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Les mineurs sud-africains divorcent avec l’ANC



Un retard dans les inégalités mine la stabilité d’un pays classé parmi les "BRICS", les 5 premiers des émergents


dimanche 2 septembre 2012
par Hugo Mastréo


La tuerie de 44 mineurs mi-août 2012 (le 16 du mois), à Marikana au nord de l’Afrique-du-Sud, est venue remettre au devant la vie politique dans ce grand pays africain. Au niveau mondial, ce choc, a été répercuté comme un rappel sur la nature du régime sud-africain. Dans les milieux de travailleurs les anciens vénérables syndicats de gauche sont perçus, par les pauvres, les chômeurs et les salariés, comme cooptés par les nantis. C’est un syndicat plus radical que les anciens, qui a poussé les travailleurs à la grève.

A travers toute la nation, jamais l’ANC, le parti de Mandela, qui a libéré l’Afrique du Sud du régime de l’apartheid en 1994, suite aux premières élections multiraciales, est secoué par ses amères vérités et ses tournants à droite. Depuis des années l’ANC essuyait des critiques, dont d’avoir tissé des liens avec la classe liée aux affaires des blancs, où une « action positive » a bénéficié à une minorité de l’élite africaine et a fait émerger de nouveaux riches noirs.

360.000 mineurs d’or et de charbon ont débrayé en Afrique du Sud en 1987, pour protester contre la faible rémunération et les conditions de travail sombres de l’apartheid de l’ère des mines. Ce fut historique et le prélude pour la chute du système de la domination de la minorité blanche.

Après la dernière grève de deux semaines dans une mine de platine, à Marikana, jugée sauvage, par même les autorités. Après n’avoir obtenu aucun dialogue entre les protagonistes, direction et mineurs, elle dégénéré. Faute de désamorçage, les policiers ont ouvert le feu sur des travailleurs de nuit et grévistes... Ces derniers menaient leur action avec une naïveté d’insurgés en plein expression. Un massacre d’une hallucinante gratuité…

270 grévistes ont été qualifiés, entendre accusés expéditivement, par la justice d’avoir tué leurs propres collègues, désignés comme seuls à avoir tiré. Et tout bonnement les policiers, seuls à être porteurs d’armes à feu dans les circonstances de la confrontation, ont été disculpés. Alors qu’une rage bouillonnante des pauvres ne cessait de monter ces dernières années, et dans l’un des mondes les plus inégalitaires et qui a dure depuis des décennies après l’apartheid.

Même l’ANC a créé une élite fortunée noire, et y compris ses grands dirigeants comme les anciens syndicalistes se sont bien remplis les poches, sans songer à changer la vie des gens ordinaires. Le parti au pouvoir a évité de réduire les disparités économiques, et ce après des décennies. L’incapacité à transformer l’économie est l’une des tares que l’ANC reconnaît volontiers. Lors d’une conférence du parti en Juin, M. Zuma a exhorté les mesures les plus radicales, des appels peut-être venus en retard trop tard. Les jeunes, les leaders les plus agressifs attisaient sans cesse la colère des pauvres et des chômeurs.

Après ce coup mortel dans la mine de platine, c’est au tour des mineurs de l’or de protester. 12 000 salariés ont entamé vendredi, soit 2 jours après la mort de leurs confrères, un arrêt de travail le groupe Gold Fields qui les emploie. Ce groupe coté à la bourse de Johannesburg et de New York, produit 3,5 millions onces d’or par an, selon des estimations tablant sur une moyenne. Cette société exploite huit mines en Australie, au Ghana, au Pérou et en Afrique du Sud.

Les tribunaux abandonnent les accusations portés contre les grévistes de Marikana, même en suspectant toujours qu’une dizaine parmi les 44 décédés sont morts de balles n’ayant pas été tirées par les policiers.