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Saint-Denis, berceau d’une nouvelle révolution ? Mélenchon lance sa campagne et l’objectif de 6ᵉ République

Saint-Denis, berceau d’une nouvelle révolution ? Mélenchon lance sa campagne et l’objectif de 6ᵉ République

La France à l’aube d’une transformation démocratique, proclamation historique de nouveaux paradigmes

dimanche 7 juin 2026, par N.E. Tatem

Dimanche 7 juin 2026, Jean-Luc Mélenchon a choisi Saint-Denis pour lancer sa campagne pour 2027. La ville des rois de France et nouveau bastion insoumis sert à une gauche plus révolutionnaire que radicale, est le champ de tir du coup d’envoi de la quatrième candidature à l’Élysée d’un intransigeant armé d’un programme on ne peut plus clair. Devant des milliers de militants rassemblés place Victor-Hugo, le tribun a déroulé une vision de rupture pour une France qui, en deux siècles, a déjà vécu deux dynasties, deux empires, cinq Républiques et quatre révolutions, et qui s’apprêterait à en vivre une cinquième.

La place Victor-Hugo comme scène du monde

Il y a quelque chose de délibérément chargé dans le choix de Saint-Denis. À gauche, la mairie désormais dirigée par Bally Bagayoko, élu au premier tour des municipales de mars 2026 avec 50,77 % des voix sous étiquette LFI. À droite, la basilique gothique, nécropole des rois de France. Entre les deux, place Victor-Hugo, Jean-Luc Mélenchon a pris la parole ce dimanche 7 juin 2026 à 15h30, devant une foule venue de toute la France — des bus entiers affrétés depuis des dizaines de villes, plusieurs liaisons déjà complètes avant même le jour J.
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Manuel Bompard, coordinateur de La France Insoumise, l’avait annoncé sans ambiguïté dans les jours précédant l’événement : ce ne serait pas « un meeting programmatique au sens pur », mais « l’occasion de développer les grands axes de campagne ». Ce que Mélenchon a livré était pourtant bien davantage qu’un discours de lancement. C’était une lecture de l’histoire de France, une généalogie des ruptures, et une invitation à en écrire une nouvelle page.

« En deux siècles, cinq Républiques et quatre révolutions »

La formule, prononcée depuis la tribune, résume l’ambition intellectuelle du projet mélenchonien. « La France se reformule au fil des saisons du temps. En deux siècles, nous avons connu deux dynasties, deux empires, cinq Républiques et nous avons connu quatre révolutions », a déclaré le leader insoumis, faisant écho à la trame historique que LFI déroule depuis plusieurs années dans ses documents programmatiques sur la VIᵉ République.

Ce récit n’est pas nouveau, mais il prend une résonance particulière dans ce contexte géographique et politique. Saint-Denis incarne précisément cette tension entre mémoire et rupture : ville de la sépulture royale, elle est aussi l’une des communes les plus populaires et les plus diverse de France, avec ses 149 000 habitants (INSEE 2023), ses 120 nationalités, ses quartiers que la République a longtemps regardés de loin. En choisissant ce lieu pour le lancement de sa campagne, Mélenchon signifie que « la Nouvelle France commence ici » — slogan visible sur des pancartes dans la foule — c’est-à-dire dans les marges que l’histoire officielle a ignorées.

La VIᵉ République comme horizon constitutionnel

Au cœur du projet présenté à Saint-Denis se trouve la proposition de convoquer une Assemblée constituante chargée de rédiger une nouvelle Constitution. La VIᵉ République, dans la doctrine LFI, n’est pas qu’un changement d’institutions : c’est une reconfiguration du pouvoir qui mettrait fin à ce que Mélenchon appelle la « monarchie présidentielle » héritée de de Gaulle, renforcerait les pouvoirs du Parlement, introduirait le référendum d’initiative citoyenne, et ancrerait des droits économiques et sociaux dans le texte fondamental.

Cette proposition s’inscrit dans une tradition républicaine longue. La France a déjà traversé ces moments de refondation : 1792, 1848, 1870, 1944-1946. Chaque fois, une crise politique profonde a rendu possible — ou nécessaire — une nouvelle architecture constitutionnelle. Le pari de Mélenchon est que 2027 pourra être ce moment, dans un pays fracturé par une décennie de « gilets jaunes », de réforme des retraites contestée, de montée des extrêmes et d’une inflation qui dépasse 5 % en 2026.

Contre les milliardaires des médias : la première mesure promise

L’un des moments les plus applaudis du discours a été la charge contre la concentration médiatique. « Notre première tâche sera une loi pour démanteler ces trusts médiatico-culturels », a lancé Mélenchon depuis la tribune, sous les vivats de la foule. Il a appelé à « zapper Bolloré », référence directe à l’empire médiatique du milliardaire breton qui contrôle CNews, C8, Europe 1 et plusieurs maisons d’édition. Cette promesse n’est pas nouvelle dans le corpus insoumis, mais son rang de « première mesure » lui confère une importance symbolique et programmatique renouvelée.

Le sujet résonne dans une France où la question de la pluralité de l’information est devenue un enjeu démocratique majeur. Plusieurs études récentes ont documenté une concentration croissante de la propriété des médias entre les mains d’une dizaine de milliardaires. Pour Mélenchon, cette réalité n’est pas un accident mais le produit de choix politiques délibérés que seule une rupture constitutionnelle pourrait défaire.

Le « suprémacisme » comme ennemi désigné

Mélenchon a également consacré une part importante de son discours à ce qu’il nomme le « suprémacisme » — une notion qu’il applique au Rassemblement national et à ses alliés. « Dans ce chaos naissant, un nouveau projet politique germe, dans les guerres du Moyen-Orient et du trumpisme, voici ce qu’il faut appeler le suprémacisme, c’est-à-dire une volonté de hiérarchisation humaine pour dominer les peuples en les divisant en ethnie et en religion », a-t-il déclaré, fustigeant les « obsédés de la race » et leurs « névroses communautaristes ».

Le tribun a également évoqué la longue liste des mouvements réprimés depuis dix ans : gilets jaunes, free parties, et ce qu’il décrit comme une « liberté de conscience défigurée par l’islamophobie ». Cette lecture globalisante des luttes sociales est une constante de la stratégie LFI, qui cherche à agréger des colères dispersées sous une bannière commune : celle d’un peuple souverain face à des oligarchies économiques, médiatiques et politiques.

Annie Ernaux et Éric Vuillard : la caution culturelle

Le meeting n’était pas seulement politique. Deux figures majeures de la littérature française avaient fait le déplacement : Annie Ernaux, Prix Nobel de littérature 2022, et Éric Vuillard, Prix Goncourt 2017. Leur présence n’est pas anodine. Elle inscrit la candidature Mélenchon dans une tradition de la gauche culturelle française — celle qui, de Sartre à Bourdieu, a toujours cherché à articuler engagement intellectuel et combat politique.

Ernaux, dont l’œuvre explore la domination sociale, les classes populaires et la mémoire collective, incarne précisément le type de « France d’en bas » que Mélenchon veut porter à l’Élysée. Vuillard, dont le travail narratif revisite les grandes catastrophes de l’histoire capitaliste et coloniale, apporte une caution historienne à un projet qui se veut lui-même historique.

280 000 parrainages : une mobilisation citoyenne inédite

Depuis la déclaration officielle de candidature de Mélenchon le 3 mai 2026 sur TF1, La France Insoumise indique avoir recueilli plus de 280 000 parrainages citoyens — un dispositif distinct des parrainages d’élus requis par le Conseil constitutionnel, destiné à mesurer et à mobiliser le soutien populaire de base. L’objectif de 300 000 était fixé pour le jour du meeting.

Ces chiffres, avancés par LFI elle-même et non vérifiés de manière indépendante, n’en témoignent pas moins d’une capacité organisationnelle réelle. Les militants du 93 étaient mobilisés ce week-end à Pantin, Aulnay et dans d’autres communes de Seine-Saint-Denis pour recueillir des signatures et appeler aux parrainages. C’est cet enracinement local, construit patiemment depuis les européennes de 2024 et concrétisé par les victoires municipales de mars 2026, qui donne à ce lancement une densité que les simples sondages ne capturent pas.

Saint-Denis, laboratoire de la « Nouvelle France »

Le concept de « Nouvelle France » est au cœur de la stratégie territoriale de LFI. Il peut être résumé, selon France 24, comme « un retournement du stigmate » : faire des quartiers populaires, longtemps présentés comme des problèmes, les moteurs d’un renouveau politique et culturel. Saint-Denis en est l’incarnation la plus aboutie.
Lors des européennes de 2024, la participation y avait bondi à 43,3 %, contre 32,6 % en 2019 — une hausse spectaculaire dans une ville habituellement frappée par l’abstention. En mars 2026, Bally Bagayoko remportait la mairie dès le premier tour. Ce n’est pas seulement une victoire électorale : c’est la démonstration, selon LFI, qu’une politique de terrain patiente peut transformer des quartiers réputés ingouvernables en citadelles du vote populaire progressiste.

La France à l’heure du choix

Il reste beaucoup d’inconnues. La campagne présidentielle de 2027 est encore loin, et le paysage politique français reste profondément fragmenté. La gauche unie n’existe que sous la forme d’une coalition fragile. Le RN consolide son emprise sur les classes populaires déçues. L’inflation à 5,2 % ronge le pouvoir d’achat. Dans ce contexte, le pari mélenchonien est à la fois ambitieux et risqué : proposer une rupture constitutionnelle dans un pays qui aspire aussi à la stabilité.

Mais l’histoire de France est précisément celle d’un pays qui, dans les moments de crise profonde, a parfois su inventer de nouvelles formes de souveraineté populaire. C’est à cette généalogie que Mélenchon convoque ses concitoyens depuis la place Victor-Hugo de Saint-Denis, à l’ombre de la basilique où reposent les rois d’Ancien Régime. Une image qui, à elle seule, dit tout du projet : non pas détruire l’histoire, mais la retourner.

Sources : Franceinfo (direct), France 24, Orange Actualités / AFP, politique-france.info, info.fr

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Voir en ligne : J. L. Mélenchon - LFI - France

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