racisme anti-blancs.

Le laisser-aller glisse inéluctablement à la défense de valeurs aléatoires. La mise-au-devant de traditions dévoyées qui souvent, sinon finalement, se convertissent à la surenchère de : qui pare mieux le pays d’idées qui le sauvegardent d’une pseudo-invasion ? Les censures et les appels aux crimes sont désirés comme des admissions au droit à l’expression… Mais c’est de xénophobie que s’alimente la spirale montante.

Les algériens : la plus nombreuse communauté en France, ce n’est pas du cinéma !

 

 

 


Thierry Frémaux, directeur délégué du Festival de Cannes
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Le cinéma, à l’instar de toute expression artistique, est regardant dans les moindres recoins de ce qui est la culture du jour. Celle qui alimente ou répond aux questionnements forts qui taraudent les envies du public. Il offre souvent une lecture imagée des mémoires communes à l’humanité, sans unanimité d’interprétation, pour tirer matière aux scénarii des œuvres.

Pour que le vase déborde de son tremplin, de véreux politiciens se livrent, avec la sortie du film « Hors-la-loi » de Rachid Bouchareb, à la mesquinerie. Au festival de Cannes 2010 le climat est au silence, sinon la primauté de sauver la peau d’un invétéré pédophile, Roman Polanski un récidivant avéré, suscite la pétition male placée que même le président du festival ne veut pas signer. Alors que le film, qui fait suite aux fameux « indigènes » risque et exposé à une agressive intolérance. Qui passe en premier ?

Le marchandage qui s’est ancré avec une certaine loi d’apologie pour la colonisation, d’où il garde l’inspiration intacte, spécule d’un préjugé qui place l’Algérie au cœur de l’histoire coloniale. Il exaspère la sérénité des relations franco-algérienne qui ont, non pas le passé mais, l’avenir à scruter. Les algériens sur l’autre rive, de la signature de 120 députés de l’ex parti unique qui squatte le sigle aux trois lettres « FLN » tout en pratiquant le contraire de ce qui était planifié par l’historique mouvement de libération, projettent une législation de criminalisation de la colonisation.

La réalité n’a pas besoin de se saper des habillements de dévot pour ne pas être démentie, elle colle aux yeux. La présence des algériens en France est historique, mais est-elle « structurelle » ou « séculaire », pour questionner des concepts sociaux ? Appartient-elle, comme par la dimension historique, à un projet national qui l’intègre sans les haines qui se construisent des douleurs du passé ? Le passage à l’avenir est inscrit, il attend les peuples et non les éphémères discours.

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C’est lors des élections régionales de 2010 que le parti de Jean-Marie Lepen a utilisé une affiche montrant la carte du territoire français, couverte du drapeau algérien supplanté de pics de minarets. L’urbain de France est, à l’orée du nouveau millénaire, désormais devant la présence de l’islam dans son environnement. Dès lors aussi, la dernière grande révélation se décline dans un terrain où la démocratie comme valeur moderne et se trouve à l’épreuve des paramètres de liberté concrète et non spirituelle. Pourtant les déséquilibres sont sur cette affiche. Le drapeau algérien ramène à une donnée qui ne peut confondu…