POPULI-SCOOP : Info citoyenne & Actu critique

 


L’amazighité face aux dangers de partition de l’Algérie



Par A. Hamitouche -


mardi 29 décembre 2009
par Hamitouche Amar


Les idées autonomistes soutenues par des discours séditieux et par l’exacerbation des sentiments religieux et culturels en général, sont les pièges d’une mise à mort programmée de toute société désireuse de sortir du cercle du sous-développement dans lequel, les aléas de l’histoire, l’ont plongé. La misère sociale engendrée par les difficultés économiques, résultats des mauvaises gouvernances qui se sont succédées, reste le levier générateur de tous les extrémismes et troubles sociaux observés ça et là dans l’ensemble de l’espace Maghrébin, en particulier, en Algérie.

L’authenticité proie des discours séditieux

L’émergence des nationalismes, au lendemain des indépendances des pays du Maghreb, appuyée par les problèmes de tracés frontaliers et les différences dans le choix des modèles économiques, a débouché sur des crises interétatiques ; étouffées grâce à la solidarité interarabe, aujourd’hui enterrée. Ces frontières héritées de l’époque coloniale ont permis l’éclosion de spécificités nationales lesquelles ont agi sur la dimension culturelle berbère en la confinant dans des limitations géographiques à lui faire perdre toute notion d’inter-Berbérité des communautés circonscrites dans ces nouveaux espaces géographiques, nouvellement crées et donc de sa substance. L’arabisation séculaire a pris le pas sur l’amazigh. Ibn Khaldûn a rédigé sa chronique universelle et ses prolégomènes au XVe siècle. L’histoire n’a cependant retenu aucune trace de recherche ou de réflexion en langue tamazight si ce n’est quelques florilèges ou signes picturaux célébrant des rituels ou divers idéogrammes datant de la période ante-christianisme. Rien, au demeurant ne pourrait justifier le déclassement de cette langue, berceau de notre civilisation et socle de notre identité. L’avènement des langues européennes au côté de l’arabe ont été d’un enrichissement tant cela nous a permis une lecture de notre histoire que le mode de transmission orale n’aurait jamais pu nous faire parvenir. Une reconnaissance de notre authenticité ne pourrait signifier un quelconque rejet de ces acquis aussi bien linguistiques que culturels.

Le paysage culturel, devenu aussi varié qu’il l’est en Algérie et dans l’ensemble maghrébin doit être considéré comme richesse plutôt qu’une affliction. La perception de cet héritage à l’aide d’un prisme réducteur, ne peut que nous refléter un subjectivisme irraisonné de nos passions égocentriques. En effet, si les aléas du sous-développement sous toutes ses formes dans nos pays nous donnent le sentiment de la mal-vie face à la puissance économique et à la culture florissante des pays d’Europe ; celui-ci ne sera que plus exacerbé par nos modes de gouvernance, les despotismes des pouvoirs, les injustices sociales et par les inégales répartitions des richesses. La contestation, à juste raison pourtant, hypothéquerait toute velléité de construction ou de développement si bien qu’il se créerait des foyers de tensions durables, puisque touchant les sensibilités et constantes de toute une nation.

Aussi bien le problème religieux que celui de la langue ou des cultures séculaires (amazigh et arabe), l’un comme les autres seront soutenus par des revendications dépassant le cadre national. De l’intégrisme islamiste soutenu par les nébuleuses fanatiques affiliées au wahhabisme, aux revendications puritaines berbères rayonnant sporadiquement à travers l’ensemble de l’Afrique du nord. L’un autant que les autres, lourds de leurs archaïsmes et désuétudes, rechercheront l’instauration d’anachronismes incongrus allant à rebours des urgences, pourtant vitales au développement économiques et sociale et en dépit des multiples défis de la mondialisation.

L’enrichissement culturel au contact d’autrui

L’ensemble des influences culturelles subies se valident par atavisme pourtant dans le caractère amazigh. L’Amazigh ou le berbère, est selon son étymologie, cette expression de liberté, en ce sens qu’il ne se renferme dans aucun dogme. Il y ira de son crédit alors à vouloir s’imposer une vue d’esprit aussi étriquée dans la revendication d’une authenticité apurée des nouvelles substances culturelles qui l’ont continuellement enrichi.

Ces désirs de se singulariser par des prétendus retours aux sources soit de la foi à radicaliser ou d’une composante linguistique à faire revivre, quoique l’on puisse penser, n’ont rien de spontané. Les anciennes puissances coloniales restent toujours omniprésentes dans le jeu politique et culturel de leurs anciennes colonies et à l’affût de toute possibilité d’enracinement. Le soutien tantôt des intégrismes religieux et tantôt linguistiques et culturels, n’a rien d’un engagement dans le cadre de leurs beaux principes de démocratisation ou d’une quelconque velléité d’application des principes des droits de l’homme. Le conflit Afghan est à ce titre assez indicatif pour que nous comprenions le double langage de l’occident, en l’occurrence, celui, Américain, en armant les Talibans et en les dotant de toute la logistique nécessaire pour les déclarer par la suite ennemis de la démocratie et les combattre. Les mêmes attitudes se retrouveront dans le comportement de l’état Français envers surtout sa colonie de prédilection quant à l’utilisation tantôt de la carte des sensibilités culturelles, tantôt celle de l’islamisme ou des droits de l’homme. Le célèbre principe du droit d’ingérence greffé aux textes de l’ONU n’est en fait qu’un mode d’interventionnisme pour vassaliser les pouvoirs mis en place. L’enjeu devait être de taille ! aussi multiples et variés que peuvent être ces exemples occidentaux dans la duplicité de leurs discours de politique internationale, cela ne justifiera que leur attachement au principe de primauté de leurs intérêts nationaux devant toute idée philanthropique de nature à venir en aide aux pays pauvres. Des axes d’actions stratégiques élaborés à partir de sérieuses études de prospectives sont régulièrement élaborés à dessein d’ingérence et de déstabilisation des pays dits d’importances stratégiques pour une main mise sur leurs richesses naturelles.

L’Algérie, dans ce cadre est une proie de choix. Les tentatives de déstabilisation et de partition de l’ensemble nationale se multiplieront sans cesse. Partant des principes avérés rédhibitoires de ces pays occidentaux, sur toute velléité Maghrébine de construction, il devient urgent que l’élite intellectuelle prenne conscience des dangers qui menacent notre nation. Les revendications culturelles, loin de tout régionalisme, peuvent être, sans conteste, discutées sur une plateforme nationale à l’image des intégrismes religieux qui ont raté leur consécration grâce la mobilisation des courants démocratiques, laïques ou simplement modérés.

Les compromis de l’identité favorise la sécularisation

L’identité nationale peut se traduire comme la résultante de l’ensemble des sensibilités culturelles de notre nation. Elle devient l’étendard ou la couleur du compromis culturel choisie par la majorité des Algériens. La perte du consensus ou de la majorité requise pour son adoption peut s’interpréter en désaveu au projet culturel dont les porteurs seront enclin à une radicalisation et donc à des revendications autonomistes. Revendications si dangereuses qu’elles peuvent embraser l’ensemble de la région (Maghreb) vu les particularités culturelles multiples qui y cohabitent.

L’identité nationale se construit sur la base d’une conjugaison de toutes les particularités et spécificités culturelles qui s’expriment à l’intérieur du cadre national. Elle doit être cependant conditionnée et soutenue par un système de gouvernance lequel à la fois devrait se désengager du devoir d’inféodation des constantes de la nation et se consacrer à la mise en place de réelles politiques de développement économique et social. L’état dans un rôle de régulation et de protection n’en sortira que renforcé dans ses capacités à impulser une réelle dynamique sociale à même d’intégrer les options de modernité et de démocratie pour les besoins de faire face aux multiples défis de la mondialisation.

Les idées retorses à vouloir imposer les particularismes sous la houlette de puissances à traditions hégémonistes doivent prendre le recul nécessaire d’une réflexion mature pour juger des enjeux. Les velléités d’imposer quelque intégrisme que ce soit, culturel ou religieux, seront les greffons qui parasiteront toute cohésion sociale. L’embrasement en sera la conséquence inéluctable, prémices d’une partition ou balkanisation du pays. L’espace national ne sera plus qu’un ensemble de zones d’influences à reluquer. Le principe du droit d’ingérence s’exercera dans toute sa dimension pour « une mise sous curatelle » de l’ensemble des richesses naturelles tant convoitées. L’Irak en est l’exemple type d’une telle mainmise.

L’acharnement contre la langue française est d’bord institutionnel

Nonobstant, un vrai retour aux valeurs ignorées s’impose. La question identitaire, au-delà des particularités linguistiques pose aussi le problème de la religion. Si l’idée d’une sécularisation pouvait être retenue, la question linguistique ne sera pas résolue pour autant. Le nombre important des variantes ne pourrait permettre que l’on privilégie l’une par rapport aux autres ; aussi ne faudrait-il pas inclure la langue arabe ? Une langue sacrée pour avoir été l’expression du coran révélé. Une langue adoptée par l’ensemble des algériens, d’origine berbère et de confession musulmane. Il y a des acquis culturels à ne pas occulter, s’agissant de la langue Française qui semble, pour la forme, reléguée aux gémonies pour une présence dans notre douloureuse histoire mais qui a su résister à l’acharnement d’une arabisation outrancière de l’école et de toutes les institutions nationales.

Devons-nous sacrifier tous ces acquis sur l’autel d’une prétendue authenticité ? L’idée d’un tel retour confirmera une réelle régression et consacrera l’instabilité de toute la nation. Une prise de conscience générale reste le moyen idoine pour un changement souhaité. Il conviendrait de ramener les pouvoirs en place à un autre mode de gouvernance comme stipulé plus haut. L’adoption du principe de Sécularisation sera une plateforme ou se dilueront toutes les questions liées aux constantes de notre nation. L’amorce d’un développement économique permettra d’impulser une réelle dynamique de changement aussi bien sociale que culturelle.

Par A. Hamitouche