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Les figuiers de Barbarie de Rachid Boudjedra, complainte subversive pour que le capital mémoire serve l’espoir.



La pureté d’un roman algérien, ancré dans le réalisme et le quotidien !


mercredi 22 septembre 2010
par Azouz Benhocine


A la lecture du dernier né de Rachid Boudjeddra, « Les Figuiers de Barbarie », on est encore au doute, si un détail nous a échappé. Après avoir été jusqu’à la dernière page, on est tenté de relire. Et même après deux lectures, on ne se suffit pas d’avoir arpenté quelques faits de la guerre de libération, on se fie pas à avoir soldé l’épopée qui passe à l’antériorité sans avoir corrigé, ou accouché, ses non-dits.

On retient d’emblée, et avec la méticulosité d’entre les lignes, une leçon qui rend jaloux de doctes historiens. Ceux qui tardent à magnifier les anonymes… Oui, c’est le roman algérien par excellence, alliant le passé sans camouflet pour tracer le destin, en transitant par le présent incommensurable. En restant sur un présent qui se décompose par des décrépitudes rapportées de l’actualité. La littérature algérienne colle toujours à son réalisme, sans égarer sa poétique !

On se demande, après « Les figuiers de Barbarie » à quoi riment toutes les hyper-glorifications quasi sur-nationalistes des algériens ? Le comparatif de la critique soulève : Comment et pourquoi l’Inde qui a procréé par la révolte de Cipaye au 19ème siècle, la 1ère tentative d’insurrection libératrice puis a recouvert sa souveraineté sans effusion de sang, ne se targue pas de se considérer révolution ? Oui, pourquoi le peuple vietnamien, lui surtout, qui a assumé deux guerres successives, dont la dernière contre l’US-armée ne se revendiquent pas 2 révolutions ? En lisant…

« Les Figuiers de Barbarie », on est emporté dans un récit qui s’apparente à un divorce avec le clan, une distance avec l’absence d’erreurs et de férocité cachées. La formulation critique et constructive d’une mémoire affranchie de la domination de ces héros, est finalement dressée dans ce livre édifiant. Basta, d’une mémoire tronquée et étriquée par les héros qui n’ont rien d’humains, rien d’algériens. Les silencieux, les oubliés et les spoliés se relèvent.

Précisément l’ordre familial assez prononcé, comme pour tourner définitivement la seule page des lâchetés des connivences du groupe auquel on adhère sans céder à la corruption, est revisité sans le recyclage de ses tabous. Ces derniers restent aimés et traduisibles comme le propre à chaque identité. C’est même le précis et le canon pour rompre avec la mémoire des étroitesses originelles, qui résident en soi. Et que ce livre tente de nous inculquer.

Puis le factuel projet, de collectivité harmonieuse se désenchantant par ses funestes mentalités, puisé de cette mémoire n’ayant pas tracé son équilibre. On est tiré à bien des lectures, mais se redresse avec fierté celle de la critique sociale dont excelle Boudjedra. Une presque parfaite lucidité, ne trahissant pas les réalités et leurs moult contextes. L’auteur est même l’intellectuel organique de premier plan, car ancien officier de l’ALN (Armée de Libération Nationale) et à l’écoute de son peuple, même si son antipathie au système en place depuis l’indépendance est légendaire.

La sociologie politique dans la littérature algérienne nous donnait souvent de belles géographies, de jolis paysages et même des communautés brimées donc peu culpabilisées. Maintenant la qualité que se veut l’auteur de « L’escargot entêté », est celle des personnages comme dans les livres de Tennessee Williams. Les humains sont d’humbles héros, aux cœurs aussi vastes que toute la Terre. Puisqu’ils en sont au centre de cette écriture déployée telle une tablette magique venant de cette personnalité algérienne qui s’aime avant-gardiste et révolutionnaire.


soirée francophonie à la librairie Le Divan le18/03/2010
envoyé par gren65. - Regardez les vidéos des stars du web.

Deux cousins se déplacent par avion, pendant une petite heure qui s’étale sur des décennies, des siècles… Ils renouent avec leur meilleure plaisance : le voyage. Tellement tous les faits narrés sont dynamiques, se fécondent et se multiplient. Les deux amis, qui n’ont rien de familiaux, se délectent dans les jeux qui les rassurent et les comblent. Deux complices vissés dans toutes les crises algériennes, celles des manipulations et celles qui débouchent sur les allégresses, observent leur patrie.

A dix milles mètres d’altitude, en dessus des Aurès (régions de l’est constantinois) les amours, tous illégaux, incestueux, aveugles et frustrants comme les côtoient quotidiennement chaque algérien, traduisent l’ample mal-être... Interviennent frères, mères et parents sans influer sur l’ode triste et diffuse que ce texte renferme… Un roman des intimités, enraciné dans la cellule familiale qui constitue l’exemple, le spécimen et le modèle de toute la société algérienne contemporaine.

Donc, à cette hauteur, on observe le bas. Les champs de vision sont ouverts, comme le veut le raffinement romanesque. Et à la base brillent davantage les perles et les inconnus, pour la majorité des algériens, comme Fernand Yveton. Le communiste algérien exécuté, à la va-vite, à la peine de mort, par guillotine, sur ordre d’un certain Français Mitterrand.