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Réplique d’un livre algérien : contre-enquête à "l’étranger" de Camus.



La complexité de « Meursault, contre-enquête » fait des critiques drastiques du fait littéraire.


mardi 23 juin 2015
par N.E. Tatem


Succès boosté par le Goncourt, le livre de Kamel Daoud s’est rapproché de la prestigieuse consécration, tant convoitée dans la langue française, en fin d’année 2014. Publié en Algérie, bien plus d’une année auparavant sans soulever de remous, il n’en reviendra jamais de l’intéressement du prix français où il était au tour final. L’existence désormais bien acquise à « Moussa », tel que le nomme l’auteur, a quelque chose de spécifique pour propulser au succès un livre algérien, signé par un sulfureux chroniqueur de la presse écrite oranaise…

Voir en ligne : Notre dossier : Algérie

Voici une discussion sur facebook, sur le sujet de cet article. Elle illustre les deux visions : « bon » et « mauvais » livre, dans l’espace virtuel où se négocient les opinions d’une manière libre que d’autorité critique… Il ne faut pas s’en faire un tracas, le livre de Kamel Daoud stimule des critiques, c’est même sa félicité !

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Posted by Noureddine Khelassi on dimanche 21 juin 2015

La lecture du texte s’est subordonnée à la présentation médiatique. Qui, elle, est venue à la surprise du spectre qui a permis de repérer ce texte parmi tant d’autres passibles de se laisser ignorer. Citer l’auteur de « La peste » (qui se déroule à Oran et actuellement le plus vendu des livres contemporains de langue française avec plus de 5 millions d’exemplaires pour toutes les éditions), c’est faire l’éloge à un autre journaliste. Cette présence corporatiste, combien influente, comporte une donnée...

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Mais c’est surtout en ressuscitant une source d’inspiration colossale, encore étudiée quotidiennement dans l’école hexagonale qui autorisait aussi, que le livre de Kamel Daoud a été discerné, après des mois de sa sortie originelle en Algérie. Outre la chance d’être remarqué, pour s’en prendre à un géant, le « Goncourt des lycéens » s’y intéresse aussi, du fait d’une reconnaissance à une substance du système institutionnel éducatif français…

Albert Camus, impénitent colonialiste, n’est pas en odeur de sainteté en Algérie. A l’origine donc, l’auteur de la contre-enquête voulait mettre une identité à une victime d’un crime impuni. Rétablir une injustice et qui ne verrait pas de compatriote défendu ? Puis le bouquin est propulsé, à son insu, pour contribuer à assumer l’essence merveilleuse de la littérature française que le nobélisé a promu.

La langue française traduit des idées en Algérie et c’est cohérent pour les deux rives. Certaines élites algériennes se sentent dépassées par l’écho d’un roman où l’enquête tente de se faire des pistes...

La culture coloniale affiche sa pensée de suprématie et « sa mission civilisatrice » que le livre devait originellement dénoncer. Mais elle est aussi une rampe de lancement aux arts du Monde. Le festival de Cannes a consacré « Chroniques des années de braises », une immense épopée sur l’effondrement de la nuit coloniale.

Et la musique raï algérienne a touché l’universalité avec Khaled, comme "La Peste" et ce jeune auteur le chanteur de "Bakhta" est de la ville d’Oran, depuis la France. C’est au tour de Kamel D, de palper un triomphe, puisque certainement la [« … contre-enquête »] peut intéresser des traducteurs.

En épluchant les pages de « Meursault, contre-enquête » l’interpellation du criminel est prononcée, du moins il est interpellé sur le plan de l’imaginaire factuelle de la culture. La rupture avec le royaume coloniale est un trait du nationalisme de l’auteur, quand il s’intéresse au colonisé abattu sur une plage comme une méprisable cible en carton. La victime est même le grand-frère, Moussa, avec son génie de transmettre le mythe généalogique.

Un colonisé lève la voix, où le mouton enragé.

Mais finalement récupéré de l’oubli de sa sortie en Algérie, cette humble œuvre, pour ne pas sommaire manuscrit à la langue juvénile, est en soi une prouesse défendant un « bledman », préféré à « blédard » (gent du pays dans le langage français des émigrants). Un genre de raconter une histoire vécue, revient au stand-up du théâtre, où les anodines quotidiennetés donnent davantage le plaisir du défouloir qu’à réfléchir. Le monologue de Kamel Daoud est aussi bouleversant, tragique… Il est un succès de lecture en France en 2015, parmi les ventes premières ventes en France.

La restitution d’une identité au premier plan, chez Kamel Daoud, à un personnage insignifiant, pour son père Camus, réhabilite un arabe tué par une arme de français. Pour une fois, un livre algérien a jeté les ponts qu’une mémoire a rompus. Et s’exprimer dans l’espace littéraire, c’est l’épisode suivant, la violence est tellement disproportionnée et amère pour être tue…

Dans l’essai romanesque sorti à Alger dans la discrétion, devenu « presqu’un » best-seller parce qu’il a porté son dévolu sur un immense auteur, dramaturge et philosophe français né en Algérie dans la ville de saint-Augustin, la tragédie théâtrale est même un discours. Les adages que le néocolonialisme n’a pas rachetés et la vindicte des « arabophones » (dits arabisants en Algérie) n’a pas dépassé, sont un segment lucide d’une mémoire rebattue, comme un jeu de cartes, par K Daoud…

Avec complexité « Meursault, contre-enquête » traduit l’attirance, c’est déjà le prétexte d’une rencontre qui a captivé un consentement de deux histoires. Une s’écrit, pour le discernement, avec un grand « H ».

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