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Lettre ouverte d’un faucheur volontaire à Michel Barnier, Ministre de l’Agriculture.

dimanche 19 août 2007
par s.arribas


Michel Barnier, Ministre de l’agriculture, a rendu dans un article publié le 14 juin dans le quotidien Le Figaro, les conclusions du Grenelle de l’Environnement sur la question des OGM avant que celui-ci ait tenu ses assises.

C’est avec un vif intérêt que j’ai lu, Monsieur le Ministre, votre article dans la rubrique débat du Figaro paru le 14 août dernier. Intérêt mêlé de stupéfaction. Je savais la nouvelle équipe gouvernementale dont vous faites partie désireuse de travailler rapidement, à un rythme soutenu, mais pas au point de bousculer l’ordre naturel des événements. Or c’est bien ce qui est arrivé ce 14 août. Vous avez rendu, sous la forme d’un credo enthousiaste, les conclusions du Grenelle de l’Environnement en matière d’OGM avant même que celui-ci ait tenu ses assises. L’exercice paraît hardi car le grand débat environnemental qui doit donner ses conclusions en octobre pourrait rapidement sombrer dans ce court-circuit temporel.

Peut-on, comme vous le faites, chanter les mérites des cultures OGM avec une ferveur plus ostentatoire dans le contexte actuel ? Les plantes transgéniques s’inscriraient dans une longue histoire d’innovations agricoles commencée il y a plus de 9000 ans. De la pure tradition en quelque sorte. Elles seraient porteuses de promesses fortes tant au niveau agricole, industriel, médical qu’environnemental et nous permettraient de garder une agriculture indépendante et autosuffisante. Avec les 100 000 hectares de cultures OGM actuellement implantées en Europe, vous nous annoncez que nous n’en sommes encore qu’aux prémices dans ce domaine. Pas un seul bémol venant tempérer la louange. La messe est donc dite. Concluons que l’avenir est tout tracé pour les OGM en France et que le Grenelle de l’environnement ne pourra rien apporter d’autre que des mesurettes d’encadrement destinées à freiner les contaminations inéluctables des cultures conventionnelles et biologiques et à temporiser le sabordage de nos labels de qualité.

Nous pourrions penser que tout n’est pas encore joué puisqu’il nous qu’il nous reste un Super Ministre de l’environnement qui va nous arranger tout cela. Ce serait sans compter sur l’action de votre collègue, Christine Lagarde, ministre de l’économie, ex-avocate des milieux d’affaires américains (Baker & Mc Kenzie) et véritable loup dans la bergerie environnementale. Christine Lagarde soutient le Mouvement pour un Organisme Mondial de l’Agriculture qui concentre toute l’agro-industrie favorables aux OGM. Il n’est donc pas surprenant que pendant son court mandat ministériel à l’agriculture de mai à juin, elle ait voté en faveur de la scandaleuse modification du règlement européen sur l’agriculture biologique qui permet un seuil de contamination de 0.9% du bio par les OGM. Pas surprenant non plus qu’elle ait également réussi à repousser l’idée, avancée par Alain Juppé, d’un moratoire sur le Maïs transgénique Mon810 actuellement cultivé en France et interdit un peu auparavant en Allemagne.

Le lobby des OGM est donc bien ancré dans l’actuel gouvernement. Que reste-t-il donc, à nous citoyens, comme espace de débat sur les questions agricoles ? Aucun ! Ce débat peut-il être, dans ces conditions, démocratique et apaisé comme vous semblez le souhaiter ? Pour que ce débat ait pu être serein, il aurait fallu, comme l’a demandé une délégation de faucheurs volontaires reçue le 31 juillet dernier au ministère de l’Ecologie, que le gouvernement instaure un moratoire immédiat sur les cultures et sur les importations de produits transgéniques en France. Ce moratoire est même - vous ne l’ignorez pas - l’une des lignes rouges conditionnant la tenue du Grenelle en octobre. Pourquoi ?

Parce qu’en l’absence de ce signe fort, le message semble clair : les choix du gouvernement sont déjà établis sur les questions agricoles. Or il ne peut s’agir, en la matière que de choix très tranchés. En effet, les politiques ou les industriels qui veulent aujourd’hui nous vendre une coexistence entre les cultures OGM et non-OGM, en arguant faussement de la liberté de choix, sont des marchands de vent. Cette coexistence, nous la savons impossible non par idéologie mais par expérience. Car les pays qui cultivent les OGM sont des observatoires qui permettent de tenir à jour un registre[1] très explicite des contaminations dans le monde. Disons-le une fois pour toute : l’avènement des cultures transgéniques signe la fin de toute autre forme d’agriculture.

Une contamination génétique, tout comme un feu de forêt, se propage avec le vent, peut sauter des zones « incombustibles », non fertiles, et diffuser au loin. C’est pourquoi, les faucheurs volontaires, loin d’être les vandales que l’on veut bien stigmatiser, sont des lanceurs d’alerte et les « pompiers » de ce très redoutable feu transgénique. Ils sont là pour dire simplement : après avoir provoqué un dérèglement climatique, ne déclenchons pas un dérèglement génétique irréversible. Cessons cette fuite en avant, guidée par une aveugle idéologie du progrès !

Les alternatives aux cultures transgéniques existent et ont fait leurs preuves depuis plusieurs décennies. Elles peuvent garantir notre indépendance et notre souveraineté alimentaire tout en préservant l’environnement et la santé publique sans méprise. Elles reposent sur les différentes formes de l’agriculture biologique que l’ancien ministre de l’agriculture, Dominique Bussereau, n’avait pas hésité à placer au rang de l’excellence. Soyons innovants, modernes et raisonnables : faisons dès maintenant le choix de l’agriculture biologique. Lançons sans tarder un vaste programme de reconversion du système agricole français dans cette nouvelle direction. Demain, le monde entier pourrait nous envier cette audace. Monsieur le Ministre, le gouvernement auquel vous appartenez a voulu la rupture : pour notre agriculture, elle est là, à porté de main.

Paris, le 16 août 2007

Sébastien Arribas

[1] GM Contamination Register consultable sur http://www.gmcontaminationregister.org/

Portfolio

A vous Monsieur le ministre.

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