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Livre de Laurent Joly : l’Antisémitisme de bureau : enquête au cœur de la préfecture de Police de Paris et du commissariat général aux Questions juives (1940-1944).



Le commissariat général aux Questions juives a fait plus que lui ordonnait les directives de l’occupant hitlérien.


lundi 19 septembre 2011
par Hakim Arabdiou


L’historien, Laurent Joly, vient de commettre un ouvrage intitulé, l’Antisémitisme de bureau : enquête au cœur de la préfecture de Police de Paris et du commissariat général aux Questions juives (1940-1944), aux éditions Grasset, en 2011, à Paris.

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Selon notre historien, côté français, deux structures publiques, créées sur injonctions des autorités d’occupation allemandes, durant la Seconde Guerre mondiale, ont joué un rôle de premier plan, dans la persécution, la déportation, l’extermination et la spoliation des Juifs de France.

Il s’agit de la « Sous-direction des Étrangers et des Affaires juives » dite « service juif » de la préfecture de Police de Paris, dont les prérogatives s’étendaient également à la région parisienne ; et du commissariat général aux Questions juives.

Cette persécution est la mise en œuvre de la politique de la « Collaboration » avec l’Occupant, du gouvernement du maréchal, Philippe Pétain, en vue -entre autres- du règlement définitif du « problème juif ». Selon la propagande de ce régime, l’élimination de l’ « influence néfaste des Juifs de la vie politique et économique » en France (et en Europe), constitue l’un des problèmes les plus cruciaux à résoudre pour le redressement de la nation française.

L’État français, vassal de l’Allemagne nazie

Outre les nombreuses lois et mesures raciales et racistes de la puissance occupante, une législation française, tout aussi pléthorique et antisémite, a également été promulguée à cet effet.

De plus, la préfecture de Police de Paris et le commissariat général aux Questions juives ne se sont pas contentés d’appliquer à minima les injonctions de l’ennemi, à l’encontre cette catégorie de la population, comme cela se faisait alors aux Pays-Bas et en Belgique. Ils ont souvent aggravé les mesures antijuives promulguées par les nazis.

Selon l’ordonnance de la puissance occupante, du 27 septembre 1940, est considéré comme Juif, toute personne ayant trois grands-parents juifs, ou bien qui a deux grands-parents juifs, et ayant elle-même épousé un Juif ou appartenant à la communauté –religieuse- juive. Mais l’ordonnance de l’État français, du 2 juin 1941, en donne une définition plus extensive. Pour ne pas être considéré comme juif, il faudrait de surcroît prouver que l’on a adhéré, avant le 25 juin 1940, à une religion chrétienne. C’est ainsi que nombre de Juifs, qui avaient d’abord échappé au texte des nazies, ont ensuite été rattrapés, par le texte français. La plupart d’entre eux ont été dépouillés de leurs biens et/ou gazés dans un camp d’extermination.

De même que la législation « souveraine » française a non seulement confirmé l’interdiction faite aux Juifs par les nazis de travailler dans les administrations et entreprises publiques de leurs pays, mais aussi allongé aussi sensiblement la liste établie par les nazis relatifs aux emplois dans le secteur privé interdits d’accès aux Juifs.

Cette même législation a également décidé le licenciement sans indemnités des salariés juifs et le reversement aux propriétaires juifs que le minimum de subsistance, tiré des revenus de la gestion ou de la vente à des « Aryens » français, par des administrateurs provisoires, des biens, dont ils avaient été spoliés, alors même que la législation nazie avaient demandé de leur verser les revenus (plus ou moins ponctionnés au passage), tirés de la gestion ou de la vente de leurs biens.

Racisme antijuif et carriérisme professionnel

Comment expliquer l’acharnement politico-administratif et policier, ainsi que la complicité directe et active de la préfecture de Police de Paris et du commissariat général aux Questions juives, dans l’oppression et l’extermination d’une partie de leurs compatriotes ? L’auteur avance trois facteurs conjugués et convergents : la pression permanent et la crainte que la Gestapo, la SS et autres services de répression allemands inspiraient aux fonctionnaires français ; l’antisémitisme, souvent forcené, de ceux-ci ; et le fait qu’une grande partie des dirigeants et des cadres de ces deux structures, en particulier de la deuxième, sont affiliés ou proches idéologiquement des organisations d’extrême droite françaises.

Autre facteur non négligeable à prendre en compte, le souci de carrière professionnelle. Ce dernier facteur offre également aux intéressés un réconfort, qui leur donne l’illusion qu’ils n’étaient pas des traîtres à leur patrie, mais qu’ils n’accomplissaient que leur travail. Surtout lorsque ce réconfort se double du sentiment d’avoir « résisté » aux Allemands, par le fait qu’ils avaient « réussi » à imposer la « souveraineté française » en matière de législation antijuive et de défense des « intérêts français », afin que la spoliation des biens des Juifs profitent aux capitalistes français.

Si la grande majorité des policiers de ces deux institutions ont été sanctionnés, y compris par les tribunaux, ce fut très loin d’être le cas pour ce qui est de la quasi-totalité de leur personnel « administratif ». Presque tous ont pu suivre une carrière, parfois brillante, la plupart du temps à la Préfecture de Police de Paris, dans d’autres administrations publiques, et dans une moindre mesure, dans le secteur privé. Certains se sont même vus décorer, en connaissance de cause par le général de Gaulle, alors président de la république française, de la Légion d’honneur. Sortie le 24 avril 2011Genre : Histoire

Editeur : Grasset, Paris, France

Auteur : Laurent Joly

ISBN : 978-2-246-73691-2

GENCOD : 9782246736912

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