Accueil > Humanité > Monde, actualité internationale, politique, relations, diplomatie, affaires (…) > Politique, France, francophonie, Algérie, Maroc, Tunisie, Afrique, monde (…) > En France, Rima Hassan subit le Lawfare parce que militante de gauche
En France, Rima Hassan subit le Lawfare parce que militante de gauche
Et Palestinienne, elle est victime des machinations des lobbies sionistes
samedi 4 avril 2026, par
Un record ou un modèle, 13 plaintes sur 16 classées sans suite. Derrière ce ratio éloquent, confirmé par le parquet de Paris au 3 avril 2026, se dessine un tableau alarmant : l’instrumentalisation systématique de l’appareil judiciaire français pour faire taire Rima Hassan. De sa naissance apatride dans le camp de Neirab à son élection comme première eurodéputée franco-palestinienne, le parcours de celle que ses détracteurs nomment « Lady Gaza » est devenu le laboratoire d’un harcèlement d’un genre nouveau. Entre gardes à vue contestées, ingérences étrangères documentées et stratégies de lawfare, enquête sur une offensive juridique qui tente de transformer le débat politique en dossier criminel.
13 plaintes sur 16 classées sans suite. Derrière les chiffres, un tableau alarmant : l’instrumentalisation de l’appareil judiciaire français pour faire taire une eurodéputée franco-palestinienne. Retour sur le parcours d’une femme née apatride dans un camp de réfugiés, devenue l’une des voix les plus clivantes — et les plus visées — de la gauche européenne.
13 / (sur) 16 poursuites judicaires infructueuses parce que mensongères.
C’est le nombre de procédures classées sans suite sur les 16 closes par le pôle national de lutte contre la haine en ligne visant Rima Hassan — au 3 avril 2026, selon le parquet de Paris lui-même. Un ratio qui, à lui seul, raconte la nature de l’offensive : non pas obtenir une condamnation, mais épuiser.
Viol au commissariat : l’ex-policier Jean-Pierre Dagos condamné à 12 ans de prison
25 mars, par Jaco
La séquence des 2 et 3 avril 2026 restera comme un tournant dans l’histoire du traitement judiciaire réservé aux voix propalestiniennes en France. Rima Hassan, eurodéputée LFI de 33 ans, a passé une journée entière en garde à vue dans les locaux du 10ᵉ district de police judiciaire parisien pour un retweet de propos attribués à Kōzō Okamoto, militant de l’Armée rouge japonaise auteur d’un attentat en 1972 à l’aéroport de Lod.
Le lendemain matin, à peine sortie, elle était de nouveau convoquée par la brigade de répression de la délinquance aux personnes (BRDP) pour deux autres procédures — l’une portée par l’Organisation juive européenne (OJE) et l’Organisation juive française (OJF), l’autre par le collectif d’extrême droite Némésis. Elle sera jugée le 7 juillet 2026 devant le tribunal correctionnel pour « apologie du terrorisme commise en ligne ».
Elle encourt, officiellement, sept ans d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende. Pour un retweet. Mais pour comprendre la mécanique à l’œuvre, il faut d’abord retracer le chemin de celle que le Journal du Dimanche a baptisée « Lady Gaza ».
-
-
1. De Neirab à Niort : naissance d’une conscience politique
-
Rima Hassan Mobarak naît le 28 avril 1992 dans le camp de réfugiés palestiniens de Neirab, à la périphérie d’Alep, en Syrie. C’est le plus grand camp de réfugiés palestiniens du pays, et l’un des plus pauvres. Elle est la benjamine d’une fratrie de six enfants. Ses grands-parents maternels ont fui la Palestine en 1948 lors de la Nakba — l’exode forcé de centaines de milliers de Palestiniens consécutif à la création de l’État d’Israël. Rima hérite de naissance du statut d’apatride.
Ses parents se séparent peu après sa naissance. Sa mère, Nabiha, institutrice de formation, parvient à émigrer en France et met huit ans à faire venir ses enfants. En 2002, à l’âge de dix ans, Rima débarque à Niort, dans les Deux-Sèvres. La famille s’installe dans une HLM du quartier défavorisé de Clou-Bouchet. Sa mère travaille comme femme de ménage, puis en restauration.
Malgré l’arrivée en France sans maîtrise du français, Rima obtient son baccalauréat scientifique un an après son arrivée — une détermination qui préfigure la suite. À 15 ans, lors d’une conférence sur la Palestine et le droit international à Poitiers, sa conscience politique s’éveille formellement. Elle milite à l’Association France Palestine Solidarité, puis au Parti socialiste, avant de rejoindre d’autres structures de la gauche radicale.
Chronologie du parcours de Rima Hassan
- 1992 : Naissance dans le camp de Neirab (Alep, Syrie). Statut d’apatride.
- 2002 : Arrivée en France à l’âge de 10 ans, installation à Niort avec sa mère.
- 2003 : Élue au Conseil municipal des enfants de Niort.
- 2010 : Naturalisation française à 18 ans. Tentative avortée de rejoindre la Palestine via Euro-Palestine.
- 2016 : Master en droit international public à l’université Panthéon-Sorbonne. Mémoire sur l’apartheid : comparaison juridique Afrique du Sud / Israël. Intègre l’OFPRA.
- 2016–2023 : Travaille à la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) pendant 6 ans, en parallèle de son militantisme.
- 2019 : Fonde l’ONG Observatoire des camps de réfugiés.
- Octobre 2023 : Après le 7 octobre, quitte la CNDA, refuse un poste chez Amnesty International, repart à Neirab pour « être proche de son peuple ». Crée le collectif Action Palestine France sur Telegram.
- Mars 2024 : Investie 7ᵉ sur la liste LFI pour les élections européennes.
- 9 juin 2024 : lue eurodéputée. Première parlementaire européenne française d’origine palestinienne. Siège en commission Affaires étrangères et sous-comité droits de l’homme (GUE/NGL).
- Juin 2025 : Participe à la mission humanitaire « Flottille pour Gaza » avec Greta Thunberg. Arraisonnée en eaux internationales par la marine israélienne. Détenue en Israël, placée à l’isolement. Libérée le 6 octobre 2025.
- Avril 2026 : Garde à vue le 2 avril. Nouvelles auditions le 3 avril. Convoquée devant le tribunal correctionnel le 7 juillet 2026.
8 mars, par Gros Emile
-
-
2. Juriste, militante, élue : une trajectoire intellectuelle cohérente
-
Ce qui distingue Rima Hassan de beaucoup d’autres figures militantes, c’est la solidité de son ancrage académique. Formée au droit international public à l’université Panthéon-Sorbonne — dont elle dit être fière à l’égal de sa mère qui en parlait jusque dans le camp de Neirab —, elle rédige son mémoire de master sur la comparaison juridique entre l’apartheid sud-africain et la situation en Israël. Un travail qui nourrit directement ses prises de position ultérieures.
De 2016 à 2023, elle travaille à la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), où elle est directement confrontée aux procédures d’asile de demandeurs palestiniens et syriens. Cette expérience institutionnelle lui confère une crédibilité technique que ses adversaires peinent à attaquer sur le fond. Entre 2022 et 2024, elle co-dirige également un séminaire sur le droit international comparé en Méditerranée et au Moyen-Orient à l’iReMMO.
En 2019, elle fonde l’Observatoire des camps de réfugiés, une ONG indépendante qui réunit des chercheurs pluridisciplinaires, mène des missions de terrain et publie des rapports sur les conditions de vie dans les camps à travers le monde. L’objectif : rendre visible ce que les États préfèrent ignorer.
C’est après le 7 octobre 2023 que tout bascule dans le tempo. Elle quitte la CNDA, refuse un poste de chargée de plaidoyer chez Amnesty International, retourne à Neirab — « pour être proche de mon peuple » — et crée le collectif Action Palestine France. Sa trajectoire est désormais irréversiblement politique.
On ne peut pas lutter contre le terrorisme sans s’interroger sur les racines coloniales de l’Europe.
-
-
3. Une élue européenne dans la ligne de mire
-
Élue eurodéputée le 9 juin 2024 — première parlementaire européenne française d’origine palestinienne — Rima Hassan choisit de siéger en commission des Affaires étrangères, au sous-comité droits de l’homme et dans la délégation pour les relations avec la Palestine. Sa campagne a mis l’accent sur Gaza, la fin du blocus, l’arrêt des ventes d’armes à Israël et la reconnaissance d’un État palestinien.
Classée 26ᵉ dans le classement 2026 des personnalités les plus puissantes d’Europe par Politico, elle cumule 1,8 million d’abonnés sur X, Instagram et TikTok. Avec 30 % d’opinions favorables selon un sondage Ifop, elle fait jeu égal avec Emmanuel Macron dans certains baromètres — ce qui dit quelque chose du poids politique réel de celle que l’on cherche à museler.
En juin et octobre 2025, elle participe à deux tentatives de briser le blocus maritime de Gaza à bord du voilier Madleen, aux côtés notamment de Greta Thunberg. Les deux fois, le navire est arraisonné par la marine israélienne en eaux internationales — en violation du droit maritime selon les organisateurs et Amnesty International. Elle est détenue, placée brièvement à l’isolement après avoir inscrit « Free Palestine » sur le mur de sa cellule, avant d’être expulsée vers la France. L’opération suscite une vague de solidarité internationale.
-
-
4. Le Lawfare : anatomie d’un harcèlement judiciaire organisé
-
Le terme lawfare — la guerre par le droit — désigne l’utilisation stratégique des mécanismes juridiques non pour obtenir justice, mais pour épuiser, intimider et discréditer un adversaire politique. Le cas Rima Hassan en est une illustration clinique.
- LFI-bashing : fausses accusations, désinformation et instrumentalisation politique en France
15 février, par Jaco
Les chiffres qui accusent
13 procédures sur 16 classées sans suite par le pôle national de lutte contre la haine en ligne — c’est le bilan officiel confirmé par le parquet de Paris lui-même au 3 avril 2026. Ces procédures, pour l’essentiel lancées depuis janvier 2024, portaient sur des tweets, des déclarations publiques, des prises de position sur la légitimité de la résistance palestinienne. Elles ont été balayées par la justice. Et pourtant, la pression, elle, n’a pas cessé.
Qui dépose les plaintes ?
Les enquêtes de Mediapart et de Blast, ainsi que les travaux d’Orient XXI, ont cartographié les acteurs derrière cette offensive judiciaire. On retrouve systématiquement une constellation d’organisations : l’Organisation juive européenne (OJE), l’Organisation juive française (OJF), la Licra, l’UEJF, le CRIF, l’Observatoire juif de France — et, ponctuellement, des personnalités politiques allant de la majorité macroniste (Caroline Yadan) à l’extrême droite (Matthias Renault, RN), en passant par le collectif Némésis.
Sur la garde à vue du 2 avril 2026, c’est le ministre de l’Intérieur lui-même qui a adressé le premier signalement au parquet le 30 mars — avant que l’OJE et la Licra ne déposent leurs propres plaintes. Une coordination entre pouvoir exécutif et organisations lobbies qui mérite d’être nommée pour ce qu’elle est.
Qui est l’Organisation juive européenne (OJE) ?
- • Fondée en 2014, l’OJE se présente comme une association de lutte contre l’antisémitisme et l’antisionisme.
- • Elle est composée d’une cinquantaine d’avocats bénévoles et s’oppose activement à la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions).
- • Elle a ciblé, outre Rima Hassan, l’humoriste Guillaume Meurice (classé sans suite), la députée Mathilde Panot, le chercheur François Burgat, ou encore Jean-Paul Delescaut (CGT Nord — condamné, puis relaxé en appel).
- • Sa présidente a été officiellement reçue par le président israélien Isaac Herzog.
- • Des enquêtes ont établi des liens entre des structures proches de l’OJE et des financements internationaux de plusieurs dizaines de millions de dollars provenant notamment de fondations américaines.
- • L’OJE mène, selon ses propres déclarations, un travail en relation avec le Mossad pour documenter des actes lors de manifestations en France.
La mécanique de l’épuisement
L’objectif du lawfare n’est pas d’obtenir une condamnation — les 13 classements sans suite le prouvent éloquemment. C’est de saturer l’agenda d’une militante : multiplier les convocations, les auditions libres, les gardes à vue, les conférences de presse de démenti à organiser, les fuites dans la presse à contrer. Chaque procédure est une journée de travail perdu, une énergie dépensée à se défendre plutôt qu’à siéger, à militer, à légiférer.
À cela s’ajoute la dimension médiatique : chaque convocation policière génère ses titres — « garde à vue », « apologie du terrorisme », « drogue retrouvée dans ses affaires » (des accusations que Rima Hassan a catégoriquement démenties, indiquant que seul du CBD légal avait été constaté). Les démentis ne font jamais autant de bruit que les accusations.
⚠ Point de vigilance
Lors de la garde à vue du 2 avril, des informations sur une prétendue saisie de drogue de synthèse (3-MMC) ont circulé dans la presse sur la base, selon Rima Hassan, de « fuites illégales ». Elle a indiqué que seule la présence de CBD légal avait été constatée. Son avocat a annoncé des poursuites en diffamation contre les auteurs de ces allégations. Le parquet, lui, a bien mentionné la 3-MMC dans sa communication initiale — une information qui, dans le contexte d’une procédure judiciaire en cours, mérite une prudence journalistique élémentaire.
-
-
5. Une question de souveraineté : des agents de l’étranger font-ils la loi en France ?
-
La question mérite d’être posée directement. L’OJE entretient des liens documentés avec les autorités israéliennes. Elle a travaillé avec les services de renseignement du Mossad pour documenter des manifestations en France. Sa présidente a été reçue par le président Herzog. Des fondations internationales, dont certaines liées à des philanthropes américains comme le cofondateur de WhatsApp Jan Koum (Koum Family Foundation), ont selon des enquêtes du Times of Israel versé des dizaines de millions de dollars à des structures proches de l’OJE à l’échelle européenne.
Dans ce cadre, l’utilisation des lois françaises — notamment la loi sur l’apologie du terrorisme — pour censurer un débat politique qui contrarie la politique étrangère d’un État étranger pose une question démocratique fondamentale : comment notre appareil judiciaire est-il devenu, à cette échelle, une chambre d’écho de la politique israélienne ?
Six ministres français, selon les travaux d’Orient XXI, ont publiquement dénoncé Rima Hassan, l’accusant au choix d’apologie du terrorisme, d’incitation à la violence ou d’antisémitisme. Deux d’entre eux ont même réclamé sa déchéance de nationalité — ce qui serait illégal, Rima Hassan ne bénéficiant d’aucune autre nationalité. Des élus socialistes (François Hollande, Jérôme Guedj) ont par ailleurs soutenu des initiatives législatives visant à criminaliser la critique de la politique israélienne.
Lorsque le droit devient une arme de censure politique et que des budgets massifs sont mobilisés pour faire taire des voix dissidentes au nom d’un État tiers, ce n’est plus de la justice, c’est de l’ingérence.
-
-
6. La liberté d’expression n’est pas à vendre
-
Jean-Luc Mélenchon a dénoncé une « police politique ». Manon Aubry, eurodéputée LFI, a parlé de « harcèlement judiciaire ». La présidente du Parlement européen Roberta Metsola a elle-même pris contact avec les autorités françaises pour s’interroger sur le « contournement manifeste et irrégulier » de l’immunité parlementaire de Rima Hassan lors de sa garde à vue — le parquet ayant invoqué une procédure de flagrance pour contourner cette protection.
L’entourage de l’eurodéputée a dénoncé de « sérieuses irrégularités » dans la procédure. Une nouvelle bataille judiciaire s’ouvre, celle-là même que les architectes du lawfare semblent avoir souhaitée.
Ce qui se joue autour de Rima Hassan dépasse sa personne. C’est la capacité de la gauche française — et plus largement, des citoyens — à exprimer des positions critiques sur la politique d’un État étranger sans être transformés en suspects. C’est l’indépendance du débat public face aux stratégies d’intimidation financées de l’extérieur.
C’est, en somme, la définition même de la souveraineté démocratique.
Le 7 juillet 2026, Rima Hassan comparaîtra. Elle a toujours répondu aux convocations. La question est de savoir si la justice française, elle, sera à la hauteur de ce que l’on attend d’elle : l’indépendance.
Mots-clés : Rima Hassan, Eurodéputée LFI, France Insoumise, Cause palestinienne, Apatride, Camp de Neirab, Première députée franco-palestinienne
Voir en ligne : LFI - Gauche - Palestine
Un message, un commentaire ?
Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Populi-Scoop

