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Afghanistan : les talibans tirent à balles réelles sur des femmes à Hérat — un siècle de droits anéantis
Retour brutal de l’apartheid de genre, des tirs talibans contre des femmes à Hérat dans le silence musulman
jeudi 11 juin 2026, par
Le 9 juin 2026, les forces de sécurité talibanes ont ouvert le feu à balles réelles sur des femmes manifestant à Hérat contre une nouvelle directive imposant le « hijab correct ». Au moins une morte, plusieurs blessées, des arrestations en cascade : la répression s’abat sur les dernières voix libres d’Afghanistan. Populi-Scoop revient sur un siècle d’histoire — celui des droits des Afghanes, conquis par la reine Soraya dans les années 1920, étendus jusqu’aux campagnes sous la République, puis méthodiquement anéantis par l’islamisme taliban depuis surtout 2021.
Les faits : quand la protestation pacifique se heurte aux balles
Le 9 juin 2026, la ville d’Hérat, dans l’ouest de l’Afghanistan, a été le théâtre d’une scène d’une brutalité glaçante. Les forces talibanes ont ouvert le feu sur des personnes rassemblées lors d’une rare manifestation dans la province d’Hérat, tuant au moins une femme et un enfant, selon la BBC. Le mardi matin, des combattants talibans ont réprimé une manifestation dans le quartier de Jebrail à Hérat, organisée en réponse à la détention massive de femmes accusées de ne pas porter la burqa. Des témoins oculaires ont confirmé que les combattants talibans ont tiré directement sur la foule, tuant deux personnes et blessant près de trente.
La mission de l’ONU en Afghanistan a confirmé mercredi qu’« au moins une personne, un garçon, a été tuée par des tirs, tandis que plusieurs autres ont été blessées, notamment après avoir été frappées avec des bâtons », ajoutant qu’elle vérifiait les informations faisant état d’un second décès.
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Des vidéos de la manifestation montrent les manifestants scandant « Éducation, travail, liberté » alors même que les combattants talibans ouvraient le feu autour d’eux. Les images capturent des femmes élevant la voix tandis que les talibans tirent. On peut voir des manifestants riposter en lançant des pierres et en scandant des revendications pour le travail, l’éducation et la liberté.
L’étincelle : de nouvelles restrictions vestimentaires imposées aux femmes
Cette manifestation, l’une des plus importantes de ces derniers mois, a été déclenchée par une vague d’arrestations de femmes dans les jours précédents. La protestation a suivi l’arrestation d’au moins 30 femmes à Hérat entre le 6 et le 7 juin par des agents du ministère taliban de la Propagation de la vertu et de la Prévention du vice, ainsi que par la police talibane. Ces femmes ont été détenues pour avoir prétendument violé les nouvelles instructions vestimentaires des talibans, qui exigent le port du « hijab correct » en public, interdisant aux femmes de montrer leur visage ou de porter du maquillage.
Georgette Gagnon, représentante spéciale adjointe du secrétaire général de l’ONU pour l’Afghanistan, a déclaré : « La détention d’une femme en Afghanistan porte une stigmatisation énorme, qui peut exposer les femmes à un risque accru de violence et d’isolement au sein de leurs familles et de leurs communautés, même après leur libération. »
Plusieurs des blessés et d’autres manifestants ont déclaré que, par crainte d’arrestation et de représailles, un grand nombre de blessés ont été ramenés chez eux plutôt qu’à l’hôpital. Selon eux, les blessés se sont vu refuser l’accès aux soins médicaux de base. Certains ont confirmé que des combattants talibans étaient positionnés à l’intérieur des hôpitaux, identifiant les blessés et détenant leurs proches.
Suite à la répression, les talibans ont dépêché des centaines de combattants supplémentaires dans le quartier de Jebrail et placé tous les points stratégiques de la ville sous le contrôle de forces nouvellement déployées, transformant Hérat en une zone entièrement militarisée.
Les talibans ont nié avoir procédé à des détentions massives et affirmé que le port du hijab était « un commandement divin ».
Retour sur un siècle de droits des femmes en Afghanistan : de l’avant-garde à l’effacement
Pour comprendre toute la portée tragique de cette scène, il faut remonter le fil d’une histoire méconnue. Car l’Afghanistan ne fut pas toujours cette prison à ciel ouvert pour les femmes.
1919-1929 : L’ère pionnière d’Amanullah Khan et de la reine Soraya
Les femmes afghanes ont obtenu le droit de vote en 1919, un an avant les États-Unis et des décennies avant de nombreuses autres régions du monde. La première école de filles a été ouverte en 1921 et la constitution de 1964 a instauré l’égalité pour tous. La reine Soraya Tarzi (1919–1929) fut une pionnière qui a milité pour les droits des femmes, l’éducation et la réforme culturelle en Afghanistan bien avant de nombreux dirigeants mondiaux. En 1928, le premier groupe de femmes afghanes quittait le pays pour étudier en Turquie.
Mais les réformes sociales en faveur de la libération des femmes furent parmi les raisons qui envoyèrent Amanullah en exil en 1929. Déjà, la modernisation butait contre le conservatisme tribal.
1960-1970 : L’âge d’or de l’émancipation féminine afghane
Dans les années 1960 et 1970, l’Afghanistan a connu une série de réformes libérales lancées par le gouvernement et des programmes sociaux qui ont radicalement accru la participation active des femmes dans les arts, la culture et la politique. Les mouvements féminins ont été renforcés par la ratification en 1964 de l’amendement sur l’égalité des droits dans la Constitution afghane.
La Constitution de 1964 a accordé aux femmes des droits égaux, notamment le droit à l’éducation, la liberté de travailler, le suffrage universel et le droit de se présenter aux élections. Sous le règne de Zahir Shah, il y avait deux femmes au cabinet et quatre femmes au parlement. Dans les villes, les femmes pouvaient apparaître sans voile, occuper des fonctions publiques et exercer comme scientifiques, enseignantes, médecins et fonctionnaires.
Dans les années 1960 et 1970, les femmes non seulement fréquentaient les universités mais enseignaient aussi en tant que professeures et menaient des recherches académiques. L’Afghanistan avait des femmes au parlement dès 1965 — une étape que de nombreuses nations occidentales n’avaient pas encore franchie. Les femmes étaient juges, diplomates et hautes fonctionnaires.
Les rues de Kaboul dans les années 1960 et 1970 ressemblaient à celles de n’importe quelle ville cosmopolite, où les femmes portaient des jupes, marchaient librement sans hijab et participaient à des rassemblements sociaux.
Toutefois, malgré les efforts, la majorité des femmes continuaient à être exclues de ces avancées, car ces réformes avaient peu d’effet en dehors des villes et concernaient principalement les femmes de l’élite urbaine. La campagne restait une société profondément patriarcale et tribale.
1979-1992 : La guerre soviétique et le début du recul
Pendant le coup d’État soviétique, les droits des femmes ont progressivement été rognés avec l’émergence du conflit civil entre les groupes moudjahidines et les forces gouvernementales dans les années 1980 et 1990, puis sous le régime des talibans. Alors que les factions rivales de moudjahidines se battaient pour le contrôle, la liberté de mouvement des femmes a été restreinte et les Afghanes instruites ont cherché refuge dans les pays voisins ou émigré en Occident. La guerre a dévasté le système éducatif, inversant les acquis précédents en matière de droits des femmes. La pauvreté croissante, les infrastructures détruites et l’instabilité grandissante ont aggravé la situation. Des rapports de violences sexuelles généralisées par les forces armées et l’effondrement de l’état de droit ont encore érodé la sécurité des femmes.
1996-2001 : Le premier régime taliban — la nuit tombe sur les Afghanes
À l’issue de la guerre de 1992-1996, les talibans se sont emparés du pouvoir. Sous l’émirat islamique d’Afghanistan (1996-2001), les droits des femmes ont régressé encore plus, celles-ci étant interdites d’étudier et d’exercer un métier.
Pendant les cinq années de règne des talibans, les femmes en Afghanistan étaient essentiellement assignées à résidence. Certaines femmes qui occupaient jadis des postes respectables ont été obligées de se promener dans les rues dans leur burqa pour vendre tout ce qu’elles possédaient ou mendier afin de survivre.
À Kaboul, les résidents devaient couvrir leurs fenêtres afin qu’aucune femme à l’intérieur ne puisse être vue depuis la rue. Les châtiments étaient sévères : une femme pouvait être flagellée pour avoir montré un pouce de peau sous sa burqa, battue pour avoir tenté d’étudier, lapidée si elle était reconnue coupable d’adultère.
2001-2021 : Vingt ans de reconquête fragile
Après l’intervention américaine et la chute du premier régime taliban, en 2004, la nation a adopté une nouvelle constitution qui consacrait les droits des femmes et conduisait à un épanouissement de la participation féminine à la vie publique afghane.
En 2020, 21 % des fonctionnaires afghans étaient des femmes, contre presque aucune avant 2001. En 2020, les femmes afghanes occupaient plus de 25 % des sièges au Parlement et pouvaient se présenter à la présidence. L’espérance de vie des femmes afghanes est passée de 56 ans en 2001 à 66 ans en 2017, un gain largement dû à un déclin significatif de la mortalité en couches.
Mais avant les talibans, seules les femmes éduquées des grandes villes avaient eu accès à une certaine autonomie. Et l’Afghanistan restait une société rurale, traditionnelle et patriarcale, régie par des règles issues à la fois d’une interprétation rigoriste de l’islam et du strict code tribal pachtoune, le pachtounwali.
Août 2021 : Le retour des talibans — l’effacement systématique
Malgré des promesses initiales selon lesquelles les femmes seraient autorisées à exercer leurs droits dans le cadre de la charia — y compris le droit de travailler et d’étudier — les talibans ont systématiquement exclu les femmes et les filles de la vie publique.
Les filles sont interdites d’école secondaire. Les femmes sont exclues des universités, de la plupart des emplois et des espaces publics tels que les parcs, les gymnases et les clubs sportifs. Les femmes n’occupent aucun poste ministériel dans l’administration de facto, qui a également aboli le ministère des Affaires féminines — éliminant de fait le droit des femmes à la participation politique.
Human Rights Watch a constaté dès septembre 2023 que le régime des talibans commettait le crime contre l’humanité de persécution liée au genre. Les talibans ont imposé plus de cent décrets qui restreignent drastiquement les droits des femmes et des filles, notamment la liberté de déplacement, d’expression et d’association. Ils leur ont interdit de nombreuses formes d’emploi ainsi que l’enseignement secondaire et supérieur.
Le 4 janvier 2026, le chef suprême des talibans a promulgué un nouveau Code pénal en Afghanistan. Le texte autorise les violences conjugales et suscite de vives inquiétudes quant à la disparition des protections juridiques pour les femmes.
La justice internationale face à l’apartheid de genre
Face à cette situation, la communauté internationale a commencé à agir sur le plan judiciaire. Le 8 juillet 2025, la Cour pénale internationale (CPI) a émis des mandats d’arrêt contre deux dirigeants talibans, Haibatullah Akhundzada et Abdul Hakim Haqqani, pour persécution des femmes et des jeunes filles en raison de leur genre. Ces mandats — les premiers jamais délivrés pour des accusations de persécution fondées sur le genre — ont été salués comme une « importante reconnaissance des droits des femmes et des jeunes filles afghanes ».
La CPI a déclaré : « Si les Talibans ont imposé certaines règles et interdictions à l’ensemble de la population, ils ont spécifiquement ciblé les filles et les femmes en raison de leur genre, les privant ainsi de leurs droits et libertés fondamentaux. »
Mais ces mesures amélioreront-elles réellement le sort des femmes et des jeunes filles en Afghanistan dans la mesure où les talibans ne reconnaissent ni le tribunal ni sa compétence, et considèrent les mandats comme des « actes manifestement hostiles et comme une insulte aux croyances des musulmans du monde entier » ?
Un courage qui refuse de mourir, celui des Afghanes...
Sous le régime de facto des talibans, les progrès acquis ont été effacés et l’Afghanistan est devenu le pays du monde qui connaît la pire crise des droits des femmes. Cependant, la détermination et la résistance des femmes afghanes subsistent et continuent d’inspirer. Malgré les restrictions quasi totales qui pèsent sur leur vie, elles trouvent encore le moyen de gérer des entreprises et de travailler en première ligne en tant que travailleuses humanitaires, journalistes et dirigeantes communautaires.
Les scènes d’Hérat du 9 juin 2026, où des femmes ont scandé « Éducation, travail, liberté » sous les tirs, s’inscrivent dans un siècle de luttes. Cette histoire prouve que les femmes afghanes ne sont pas naturellement opprimées — elles étaient dirigeantes, intellectuelles et professionnelles avant que leurs droits ne leur soient arrachés.
Le mouvement pour les droits des femmes en Afghanistan a connu des flux et des reflux, mais les avancées ont presque toujours été suivies de reculs. L’histoire afghane enseigne que le progrès est fragile, mais que le courage des femmes, lui, ne s’éteint jamais.
Comme l’a rappelé l’ancien commandant d’Hérat, Mohammad Ismail Khan, en réaction aux événements du 9 juin : « L’histoire a prouvé qu’aucun gouvernement n’a jamais réussi, ni ne réussira jamais, par la force, la répression et l’humiliation de son peuple. »
Source principale : Radio Azadi / RFE/RL — [lire l’article original]—> (https://www.rferl.org/a/taliban-women-afghanistan-new-restrictions/33776929.html)
Autres sources : Amnesty International, ONU Femmes, Wikipédia, History News Network, Journal of International Relations and Foreign Policy.
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Voir en ligne : Afghanistan, Pachtouns & Talibans
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