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ElBaradei, montée en puissance bien avant 2 élections, législatives en 2010 et présidentielles en 2011..

Egypte encore loin de la démocratie...

jeudi 30 décembre 2010
par Azouz Benhocine


On a voté en Egypte, et la démocratie n’est pas si fonctionnelle. Le président du parlement a promis de recompter les résultats. Les risques de violence ont fait bouger les forces de l’ordre pour protéger les urnes de vote truffées de falsifications. Après 7 jours de soulèvement, ces policiers perdent chaque plus de terrain. L’ancien chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), prix Nobel de la Paix 2005, tente depuis mars à répliquer à ses détracteurs qui voient en lui quelqu’un qui n’est pas au parfum de la situation du pays.

Dès les prémices de sa sortie des rouages de l’ONU, Mohammed ElBaradei était le plus en vue d’Egypte pour succéder à Moubarak. Malgré les entraves qui sont loin d’être des relents ou des pratiques démocratiques car institutionnelles, il ne cesse de doubler ses sorties pour marquer sa présence dans une précampagne quelque peu ignorée aussi bien en Egypte que par les observateurs étrangers. Le double objectif des élections législatives de 2010 et présidentielle de 2011 est en ligne de mire.

L’ancien chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), prix Nobel de la Paix 2005, tente finalement depuis mars à répliquer à ses détracteurs qui voient en lui quelqu’un qui n’est pas au parfum de la situation de son propre pays. Depuis qu’il a annoncé de se présenter à la prochaine élection présidentielle, face au chef de l’Etat Hosni Moubarak qui dirige l’Egypte depuis presque trente ans, sa présence sur la scène politique égyptienne connaît de réelles avancées.

Mais poussé par l’opinion, assez large qui mesure non seulement sa carrière que son aura, il se jette finalement dans une présence sur le terrain. L’hostilité qui semble vouloir lui résister et qui le met le plus à mal, l’accuse d’être étranger à son propre pays. Genre de cadre plus à l’aise dans les bureaux de l’ONU, et dans les inspections diplomatiques en matière nucléaire, que dans la rue égyptienne.

Bouchées doubles face à une bureaucratie récurrente et un islamisme menaçant.

Depuis début mars 2010, ElBaradei ne cesse de se déplacer auprès des mosquées dont sa prière du vendredi en fin du mois dans la grande mosquée al-Hussein. Et de rencontrer des chrétiens, pour lesquels il réserve une visite à une église copte pour les fêtes de Pâques.

Et surtout il n’a pas manqué des séances photo avec des célébrités. Que nombreux organes de la presse égyptienne, particulièrement indépendante et d’opposition, n’ont cessé d’afficher et de reporter. Ces stars vieillissantes, après avoir été propulsées depuis les années 50 sur l’ensemble de la scène culturelle arabe et même internationale, sont encore influentes et lui ouvrent les bras. Nombreuses le regardent d’une manière admirative, comme un substitut potentiel pour le passage à un autre de régime politique au pays des pharaons.

L’ex-patron de l’AIEA Mohammed ElBaradei, est devenu sans grande peine l’opposant le plus en vue d’Egypte, il commence à incarner l’esprit de réformes politiques. Et pour lesquelles, il s’est mis à offrir des gages et à exprimer des plaidoyers plus audibles.

Prise dans l’étau d’une constitution qui verrouille beaucoup l’expression et l’existence de l’opposition, la scène politique du pays est comme schizophrène et ligotée dans un insoutenable enfermement. Plusieurs initiatives ont germé pour rassembler les opposants et chacune déclare ses propositions. « Le Conseil de l’Opposition Politique d’Egypte », créé par un exilé au Maroc, n’a pas encore ratissé dans les milieux qui aspirent au changement. Et « l’Assemblée nationale pour le changement » qu’il a initié, a réussi à rassembler une trentaine de contestataires qui l’ont rencontré le 23 et 24 février. Tous ont pressé ElBaradei de mener cette coalition.

Parmi les participants à cette réunion d’opposants se trouvaient les dirigeants du Front démocratique, du Parti constitutionnel, du parti Ghad, d’une faction du parti Wafd, ainsi que de représentants des mouvements Kefaya (l’équivalent de Bezzef en Algérie) et des Jeunesses du Six-Avril.

Embusqués dans leur chapelle religieuse les Frères musulmans ont donné le ton. Par la voix de Mohamed el Katatni, le chef du groupe parlementaire ils laissent entendre qu’une proximité de vues entre leur mouvement et celles d’ElBaradei concernant le changement politique et social. Les Frères musulmans détiennent le principal groupe d’opposition parlementaire, avec 20% des sièges. Leur parti est officiellement interdit, mais ses membres ont pu se présenter aux législatives en tant que candidats indépendants.

Le préalable de l’amendement de la constitution soumis à un changement de cap d’après le résultat des législatives.

Le régime en place n’a jamais entendu s’ouvrir à une quelconque alternance ou bien de donner un moindre crédit à l’opposition. Cette dernière trouve dans le retour d’ElBaradei un vecteur de rassemblement. Moubarak, qui a 81 ans et physiquement affaibli par l’âge et surtout la dernière intervention chirurgicale effectuée en Allemagne, n’a pas dit s’il se représenterait à sa propre succession. Les Egyptiens ne doutent guère à ce qu’il se représente, ou qu’il propulse son fils Gamal, 46 ans, à être candidat à sa place. Le père comme le fils ont démenti vouloir organiser une succession héréditaire, mais l’opinion égyptienne d’abord, et plus largement des pays arabes des officiels et des populations, croit largement le contraire.

L’opposition réclame des élections libres et sans fraudes ainsi que des amendements à la Constitution, afin de lever les restrictions pesant sur les candidats à la présidentielle. Mr ElBaradei, a demandé que soient déjà portés les amendements à la première loi du pays, car ce sont de vrais obstacles pour que le passage à l’ère post-Moubarak se fasse en toute démocratie.

La réplique est venue de Ali el-Dine Hilal, ancien ministre et membre du Parti national démocratique (PND, au pouvoir) qui a formulé d’une manière très laconique le conditionnement déjà en place : « Si M. ElBaradei décide de se présenter conformément à la Constitution, il est le bienvenu. La seule chose à faire c’est rejoindre un parti politique. » Ce qui a été réfuté par M. ElBaradei, citant le manque de neutralité de la commission nationale des partis, présidée par le secrétaire général du PND Safouat al-Chérif.

Sans rejoindre l’une des formations politiques en place, ElBaradei aura besoin du soutien d’au moins 250 élus, dont au moins 65 membres de l’Assemblée nationale, 25 du Conseil consultatif (Sénat) et au moins dix élus municipaux, un objectif difficile à atteindre. Tels sont les critères fixés par le texte en vigueur. Des défis pratiques sont dressés devant toutes oppositions et personnalité, cependant ElBaradei émerge comme une force morale réelle.