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L’humain préhistorique tel l’ancêtre amérindien jouait avec des eccessoires ludiques

L’humain préhistorique tel l’ancêtre amérindien jouait avec des eccessoires ludiques

Jackpot archéologique : l’humanité jouait déjà aux dés il y a 12 000 ans !

mardi 9 juin 2026, par Gros Emile

Des archéologues viennent de repousser de plusieurs milliers d’années les premières traces connues de jeux de hasard, grâce à la découverte de dés vieux de 12 000 ans sur des sites amérindiens de l’Ouest américain. Une révélation qui invite à revisiter l’histoire longue du jeu chez l’être humain — bien plus ancienne, et plus universelle, qu’on ne le croyait.

Il y a 12 000 ans, dans ce qui deviendra le Wyoming, le Colorado et le Nouveau-Mexique, des hommes et des femmes lançaient de petits objets plats en l’air et pariaient sur leur chute. Pas des dés à six faces comme ceux de nos soirées Monopoly, mais des pièces binaires — plates, marquées d’un côté, vierges de l’autre — dont le tirage relevait du même principe qu’un coup de pile ou face. Ces artefacts, identifiés et catalogués par l’archéologue Richard J. Madden dans la revue American Antiquity, constituent aujourd’hui les plus anciennes preuves matérielles connues du jeu de hasard chez l’être humain.

Madden a recensé pas moins de 565 de ces objets issus de dizaines de sites archéologiques nord-américains, dont les plus anciens remontent à près de 13 000 ans. Sa conclusion est tranchante : les Amérindiens jouaient aux dés 6 000 ans avant toute autre trace comparable documentée ailleurs dans le monde. Une avance considérable que cette étude vient de remettre en lumière.

Un jeu universel, une archéologie incomplète

Ce que cette découverte dit aussi, c’est à quel point l’histoire du jeu humain reste difficile à reconstituer. Car jouer laisse rarement des traces. Pensez au chat perché, à cache-cache, à tous ces jeux sans matériel ni plateau : qu’en resterait-il après dix mille ans ? Même les jeux de société laissent souvent peu de vestiges. Comme le rappellent les chercheurs Aris Politopoulos (Université de Leiden) et Walter Crist, spécialistes de l’archéologie du jeu, les études ethnographiques montrent que les joueurs tracent fréquemment leurs plateaux à même le sol — une ligne dans la poussière, quelques trous creusés — sans laisser la moindre empreinte durable.

Ce biais archéologique invite donc à la prudence : les dés amérindiens ne sont pas nécessairement les origines du jeu, mais bien les plus anciennes preuves conservées. La réalité ludique de la préhistoire était vraisemblablement bien plus riche, et bien plus ancienne encore.

Du hasard au sacré : le jeu dans les grandes civilisations antiques

Les millénaires suivants confirment que le jeu accompagne partout le développement des sociétés humaines — et qu’il ne se cantonne jamais au simple divertissement.

En Égypte ancienne, le Senet s’affiche dès 3 100 avant notre ère comme l’un des jeux de société les plus anciens documentés. Retrouvé jusque dans la tombe de Toutânkhamon — où quatre plateaux de jeu ont été mis au jour aux côtés de l’or et des bijoux funéraires — ce jeu à 30 cases en trois rangées mêlait hasard et tactique, avec des baguettes ou des osselets en guise de dés. Mais le Senet était loin d’être un simple passe-temps : son nom signifie « passage » en hiéroglyphes, et chaque partie symbolisait le voyage de l’âme à travers l’au-delà. Les cases avaient des significations religieuses précises, la case finale représentant l’union avec le dieu soleil Rê. Jouer au Senet, c’était répéter rituellement le trajet entre la vie et la mort.

En Mésopotamie, le Jeu royal d’Ur — mis au jour par l’archéologue Sir Leonard Woolley lors des fouilles du cimetière royal d’Ur entre 1922 et 1934 — propose une structure comparable : un plateau de 20 cases, fabriqué avec des incrustations de coquillage, de lapis-lazuli et de motifs géométriques complexes, dont le plus bel exemplaire est aujourd’hui conservé au British Museum de Londres. Il a fallu attendre les années 1980 et la traduction par Irving Finkel d’une tablette d’argile datant de 177 avant notre ère pour comprendre partiellement ses règles. Jeu de parcours mêlant stratégie et aléas du sort, il fut progressivement remplacé par des versions plus récentes — dont le Senet égyptien serait peut-être un descendant.

Dans la vallée de l’Indus, les dés cubiques sont attestés dès la civilisation harappéenne, vers 2 300 avant notre ère. Le Rig-Véda, l’un des plus anciens textes de l’humanité (vers 1 000 av. J.-C.), mentionne explicitement l’usage des dés, et le Mahabharata évoque des parties mémorables entre rois, dotées d’enjeux considérables. Plus loin encore, en Chine ancienne, le go est élevé au rang d’art cultivé, aux côtés de la calligraphie et de la peinture.

Pourquoi jouait-on ? Le jeu comme fait social total

À travers ces exemples, une constante se dégage : le jeu n’a jamais été une activité marginale ou purement récréative. Il a fonctionné, dans toutes les sociétés, comme un fait social total — au sens que Marcel Mauss donnait à cette expression.

D’abord, le jeu forge le lien. Les études ethnographiques et archéologiques montrent que les activités ludiques partagées renforcent la cohésion des groupes, établissent des hiérarchies sociales, et permettent de négocier symboliquement des rapports de force sans recourir à la violence. Parier sur un lancer de dé, c’est aussi accepter l’arbitrage du hasard comme régulateur collectif.

Ensuite, le jeu est un rituel. Le Senet, le jeu de balle mésoaméricain, ou encore certains jeux de l’Inde ancienne comme le Gyan chaupar, sont imprégnés d’une dimension spirituelle explicite. Jouer, c’est mettre en scène des forces qui dépassent les joueurs — le destin, les dieux, l’au-delà.

Enfin, le jeu est un marqueur de statut. Certains jeux, comme le Jeu royal d’Ur ou les échecs, ont été des attributs de la royauté et de l’élite, parfois offerts en cadeau diplomatique, et ont contribué à distinguer les classes sociales dans des sociétés de plus en plus stratifiées.

Ce que les dés de 12 000 ans nous disent de nous-mêmes

La découverte de Richard Madden est plus qu’une prouesse archéologique. Elle déplace la question des origines du jeu de hasard bien avant la sédentarisation et l’agriculture — deux phénomènes qui commencent à peine à se répandre au début du Néolithique, vers 10 000 avant notre ère. Des chasseurs-cueilleurs, nomades, sans cités ni États, jouaient déjà. Ils pariaient. Ils construisaient des règles, des objets, des rituels autour du hasard.

Ce que cela suggère, au fond, c’est que le jeu n’est pas un luxe que les sociétés s’offrent une fois leurs besoins fondamentaux assurés. Il est constitutif de la condition humaine. Avant l’écriture, avant les temples, avant les greniers à grain — il y avait déjà quelqu’un qui lançait un morceau de bois plat en l’air, attendait qu’il retombe, et regardait de quel côté il avait atterri.

Ces dés, datant de 12 000 ans et récemment découverts, ont été fabriqués en bois et en os par des chasseurs-cueilleurs amérindiens. Robert Madden

Sources :
• Richard J. Madden, American Antiquity (étude sur les dés amérindiens, publiée en 2026)
• Aris Politopoulos & Walter Crist, Université de Leiden (archéologie du jeu antique)
The Conversation / RTBF (mai 2026)
• Futura Sciences (avril 2026)
• Histoire des jeux, Wikipédia (sources académiques compilées)
• British Museum / Irving Finkel (Jeu royal d’Ur)

Mots-clés : Archéologie du jeu, Dés de 12000 ans, Origine des jeux de hasard, Sites amérindiens, Richard J Madden, Histoire du jeu, Jeu royal d’Ur, Senet égyptien, Fait social total, Chasseurs-cueilleurs, Rituel et sacré, Antiquité ludique


Voir en ligne : Science, jeux, distraction, préhistoire

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