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Yasmina Khadra, l’écrivain aux galons d’or.



L’ancien militaire, à la tête du centre culturel algérien en France, garde sa fougue de littérateur imprenable...


jeudi 22 janvier 2009
par N.E. Tatem


... malgré cette donne, de domestication, d’être en poste au bercail de la francophonie par rapport à d’autres, comme une offre du système honni par ses semblables, il fait l’équilibriste entre agacement et servir le régime obscur.

« Si tu veux connaître la culture d’un peuple, consulte ses savants, ses hommes de culture et ses officiers militaires. »

Une plume comme un scalpel, légère, frêle, aiguisée et souvent acerbe, ce qui lui arroge une puissance de pénétration. Elle accouche de thèmes à la volée comme si elle désire ensemencer des témoignages de son époque. Cette prescription de raconter son vécu, puise énormément dans la destinée algérienne et s’intéresse à la vie publique qui vacille entre appareil officiel et violence du fléau islamiste, l’orthodoxie confessionnelle qui marque bien des esprits…


Voir en ligne : Le site officiel de Yasmina Khadra : ça vaut le coup, et le coût, de jeter un coup d’oeil.

Si Rachid Boudjeddra est le pionnier incontesté du roman algérien de postindépendance pour deux raisons, son bilinguisme et les sujets sociaux traitant de l’après-guerre, Ahlem Mostaguenemi et Yasmina Khadra ainsi que Boualem Sensal, en langue arabe pour la première et en français pour les seconds, en sont certainement les plus talentueuses plumes algériennes. Le volume d’une œuvre a un rôle déterminant pour la faire apparaître du lot. Les contenus, par contre sont les seuls qui octroient la surqualification qui fait qu’elle soit appréciée.

L’imagination à l’origine de l’intrigue romanesque avec la construction de la métaphore langagière, signalent en commun le mérite qualitatif. Ce que possède pleinement cet auteur, sans pour autant lui faire louange de pleine maîtrise de l’inventivité fictionnelle poussée, celle qui a l’extraordinaire avec lequel s’illustre un certain Harry Potter. Et encore moins un réel changement des modes d’écriture d’un livre par rapport à un autre. Du moins, nous n’avons pas encore consulté son dernier, qui la diversité algérienne de jadis, et duquel il ne cesse de le personnaliser par rapports à ses précédents écrits.

La critique lance, participe dès qu’elle aborde un livre ou un ensemble, en inoculant au lecteur quelques traits et remarques saillants. Elle peut générer l’actualité, certaines la refont simplement. Sa perfusion, aux lecteurs mêmes et des fois aux auteurs, est l’ustensile du miroir réflecteur. Elle se garde, quand elle est d’un apport correctif, d’être un avis publiciste ou une dépêche informative, de ne faire pas usage de la béatitude, en jetant des fleurs, claironner le meilleur est ici. Elle se doit de répondre à une attente constructive envers aussi bien l’auteur que le lecteur. Dans la mesure où elle leurs réveille les subtilités du texte ou de l’œuvre traité. Et elle prend à toutes les cordes sa réplique analytique. Son sujet est une auscultation les procédés de dissertation que l’écrivain a conçus. Elle se charge ouvertement de soulever la perte de caractère, l’abaissement de la grâce et le manque pertinence, sinon c’est une pub…

PASSAGE DE LIGNE

Simples noms à l’effigie d’ouvrages, pour ceux indifférents qui préfèrent se délecter au football et face à de démesurés zappings, sont les créateurs dans l’art du verbe écrit. Après-tout les noms se magnifient dans ce domaine grâce à l’incontournable apport de la médiatisation. Le succès, qui n’est pas uniquement la vente ponctuelle, se doit aux attributs dits de bonne facture. La bibliographie, aussi volumineuse, soit-elle de même que son corollaire la traduction ne sont pas les seuls indicateurs de la personnification qui la rend populaire. Et c’est bien le dernier venant à naître qui indique l’abondance, le renouvellement ou bien l’absence de toute qualité incarnant l’essentiel de l’œuvre : son identification.

C’est pour cela qu’aux livres annuellement sortis au nom de Yasmina Khadra, il est fait, d’ailleurs imposée, une lecture contextuelle. Celle qui la scanne comparativement à la littérature algérienne en général et contemporaine plus précisément, pour déceler l’apport de cet écrivain, dans le champ auquel il revient d’abord et le cadre universel ensuite.

Pour les gourous de l’obscurantisme islamiste, très présents dans les romans de Yasmina Khadra et dans son vécu algérien, les auteurs sont des cibles médiatiques à cribler. Et aux yeux sectateurs et prévôts des approximations idéologies ayant monopole sur les décisions, ils sont soupçonnés en délateurs dangereux à censurer. Dans cette atmosphère algéro-algérienne, la pérennité du texte romancé, à laquelle ne se conforme cet auteur, s’accomplit justement en dehors de son contexte propre. Alors Yasmina Khadra relate ce qui le marque de l’histoire circonstancielle de son présent, questionnant son époque. Et il tente beaucoup de ne pas céder à la complaisance envers la société comme l’orpheline à défendre.

En Algérie les plus admirables travaux littéraires sont totalement subversifs à l’égard du guide, le prince de la trempe aveugle et impuissant des hommes incarnant l’autorité algérienne d’après 1962. Pouvoirs et administrés, pour Yasmina Khadra s’y perdent, impunément et avec grande froideur affligeante malveillance, dans une Algérie attardée. LIRE LA TOUTE LETTRE (datée de janvier 2009) OUVERTE DE YASMINA KHADRA A UN CERTAIN BELKHADEM, ancien chef du gouvernement algérien, le plus intégriste et médiocre des dirigeants politiques algériens.

Ce qui offre matière à fictions, à l’auteur de « Les hirondelles de Kaboul » avec un timbre atypique, c’est-à-dire inconnu dans le jeune champ littéraire de ce pays où le réalisme puise sa sève du documentaire, est l’actualité. Même la guerre d’Algérie ou bien le passé tumultueux est encore au goût du jour. Une littérature immédiate, comme urgente faisant les bouchées doubles et dont l’auteur en raffole goulument. Les personnages imprévisibles aussi suivent l’imagination ardente de rebondissements et vivante pour tenir le lecteur en halène. Un style propre qui découvre, son issue dans un genre ardent et contemporain, le polar.

Et enfin ce bidasse converti à l’alphabet latin acquiesce une docte configuration à relater des histoires, sans nul doute, qui chatouillent le lettrisme académique. L’écrivain Yasmina Khadra, homme comme Icare, boit, après plus d’une décennie de considérable prolifération, son overdose des vérités du jour, décryptant toues les brutalités et pulsions devenues quotidiennes à la société qui la vu naître. Le terrorisme revient instantanément, presque dans la majorité des volumes, marquer la fraîcheur du propos et la fidélité au palpable. Comment oserait-il, l’intellectuel qui s’établit, méconnaître ce mal. L’ignorance, il la délègue aux… qui refusent de savoir. Réalisme oblige.

Pour la raison d’avoir un pseudonyme archi entendu, deux prénoms féminins, l’écrivain place sa carrière en liaison avec l’identité, à la fois emblématique et énigmatique, de la femme et de la discrétion. Ce choix, de clandestin, est une incarnation de douleur et des préoccupations individuelles. La généalogie de l’écriture qui déploie des métaphores agitatrices pour, à la fois, s’immortaliser et dénoncer. D’un côté, la phobie de s’exposer aux despotes dérangés de la libre parole et pour, de l’autre, les narguer. Rebelle et sur ses gardes, il se comble, de toute joie obtenue, par ses succès. Il est aussi possesseur, de l’énigme qu’il a entretenue, de son mythe signalétique.

Détenteur donc d’une l’expérience de ses prédécesseurs et ses communs, il s’auto-confère la capacité à disposer du mystère pour déballer la violence, malgré les contraintes, avec l’outil pamphlétaire. Les troubles, même scandaleux, sont éphémères et restent impuissants devant l’anonymat. Il fait l’économie d’utiliser les aléas de son art, dans un pays qui a la muselière comme emblème. Cela ne veut pas dire qu’il ne combat pas les brimades. Le cas de Kateb Yacine, de Mouloud Mammeri, de Rachid Mimouni et de Bachir Hadj-Ali en ont bavé avant. Rares qui échappent à la brimade, Mimouni est mort au Maroc.

Yasmina Khadra a sorti, en Algérie, 6 romans sous le nom Mohamed Moulessehoul, son appellation d’état civil. Il lui fallait l’autorisation, réglementaire, de la hiérarchie militaire pour se faire éditer, puisqu’il était commandant et écrivain. Émergé de l’armé, que cela scandalise la croyance que la junte n’enfante que des bureaux, ses romans captivent d’une impétuosité poétique glanée de la langue française. Evoquant que le butin de guerre, linguistique le fait agir aux lettres comme un stratège qui ne se fourvoie pas dans ses plans. La critique s’accorde à lui reconnaître du talent. Qui se permettrait à démentir après plus d’une dizaine de romans et un parcours, à qui le souhait du souffle long est octroyé, est un mérite ?

A travers les médias, il paraît fougueux comme l’ont été ses devanciers qui ont révélé la littérature algérienne dès le début de la deuxième moitié du XXième siècle. Parmi une foule d’aventuriers de l’écriture romanesque, des toutes dernières années du millénaire de la lumière, il perce, sortant en virtuose, de la coque secrétant le lot des félibres. Nous emprunterons cette maxime à un poète anonyme parce qu’elle lui convient : « Si tu veux connaître la culture d’un peuple, consulte ses savants, ses hommes de culture et ses officiers militaires. » Qui dirait mieux qu’un poète et un inconnu ? Si nous nous risquons d’observer à travers la lecture de son œuvre qui se ne cesse de se dilater et de prendre de l’exergue, sans aller au fond, c’est qu’elle est précieuse pour valoir une prospection plus approfondie. Cet article ne suffirait pas.

C’est un autre sujet, le débat sur les errements et les belles victoires de ce qu’affectionne Yasmina khadra, l’armé. Sans complexe ou complaisance, il consacre à la partie jeunesse de sa biographie, le récit de son enrôlement parmi les cadets qui a pour titre : L’écrivain. Il n’offusque pas, puisqu’il n’en rajoute pas de glorioles ou bien l’orgueilleuse comptabilité des hauts faits. Au contraire, il y va sans gants. Il parle de l’école des cadets, comme un disciple de Confucius, d’Ibn-Rochd ou de Socrate, qui projette le monde. Audacieusement témoin de son temps, lucide à l’égard de l’amère vérité et à l’instar des auteurs algériens, il se veut assez proverbial de réalisme. Lui, outre ses compères de la plume, il colle à la vie comme un journaliste à l’actualité et un politicien qui a passion de son opinion.

Yasmina Khadra occupe le devant de la chronique littéraire consacrée à la l’écriture algérienne grâce à la langue française. Quand il publia ses romans policiers, « Moruturi, Double-blanc, L’automne des chimères et Le dingue au bistouri », il s’est distingué tel. Alger est sous les pieds de son commissaire Llob (Noyau en arabe), avec ses dédales sombres, corruption et intégrisme. Les douars et les mechtas en sont ses lieux d’imagination, dans les autres romans comme « Les agneaux du seigneur. » Yasmina Khadra, le phénomène au verbe trublion qui perle avec n’importe quel genre, pourvu qu’une vie romanesque habite sa rédaction mortellement attachante.

Il est critique comme un officier devant une reddition qui annule l’ennemi. Il lui est dû, aussi, de savoir ciseler des descriptions soutenues, chose qui n’est pas commodément réussie par tous ses contemporains morts ou encore en vie. Tous se préoccupent du moindre pli de leurs personnages, quand ils restent avares à peindre le superficiel, les décors de la vie qui les entoure. Nous lui devons ces modestes observations. Et pour ne pas céder à la sornette réjouie d’une approbation de lecteur applaudissant, nous cacherons l’emprise de certains passages à l’éloquence infinie.

« Les sbires du pouvoir… » (1) résonne comme un son de cloche déjà entendu, réplique peu crédible pour désigner les castes idéologiques secrètes et mafieuses locales. Une réverbération confuse comme le geste que s’amuserait de faire un dauphin en mer. Cependant dans le même livre : « Si tu veux miser sur un monstre qui dure, choisis-le parmi les plus démunis. D’un coup, il rêvera d’un empire jalonné d’abattoirs et de putains et, dès lors, s’il disposait d’une paire d’ailes, il voudrait supplanter Satan. » (2), fonctionne comme une pensée qui dit long d’une verve accrue vers la beauté de l’allégorie. Dans son rapport aux idées, il nous tient de bien méditer.

Sur le chemin de l’aventure captivante de l’intelligence, nous attendrons avec impatience le bébé prochain, que le joli sobriquet enfantera.

N.E. Tatem

(1) et (2) dans « Les agneaux du seigneur », respectivement pages 135 et 136. Roman, Editions : Julliard – 1998.