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Bouteflika fustige la presse et l’opposition à Ghardaïa.

Langage du cabinet qui démystifie le cosmos d’une fratrie présidentielle

lundi 23 mars 2015
par Damien Djamel Bouch’Raf


Le message lu au nom du président algérien à Ghardaïa par son conseiller Benamar Zerhouni, le 19 mars 2015 jour historique des accords d’Evian, constitue une sortie première du genre pour sa virulence. Plus sulfureux que ceux produits depuis le retour de l’ancien diplomate aux affaires en 1999, il a étonné pour son ton encrassé de paternalisme. Encore la parole d’un tuteur accolé à l’histoire qui écarte la divergence, voire l’alternance…

Voir en ligne : Notre dossier : Algérie & Bouteflika

Dans l’impossibilité de s’exprimer directement à la population, le message qui a semé l’émoi et choqué plus d’un, s’en prend ouvertement et sans moindre retenu à certains partis, sans les nommer, et à la presse. D’habitude Bouteflika, loyal à l’idée président de tous les Algériens, ne désignait pas d’une manière aussi directe ses détracteurs.

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L’heure de rappeler la mémoire de l’indépendance, en l’associant cette fois à celle des pays du Maghreb, pour lequel l’identité arabe vient reproduire une prétention souvent décriée par la population qui a subi les retards. L’Algérien se prend plus arabe que les vrais, ceux d’Arabie. Bouteflika et l’histoire berbère algérienne c’est aussi l’année 2001 où 121 jeunes manifestants ont perdu la vie...

Des peuples d’Afrique du nord, offusqués par les cruautés et se sentant berbères, souffrent des anciens discours que régentent religion et langue arabe. Resté planté sur la mémoire courte (ou jeune) qui légitime moult monopoles, est toujours ce label redoutant la critique de la réalité. Alors que l’écriture d’une Histoire dynamique, s’inscrivant en porte ouverte sur l’avenir, est bien ancrée dans le lointain et toutes les richesses parcourues à travers des millénaires.

C’est aussi la place de l’armée, menant une résistance à une offensive « djihadiste » provenant justement des pays arabes, qui est cité dans le message du président. Des soldats aux aguets pour cette menace que la géographie a bien localisé, relevé dans la communication présidentielle, prend une tournure alarmiste. Une armée caressée dans le sens du poil.

Si en surface l’ANP (Armé Nationale Populaire) se contente de ne pas avoir à affronter un soulèvement intérieur, tout en jugulant celui des islamo-terroristes, avec Bouteflika qui jouit d’une aura populaire, elle est néanmoins gênée. Le témoin du pouvoir traditionnel n’a pas transité pour concrétiser la démocratie à laquelle l’institution militaire y tient.

Double langage généralisé chez les acteurs politiques algériens.

Bouteflika accuse ses opposants de la politique de la terre brûlée, quand le prix du pétrole fait penser à la désolation. Si l’occasion d’envoyer un message « complotiste et conspirationniste » à la population est donnée à la présidence algérienne, concernant l’opposition qui s’est cristallisée autour de la légitimité du pouvoir, notamment du passage en force du 4ème mandat, l’opposition confuse de la tournure du « printemps » a eu pour son compte.

L’opportunité de régler à l’amalgame, le récent soulèvement contre le projet d’exploitation du gaz du schiste est écologique et n’a de violence que de la part des policiers. La question de l’insécurité, à laquelle actuellement le sud algérien est devenue la fixation de part l’étendue des frontières, recèle cette précieuse énergie. Un mélange des genres politiquement arnaqueur, entre manifestation de la population contre la pollution et le terrorisme !

La responsabilité des dirigeants de la république dans les troubles régionaux.

Mais ce qui est troublant, cette fois c’est aussi Ghardaïa, une porte ouverte sur le Sahara. La locution présidentielle rappelle le terrain de faits de persécution d’une population berbère, la Mozabite, par des milices dont l’identité s’établit entre l’islam sunnite, des Malikites s’attaquant aux Ibadites. Une quinzaine de personnes assassinées en deux années de troubles qui ont montré l’inexistence de la justice républicaine pour des criminels que la bureaucratie policière n’a pas appréhendé.

Alors l’essentiel qui frappe, les porte-voix du président qui ont rédigé une allocution au nom d’un président jurant par la stabilité et le développement, elle mérite davantage d’analyses. Deux versions de la causerie présidentielle ont été données aux Algériens. L’une du canal officielle de l’APS (Algérie Presse Service) et la seconde de l’écoute faite par la couverture médiatique de l’allocution du conseiller présidentiel Zerhouni à Ghardaïa.

La première a livré un écrit diminué de sa partie où la presse est prise à partie. Alors que nombreux journalistes constatent cette restriction qui s’est pleinement exprimée dans les rapports de presse en langue arabe. Le journaliste d’El-Watan, Fayçal a fourni cette remarque, dans un de ses post de facebook ci-après.

Ce double discours, n’est pas le propre du raïs. En Algérie, des partis dits démocrates et des militants des droits de l’Homme ont fait les concessions traîtresses aux islamistes. Ils ont voulu sauver le pole virulent de l’islamisme, l’ex-FIS, lors de l’arrêt du vote qui a terminé en interdiction, qui a été d’un lourd tribut.

Une somptueuse mosquée à la mémoire de la prédation de l’économie du pays.

Violant la liberté de conscience, on certifie le discours officiel d’associer les tenants de la théocratie à la vie politique nationale, tout en tronquant la résilience qui a marqué des générations de militants algériens épris de liberté et d’égalité.

Vouloir dissocier le terrorisme et les organisations ayant la même philosophie du djihad, n’est-il pas le leurre d’effacer une ombre, en cachant le soleil qui la produit avec un tamis ? Une mosquée comme celle qui se construit maintenant à Alger, sa somptuosité vous laissera pantois, mais son utilité donne à réfléchir !

L’instabilité de l’Algérie donne pouvoir à l’armée qui se justifie par l’évitement du glissement. Et Bouteflika n’a donc pas de substitut, ni d’intérimaire. Il a droit de fustiger des concurrents dont l’utilité sert énormément, chez les communs des Algériens, la magnification d’un absent…

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