Accueil > Humanité > Monde, actualité internationale, politique, relations, diplomatie, affaires (…) > ONU : Des États répresseurs s’emparent du comité qui contrôle l’accès des (…)

ONU : Des États répresseurs s’emparent du comité qui contrôle l’accès des ONG, alerte des experts

ONU : Des États répresseurs s’emparent du comité qui contrôle l’accès des ONG, alerte des experts

Le monde est à l’envers, les droits humains nés dans la modernité reculent aussi là aussi...

jeudi 2 avril 2026, par Rebel Kazimir

Les institutions internationales créées pour défendre la dignité humaine, la liberté d’expression et l’état de droit sont aujourd’hui noyautées par ceux-là mêmes qui les bafouent. Sous couvert de multilatéralisme et de coopération internationale, des régimes autoritaires, tous portés par une logique d’hégémonie impérialiste, investissent méthodiquement les postes de décision au sein des Nations Unies. Leur objectif n’est pas de renforcer le système onusien, mais de le neutraliser de l’intérieur, en musclant les instances qui contrôlent qui peut parler, qui peut témoigner, qui peut exister dans l’espace public mondial. Le Comité des ONG de l’ECOSOC, qui détermine quelles organisations de la société civile peuvent accéder à l’ONU, est l’une de leurs cibles prioritaires. Pendant que les démocraties se taisent ou s’abstiennent, les bourreaux prennent les clés de la maison.

    • Des États qui bâillonnent leur société civile veulent en contrôler l’accès à l’ONU

Le signal d’alarme est lancé. Des experts indépendants des Nations Unies ont interpellé publiquement les États membres, les appelant à se porter candidats aux élections d’avril 2026 pour le Comité des ONG de l’ECOSOC — l’organe onusien qui détermine quelles organisations de la société civile peuvent accéder aux espaces et processus de l’ONU.

Le constat est cinglant : la majorité des États qui sollicitent une élection répriment activement les défenseurs des droits humains dans leurs propres pays.

    • Qu’est-ce que le Comité des ONG de l’ECOSOC ?

Le Comité des ONG est un rouage peu médiatisé mais stratégiquement décisif dans l’architecture onusienne. Composé de 19 États membres élus tous les quatre ans par l’ECOSOC, il est chargé d’examiner les demandes d’organisations non gouvernementales pour obtenir le « statut consultatif ECOSOC », qui permet aux ONG d’accéder aux locaux de l’ONU lors des sessions, de participer à des événements, d’organiser des événements parallèles et d’intervenir lors des réunions.
En d’autres termes, sans ce précieux sésame, une organisation de défense des droits humains ne peut tout simplement pas faire entendre sa voix dans les couloirs de Genève ou de New York.

    • Qui veut siéger ? Un tableau préoccupant

Les États ayant annoncé leur candidature pour les élections d’avril 2026 sont, pour les États d’Asie-Pacifique : la Chine, l’Inde, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis (pour quatre sièges) ; pour les États d’Europe orientale : le Bélarus, l’Estonie et l’Ukraine (pour deux sièges) ; pour les États d’Amérique latine et des Caraïbes : Cuba, le Nicaragua et le Pérou (pour quatre sièges) ; pour les États africains : le Cameroun, la Côte d’Ivoire, l’Afrique du Sud, le Soudan et la Tunisie (pour cinq sièges) ; et pour les États d’Europe occidentale et autres : Israël, la Turquie, le Royaume-Uni et les États-Unis (pour quatre sièges).

Parmi ces candidats, on recense des régimes dont le bilan en matière de respect des droits humains est, pour le moins, accablant. La présence de la Chine, de l’Arabie saoudite, du Bélarus, de Cuba ou encore du Nicaragua dans la liste suscite une profonde inquiétude au sein des organisations de défense des droits.

    • Une stratégie d’obstruction bien documentée

Les experts indépendants de l’ONU dénoncent des pratiques délibérément dilatoires. Certains États membres du Comité des ONG abusent du processus d’accréditation en renvoyant de manière répétée les demandes de statut consultatif ECOSOC d’une session à l’autre, prolongeant ainsi le processus de demande, parfois pendant des années. Cette pratique affecte de manière disproportionnée de nombreuses organisations travaillant à la défense des droits humains.

Les questions posées aux ONG candidates ne sont pas neutres. Elles portent souvent sur les finances, les activités — y compris le plaidoyer à l’ONU — ou la gouvernance, et sont fréquemment répétitives, ce qui laisse supposer qu’elles s’inscrivent dans une stratégie visant à bloquer les organisations, en particulier celles qui se concentrent sur les droits humains.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon une analyse récente, trois États ont posé près de 50 % des 647 questions soumises aux candidats ONG lors de la première session ordinaire de 2026.

    • Des GONGOs (governemental oriented non governemental organizations) pour noyer les vraies voix

Au-delà du blocage des ONG légitimes, une autre manœuvre est dénoncée par les experts : certains États ont activement encouragé l’accréditation d’organisations non gouvernementales organisées par des gouvernements (GONGOs), qui étouffent les voix authentiques de la société civile et faussent les délibérations du Comité.

Chine et Cuba au conseil de l’ONU des droits de l’Homme !

Ce phénomène est particulièrement documenté dans le cas de la Chine. L’ISHR (Service international pour les droits de l’homme) a publié un rapport examinant les efforts de Pékin pour restreindre l’accès des acteurs indépendants de la société civile et des défenseurs des droits humains aux organes onusiens des droits humains, analysant notamment la présence croissante de GONGOs chinois et les schémas d’intimidation et de représailles.

    • Un appel solennel des experts de l’ONU

Face à cette dérive, les experts indépendants onusiens ont publié une déclaration commune aux accents alarmants. Ils ont exhorté les États membres qui accordent véritablement la priorité aux voix de la société civile à se présenter aux élections, afin de donner davantage l’opportunité à une société civile indépendante de se faire entendre dans les espaces onusiens et de contribuer aux travaux des Nations Unies.

Ils ont également appelé à des réformes structurelles : les membres de l’ECOSOC devraient n’accorder leurs voix qu’aux candidats ayant un bilan positif en matière d’accès et de participation de la société civile, évalués notamment sur leur soutien aux résolutions pertinentes de l’ONU, leurs réponses aux cas d’intimidation et de représailles, et leurs initiatives nationales pour préserver l’espace civique, la liberté de la presse et le droit de défendre les droits humains.

    • Une menace systémique pour la démocratie mondiale

Ce qui se joue autour du Comité des ONG dépasse largement un enjeu procédural. Il s’agit d’une bataille pour le contrôle des centres de décision mondiaux — menée non pas sur les champs de bataille, mais dans les salles de réunion feutrées des Nations Unies.

Le Comité des ONG a conclu sa session reprise de 2025 dans un contexte de menaces sérieuses pesant sur l’engagement effectif de la société civile à l’ONU. La tendance de fond est claire : les régimes autoritaires ont compris que pour neutraliser la critique internationale, il suffit parfois de verrouiller les institutions censées la porter.

Comme le résument les experts : la société civile peine à maintenir un niveau minimal d’accès et d’influence à l’ONU, et le Comité des ONG est le pivot dont tout cela dépend.

    • Ce qu’il faut retenir

Les élections d’avril 2026 au Comité des ONG de l’ECOSOC ne sont pas un détail administratif. Elles constitueront un test majeur pour la crédibilité du système multilatéral. Si les États véritablement attachés aux droits humains ne se mobilisent pas pour y présenter leur candidature — et si les membres de l’ECOSOC ne votent pas en conséquence — c’est l’accès même de la société civile mondiale à l’ONU qui sera durablement compromis.

Le temps presse. Le silence des démocraties serait une capitulation de fait.

Mots-clés : comité ONG ECOSOC, droits humains ONU, candidature ECOSOC 2026, société civile ONU, défenseurs droits humains, Chine Arabie saoudite ONU, répression ONG, accès civil society ONU, élections ECOSOC avril 2026


Voir en ligne : ONU - ONG et Droits Hummains

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

GNU GPL