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Algérie : les gardes communaux manifestent dans les régions



Le démantèlement ingrat et arbitraire d’un corps de fonctionnaires.


mercredi 8 janvier 2014
par Damien Djamel Bouch’Raf


S’il y a en Algérie une corporation qui associe lutte sociale avec combat antiterroriste, c’est bien celle des gardes communaux. Généralement les islamistes, légaux ou activistes qui habituellement font de l’insulte des services de sécurité et de l’armée leur mot d’ordre, noyautent les mouvements sociaux et les manifestations de la population, dans ce cas ils n’ont aucune place. Voire ils sont les 1ers combattus dans le quotidien des horreurs criminelles et sur le front purement politique.

Voir en ligne : Notre dossier : Algérie

Salariés des collectivités locales, donc fonctionnaires de l’Etat, avec le statut de salarié d’un service d’ordre et de sécurité sous les ordres du magistrat qu’est le Maire (Président d’Assemblée Communale), les gardes communaux algériens sont au 1èr rempart, du fait de la promiscuité avec la population, qui s’occupe de l’islamo-terrorisme qui sévit dans le pays depuis voilà un quart de siècle environ.

Dans la matinée de mardi 7 janvier, les gardes communaux carrément de 36 wilayas, départements préfectoraux, du pays qui compte 48, ont organisé des sit-in de protestation. Mobilisation qualitativement élevée jamais-encore atteinte, avec une telle présence géographique, par les travailleurs d’autres secteurs, y compris les enseignants qui sont aussi les mieux structurés au niveau des syndicats, .

Voici l’appel en langue de la CNGC, Coordination Nationale des Gardes Communaux, datant du 31 décembre 2013 : قررت التنسيقية الوطنية للحرس البلدي في أجتماع المنعقد في الايام الاخيرة في الجزائر الثلاثاء 07 /01 / 2014 بتنظيم مسيرات عبر كل الولايات و ذلك يوم 07 / 01 / 2014 على الساعة 10h00 صباحا وكما طلب ألحا المنسق الوطني حكيم شعيب أن يكون الحضور قوي لنبدء هذا العام 2014 بالمسيرات والاعتصمات لعلا ذلك يفيدنا ويفيد الجزائر لتخرج من هذه الدوامة التي تعيش فيها

Ce mouvement de revendication, est certainement des plus aboutis et des mieux éclairés que connait l’Algérie. Ce qui fait qu’il acquiert tant d’adhésion des employés de ce métier à travers le pays. Aussi la dissolution de ce corps de la fonction publique, d’une manière ingrate et peu expliquée aux concernés, ce qui est dénote son caractère arbitraire, fait beaucoup pour la mobilisation.

A l’origine, ce sont les employés de la wilaya de Bouira, qui fait partie de la région de la Kabylie, qui ont déclenché des protestations depuis déjà 2 années. Cette wilaya, limitrophe par le sud-est à celle de la capitale, a connu les plus dangereux assauts du terrorisme. Elle continue d’en vivre de temps à autres et avec une moindre ampleur.

Elle était aussi au temps de la guerre de l’indépendance, une zone de repli auxcommandos libérateurs de la bataille d’Alger. Elle fut aussi un fief de l’ancien maquisard "Cheikh El-Makhfi", parmi les citoyens à s’être engagé, les armes à la main, contre les groupuscules de criminels de l’islamisme des années 90.

Selon l’encyclopédie wikipedia, ce qui est peu conforme à la réalité et à la genèse de cette profession. « Les gardes communaux en Algérie ont été une force d’appoint dans la lutte contre le terrorisme », dit l’encyclopédie en ligne. Or il s’agit de la reconduction de la catégorie de fonctionnaires des gardes-champêtres datant de l’administration française. Qui, cette dernière, a légué tous les éléments des institutions administratives représentatives de l’Etat auprès des villes et villages, comme la sous-préfecture qui ont pris le nom de "Daïra".

La CNGC, Coordination Nationale des Gardes Communaux page facebook, a été créée en 2011, en riposte à la déchéance de toute une vieille tradition des collectivités locales en matière de police judiciaire, administrative et civile revenant aux pouvoirs des maires.

La principale revendication de la CNGC est un statut de dignité pour un personnel des services publics qui a largement servi à l’anéantissement du terrorisme. Le rôle des gardes communaux, avant la violence terroriste des années 90, fixé selon des dispositions statutaires, consistait en la mission de surveillance de l’hygiène dans la cité, notamment de la voirie, et du contrôle des élevages d’animaux, ainsi que le traitement des dangereux parmi ces derniers compagnons de l’Homme.

Lors des manifestations des gardes communaux des années 2011 et 2012 à Alger, qui ont regroupé les anciens agents d’autres wilayas dont Boumerdès, Chlef, Oran, Aïn-Timouchent, Djelfa, Khenchela, Tébessa ainsi que d’autres wilayas ont été réprimés dans la capitale. Ce qui a provoqué de vraies échauffourées avec les policiers, soit entre des personnes qui était collègues du même camp pendant la période des affres de l’islamo-terrorisme.

Selon Lahlou Aliouat, porte-parole de la Coordination nationale des gardes communaux, repris par nombreux organes de presse, aucun affrontement avec les services de l’ordre n’a été signalé lors de cette journée de protestation. Cependant la doléance, maintenant plus collective au niveau du pays, d’une considération de leur mission antiterroriste et des sacrifices qu’ils ont consentis, reste de misse après 2 ans qu’elle a été exprimée.

Livrés à eux mêmes après le limogeage en masse, l’administration algérienne, sous la houlette de Bouteflika, s’est adonnée à un licenciement abusif à leur égard. Même leur réaffectation à d’autres fonctions, pour des salariés du secteur public institutionnel, n’a pas été pensée.

Lors de ses manifestations au niveau de plusieurs localité, les gardes communaux algériens rappellent, à qui doit les écouter, que leurs revendications demeurent. Et sont très réalistes, transmises depuis plus deux années, mais l’autisme des décideurs relève en fait d’une bureaucratie qui complique la vie à plusieurs franges de la population.

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