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Nedjma, affirmation d’un idéal.



De Kateb Yacine : le roman fondateur de l’oeuvre


jeudi 20 novembre 2008
par Azouz Benhocine


Nedjma est à jamais un symbole dans la littérature arabe et maghrébine d’expression française ainsi qu’emblème libérateur pour plusieurs plumes des peuples subissant tous jougs. L’histoire d’amour qu’il retrace se déroule en plein déchirement.

Comme convenu, à l’occasion de la 20ème année de la mort de Kateb Yacine, ci-après une lecture écourtée de Nedjma et de son impact...

Nedjma, le roman primordial dans l’œuvre de Kateb Yacine, a fondé et révélé la manière d’écrire de l’auteur. Il est à jamais un symbole dans la littérature arabe et maghrébine d’expression française ainsi qu’emblème libérateur pour plusieurs plumes des peuples subissant tous jougs. L’histoire d’amour qu’il retrace se déroule en plein déchirement. Son écriture a pris bien plus de cinq ans et a paru en 1956.

L’ancrage de son sujet ramène à l’histoire d’un peuple en rupture avec le tribalisme, prêt à se déterminer de l’occupant. Sa métaphore globale désigne la patrie, personnifiée en une femme kaléidoscopique dans ses origines, juive, française et autochtone. Une maghrébine qui se proclame baptême de la diversité dans l’identité algérienne. Elle assemble l’amour de quarte personnages tous liés à la terre algérienne par la quête de l’être aimé, pour dresser une stimulation de la légende poétique affirmant un patriotisme moderne. Elle questionne ainsi : quel est l’idéal de l’âme algérienne ? Où se retrouve son meilleur soi, celui doté de sa liberté entièrement acquise. L’amour et la patrie ne font qu’une seule conquête. L’être aimée se confond au pays qui se réveille d’une longue nuit coloniale.

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La structure globale du texte a été à l’origine d’un style d’écriture qui s’est révélé avec Kateb Yacine depuis. En lissant ce roman, on songerait qu’il convient mieux en étant versifié. Saccadée, en spirales dynamiques, la rédaction de ce roman aux lectures inépuisables a, dit-on, transformé la langue française sur le plan de la présentation des faits à travers plusieurs chapitres traitant tous, et l’un après l’autre, des facettes du sujet. A sa sortie, il étonna les milieux littéraires et institua ce qu’est la littérature maghrébine moderne.

“ Le cercle des représailles ” et “ Le polygone étoilé ” s’inscrivent aussi, telle sa contribution à la tâche historique de libérer le pays du joug colonial. Ces 2 romans confirment cette écriture alternative aux canons textuels en place et même signé des plus érudits. Non conformiste, Kateb disait de son talent d’autodidacte qu’il est l’intrus « entré en pirate » (ses propres paroles) dans le gotha littéraire francophone de son époque. Certainement pour la rébellion, et qui fait de son talent une référence indiscutable du rêve maghrébin. Le contexte de lutte pour l’indépendance, était une réelle lutte de classes : « entre celles exploiteuses, dominantes, et les prolétariennes colonisées » (c’est de lui aussi).

L’adhésion des courants de la gauche française et même européenne à l’œuvre collective déclenchée le 1er novembre 1954, était pour une large part de l’écho Katébien. Laquelle n’a pas laissé indifférent l’auteur qui voyait en l’immigration issue de son peuple un sous-prolétariat jetable et exposé aux précarités connues de nos jours. Plus tard, de cette nouvelle culture ouvrière est né et se perpétue, avec un engagement assez remarqué en France, le statut toujours improbable de l’émigré à assimilé, à représenter la diversité et à constituer la thématique des populations insoumises et prête aux séditions. A travers laquelle les sociologues y voient la difficulté raciale avant celle de la zone urbaine de leur rélégation.

Depuis que « Mohamed prend ta valise » (théâtre) est apparue dans les théâtres des bouffes du Nord à Paris, puis reprise en Belgique et en Allemagne, le débat sur l’immigration existe même si ce repère est complètement occulté.

Mais c’est bien Nedjma qui a trouvé le refrain du fait de la langue utilisée, un français des plus raffiné, sans le moindre complexe pour marquer une rupture franche avec le colonialisme. Siffler la marseillaise de nos jours élucide que les traitements réservés aux exclus, est hérité, et heureusement on s’accorde à le croire…

La mémoire et l’identité se chevauchent dans chaque écrit de Kateb Yacine, ils tiennent pleinement en éveil un détournement de l’art pour servir les combats.

Prochainement, à suivre…

Un théâtre didactique au peuple qui aspire à se civiliser

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