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Chats Persans...

Convergence des luttes en Iran : musique, cinéma et opposition.

vendredi 1er janvier 2010
par Hakim Arabdiou


A leur sortie de prison, Negar et Ashkan, deux jeunes musiciens iraniens, décident de monter un groupe underground. Lassés de ne pas pouvoir s’exprimer librement dans leur pays, ils tentent de se procurer clandestinement des papiers pour rejoindre l’Europe. Ils font la rencontre de Hamed, qui les accompagne dans leurs démarches, et parcourent avec lui Téhéran à la rencontre d’autres musiciens, essayant de les convaincre de quitter le pays avec eux et de monter un grand concert clandestin pour financer leur fuite.

Le film, Chats persans, de Bahman Ghobadi vient de sortir. Il raconte à travers les tribulations d’un groupe de rock iranien, l’aspiration à vivre de la jeunesse iranienne, mais pourchassée par la police du régime intégriste, contre ce qu’elle considère comme la culture décadente de l’Occident.

Le réalisateur qui signe une oeuvre, filmée en 15 jours, consacrée

Le réalisateur donne une idée du ras-le-bol d’une partie de la jeunesse iranienne. Mais il s’agit en fait de la société entière, et pas seulement de musique occidentale, mais aussi, de l’absence de liberté pour les couples et pour les femmes, de chômage, de paupérisation, tandis qu’une partie des nantis s’est considérablement enrichie.

Cette crise s’explique aussi par l’exacerbation des luttes entre diverses fractions de la bourgeoisie iranienne. Le noyau de cette lutte fratricide se déroulent au sein de cette néo-bourgeoisie, à laquelle appartient Ahmadinedjad et Khamenei celle de couches parasitaire. Cette bourgeoisie est formée par le personnel politique, technocratique du secteur public, notamment les différentes Fondations pour les déshérités, et militaires, avant tout le corps Pasdarans, qui dispose en plus d’une puissance économique, sans égal dans le pays, et bien sur de leurs proches.

Une partie de cette bourgeoisie voudraient s’émanciper du carcan idéologique du régime, notamment de la fumisterie idéologique d’une imaginaire économie islamique, afin de se développer davantage. Une fraction des bazaris, soutiens historique du régime des mollahs, lequel a travaillé à sa prospérité, veut elle aussi s’émanciper pour se développer. Il y a enfin la bourgeoisie moderniste, sécularisée et plus ou moins laïque, qui n’a pas ou peu d’accointance politique avec le régime, qui partage la même aspiration.

Depuis quelques années, le régime théocratique est devenu un habit trop étroit pour ces fractions. Il y a convergence d’aspirations et donc des luttes, avec deux dangers communs à toutes les fractions de la bourgeoisie : le mécontentement populaire, qui risque d’emporter tout le régime et les sanctions économiques de l’Occident, qui leur portent tort, à cause en partie de discours du genre de discours démagogiques et inutilement provocateur d’Ahmadinedjad de rayer Israël de la carte, au grand dam d’ailleurs des composantes l’Organisation de la libération de la Palestine, ainsi que de la fraction politisée et non intégriste de l’intelligentsia palestinienne, qui voit en un tel discours un tort à leur cause, d’autant plus qu’il provient du principal soutien de leurs adversaires palestiniens, les intégristes du Hamas et du Djihad islamique.

Si un tel discours parvient à manipuler en sa faveur en grande partie des masses et des intellectuels du monde musulman, dont le soutien à la cause palestinienne est bien plus communautariste, que politique (comme la masse des Juifs envers Israël), il ne manquera pas moins de susciter le reflexe de resserrement des rangs à l’intérieur d’Israël au détriment des partisans de la paix, déjà ultra minoritaire, et surtout de l’Occident autour d’Israël, au lieu d’éviter (du moins pour le moment) de vouloir acculer l’Occident à choisir entre les droits des Palestiniens et l’existence d’Israël. Ce qui intéresse les Palestiniens, ce n’est pas de rayer Israël de la carte, mais d’avoir droit à un Etat.

Il y a donc une double convergence entre ces trois fractions de la bourgeoisie iranienne, contre l’autre fraction bourgeoisie parasitaire du régime que défend Ahmadinedjad ; et d’une convergence ces trois fractions avec une frange de la population mécontentente, qui est beaucoup plus importante, comme c’est toujours le cas.

C’est pourquoi, Ghobadi a tort quand il croit naïvement que ce sont les jeunes qui sont les artisans de cette révolte en sortant dans la rue.

Les effectifs de l’Armée de libération nationale de l’Algérie, branche armée du Front de libération nationale, était constituée de 80 à 90% de fellahs (paysans) et de ruraux analpahabètes (reflet à peu près de la sociologie de l’Algérie de l’époque), mais les concepteurs politiques, idéologiques et organisationnels, ainsi que les déclencheurs, les dirigeants et l’encadrement de notre guerre d’indépendance avaient été dans leur quasi-totalité des urbains, instruits à l’école républicaine et laïque française pour la plupart, issu des couches instruits, parfois d’enfants de Collabo, tels que les Caïds, ou dont les familles entretenaident des relations ambiguës avec le pouvoir colonial.

Par Hakim Arabdiou