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Antisionisme ≠ antisémitisme : la décision historique de la Cour suprême australienne (NSW) qui rebat les cartes

Cour suprême NSW : « critiquer Israël n’est pas être antisémite », le jugement australien fait date

samedi 22 août 2026, par Rebel Kazimir

Peut-on critiquer Israël, dénoncer le sionisme ou scander des slogans anti-israéliens sans être antisémite ? En août 2026, la Cour suprême de Nouvelle-Galles du Sud a répondu sans ambiguïté par l’affirmative. Dans l’affaire State of New South Wales v Farhat, le juge Desmond Fagan établit une distinction fondamentale, trop souvent brouillée dans le débat public : le peuple juif est une communauté diasporique diverse ; le sionisme, une idéologie politique ; Israël, un État-nation. Trois réalités distinctes qui ne sauraient être confondues. En s’appuyant sur le langage ordinaire, l’histoire et la logique, cette décision — dans le sillage de l’affaire Haddad (2025) — éclaire un débat mondial polarisé et interroge frontalement la définition IHRA de l’antisémitisme. Décryptage, contexte et nuances.

Antisionisme n’est pas antisémitisme : ce que révèle une décision historique de la Cour suprême australienne

En août 2026, la Cour suprême de Nouvelle-Galles du Sud (Australie) a rendu une décision majeure dans l’affaire State of New South Wales v Farhat. Le juge Desmond Fagan a clairement établi que l’antisionisme et la critique d’Israël ne constituent ni de l’antisémitisme ni une hostilité envers les Juifs en tant que tels. Cette distinction, fondée sur le langage ordinaire, l’histoire et la logique, éclaire un débat mondial souvent confus et polarisé. Elle rappelle une évidence trop souvent occultée : Israël est un État-nation, le sionisme une idéologie politique, et le peuple juif une communauté diasporique diverse, distincte de l’un comme de l’autre. 1

Cette analyse, qui vulgarise les concepts clés du jugement et les place dans leur contexte historique et politique, vise à démêler les amalgames. Elle s’appuie sur le texte de la décision et sur des faits historiques documentés.

Le contexte de l’affaire Farhat : une distinction cruciale

Mohommed Farhat, un jeune Australien, avait tagué des slogans dont « Fuk Israel » sur des véhicules et des bâtiments à Woollahra (Sydney) en novembre 2024, en plus d’incendier une voiture. Il a été condamné pour dégradations. L’État de Nouvelle-Galles du Sud a ensuite demandé une ordonnance de surveillance étendue au titre de la législation antiterroriste, arguant notamment que ces actes étaient antisémites et indiquaient un risque d’extrémisme. 2

Le juge Fagan a rejeté cette demande. Il a jugé que Farhat était essentiellement un « vandal for hire » (vandale à gages), recruté et payé, sans idéologie profonde. Plus important encore, il a longuement démontré que le slogan « Fuk Israel » n’est pas antisémite selon l’usage ordinaire du terme en Australie. Il s’agit d’une expression politique grossière de mépris envers un État étranger, non d’une hostilité envers les Juifs en raison de leur judaïsme. 1

Cette distinction n’est pas nouvelle. Elle rejoint celle établie précédemment par le juge Stewart dans Wertheim v Haddad (2025), où la critique d’Israël, de l’armée israélienne (IDF) et des sionistes a été jugée comme portant sur une idéologie et un État, non sur le peuple juif. 3

Israël n’est pas le peuple juif

Le point central du raisonnement est limpide : l’État d’Israël ne peut être assimilé au peuple juif. Le dénigrement d’Israël n’est donc pas antisémite au sens communément admis.

La population juive mondiale s’élève à environ 15,8 millions de personnes. Près de la moitié vit en communautés minoritaires dans de nombreux pays, dont l’Australie. L’autre moitié réside en Israël, qui compte aussi environ 1,6 million d’Arabes palestiniens. Israël est un État-nation issu du mouvement sioniste de la fin du XIXe siècle. Son objectif déclaré, au moins depuis le début du XXe siècle, était la création d’un État en Palestine à majorité juive. 1

Le 29 novembre 1947, l’Assemblée générale de l’ONU adopte la résolution 181 sur le partage de la Palestine. Israël est proclamé le 14-15 mai 1948. Sa majorité juive s’établit notamment par l’expulsion ou la fuite forcée d’environ 750 000 Palestiniens autochtones et la destruction de plus de 400 à 500 de leurs villages (la Nakba). Ces faits sont documentés par une abondante littérature historique, y compris par des historiens israéliens (« nouveaux historiens » comme Benny Morris) s’appuyant sur les archives israéliennes et britanniques. Morris estime le chiffre autour de 700 000, avec des expulsions, des fuites dues à la peur et aux combats. 4

Le peuple juif, groupe dispersé à travers le monde unifié par la foi, la culture et l’histoire (y compris la mémoire de la Shoah), n’est pas une entité politique ou juridique. Il ne peut adopter de politiques. Israël, lui, est un État qui le fait. Logiquement, conceptuellement et empiriquement, l’hostilité envers Israël ne s’assimile pas à l’hostilité envers les Juifs. Comme le souligne le juge, de nombreux Juifs critiquent Israël avec force depuis des décennies. 2

Le sionisme, une idéologie politique ouverte à la critique

Le sionisme est l’idéologie du nationalisme juif visant un foyer national (puis un État) en Palestine. Comme toute idéologie nationaliste, elle est sujette au débat politique, notamment sur les droits des Palestiniens, l’occupation, les colonies ou l’égalité.

Il est exact que « la plupart, mais pas la totalité » des Juifs australiens (et ailleurs) considèrent le sionisme comme un élément fondamental de leur identité juive. Cela ne rend pas les antisionistes hostiles aux Juifs en tant que Juifs. Ils rejettent une idéologie politique à laquelle une majorité a choisi de s’identifier. Une question politique controversée ne perd pas son caractère politique parce qu’un groupe confessionnel important la lie à son identité. L’expression « la plupart, mais pas la totalité » est cruciale : comment le dénigrement du sionisme serait-il un préjugé envers les Juifs en tant que Juifs si tous ne l’adhèrent pas, et avec des degrés de ferveur variables ? 1

L’existence même de Juifs antisionistes (organisations comme Jewish Voice for Peace, Neturei Karta, intellectuels critiques, etc.) prouve que l’opposition au sionisme n’est pas intrinsèquement antisémite. S’opposer à une idéologie ou à un État n’équivaut pas à haïr un peuple.

Les limites de la définition IHRA de l’antisémitisme

Le juge Fagan critique explicitement la définition de travail de l’IHRA (International Holocaust Remembrance Alliance). Il la juge « verbeuse et imprécise », irréaliste à attribuer au citoyen australien moyen raisonnablement informé. Discuter de sa formulation et de son adoption par certaines institutions ne change pas le sens établi du mot « antisémitisme » utilisé en anglais depuis 150 ans (préjugé, hostilité ou discrimination contre les Juifs). 2

La définition IHRA et ses exemples (dont plusieurs concernent Israël) proposent un concept différent et s’approprient le terme. Elle a été critiquée par de nombreux universitaires, juristes et même par l’un de ses principaux rédacteurs (Kenneth Stern) pour risquer de confondre critique légitime d’Israël avec antisémitisme, et de restreindre la liberté d’expression. Le juge insiste : le sens ordinaire (dictionnaires Oxford, Macquarie) reste la référence. Amalgamer critique d’Israël et haine des Juifs affaiblit la force du terme « antisémitisme » et nuit à la lutte réelle contre la haine. 5

Implications plus larges : liberté d’expression et clarté conceptuelle

Cette jurisprudence australienne s’inscrit dans une lignée (y compris des décisions sud-africaines) qui refuse l’équation automatique Israël = Juifs. Elle ne nie pas l’existence d’un antisémitisme réel, parfois codé sous des critiques d’Israël, ni les risques de haine. Elle exige une analyse au cas par cas, fondée sur le contexte, l’intention et la compréhension raisonnable, plutôt que sur des définitions expansives.

Vulgarisons : critiquer la France n’est pas de la francophobie raciale ; critiquer les politiques américaines n’est pas de la haine des Américains. De même pour Israël. Le peuple juif a le droit à la sécurité et à la dignité partout ; les Palestiniens aussi. Confondre les deux débats empêche une discussion honnête sur le conflit, l’occupation, le droit international et les solutions (deux États, un État égalitaire, etc.).

La décision Farhat, comme celle Haddad, protège la liberté d’expression politique tout en maintenant les garde-fous contre la haine raciale ou religieuse. Elle invite les institutions, universités et gouvernements à la prudence face à des définitions qui, sous couvert de protection, peuvent museler le débat. 6

En définitive, reconnaître que l’antisionisme n’est pas de l’antisémitisme n’est pas une attaque contre les Juifs. C’est un acte de clarté intellectuelle et de respect pour la diversité des opinions juives elles-mêmes. C’est aussi un rappel que les États et les idéologies doivent pouvoir être critiqués sans que leurs partisans n’instrumentalisent l’accusation d’antisémitisme pour se soustraire au débat. Une bonne nouvelle pour la raison et pour la liberté, en Australie comme ailleurs.

Antisionisme et antisémitisme : ce que dit vraiment la justice australienne

Une décision de la Cour suprême de Nouvelle-Galles du Sud relance le débat mondial sur la frontière entre critique politique d’Israël et haine des Juifs. Décryptage, contexte et nuances.

Avant toute chose, une précision factuelle importante : contrairement à ce qu’affirment certains messages viraux, il ne s’agit pas de la « Cour suprême australienne » (la plus haute juridiction du pays est la High Court of Australia), mais de la Cour suprême de l’État de Nouvelle-Galles du Sud (NSW), une juridiction étatique. Cette nuance ne retire rien à la portée symbolique du jugement, mais elle conditionne sa valeur de précédent.

L’affaire Farhat : le contexte judiciaire

La décision a été rendue par le juge Desmond Fagan dans le cadre d’une procédure visant Mohommed Farhat. 16 Le juge a rejeté la demande du gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud d’imposer une ordonnance de surveillance étendue à Mohommed Farhat, 22 ans, condamné à un an et huit mois de prison pour une virée de 41 minutes incluant graffitis et incendies dans l’est de Sydney en novembre 2024. 19 Le juge Fagan a estimé que Farhat, payé et recruté par d’autres, n’était pas personnellement attaché à ses propres actes, et que des slogans comme « Fuk Israel » exprimaient une hostilité envers un pays plutôt qu’une preuve d’hostilité envers les Juifs.

Le cœur du litige portait donc sur une question de qualification : l’hostilité envers Israël constitue-t-elle, en soi, une preuve d’antisémitisme ? 18 Le juge Fagan a critiqué les procureurs et le traitement antérieur de l’affaire par le tribunal local, estimant que l’hostilité politique envers Israël avait été indûment confondue avec l’hostilité envers les Juifs.

« Israël n’est pas le peuple juif » : le raisonnement central

C’est le point le plus commenté du jugement. Lors des audiences, 22 le juge Fagan a lancé à la procureure : « Vous traitez tous les Juifs comme un bloc monolithique. Il est tout à fait erroné de considérer que tous les Juifs soutiennent Israël, car ce n’est pas le cas ».

Ce raisonnement repose sur une distinction logique : le peuple juif est une communauté mondiale définie par une foi et une culture, tandis qu’Israël est un État doté de politiques et d’institutions. L’existence même de Juifs antisionistes rend, selon le juge, intenable l’équation « antisionisme = antisémitisme ». 14 « Il est peut-être exact que "la plupart, mais pas tous les Juifs australiens" considèrent le sionisme comme "un élément central de leur identité juive". Cela ne signifie pas que les antisionistes sont hostiles à cette majorité de Juifs en raison de leur judéité », écrit-il.

La définition IHRA jugée « verbeuse et imprécise »

Le jugement s’attaque frontalement à la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA), adoptée par de nombreux gouvernements. 16 Le juge Fagan a qualifié cette définition de « verbeuse et imprécise » et « détachée de la réalité » de l’usage courant du terme antisémitisme en Australie. 21 Selon lui, la formulation de l’IHRA « semble être une tentative de réaffecter le terme "antisémitisme" » pour y amalgamer la critique d’Israël.

Le juge a également mobilisé des données d’opinion : 16 s’appuyant sur un sondage Pew montrant que 79 % des Australiens ont une opinion défavorable d’Israël, il a jugé « absurde » de soutenir que 79 % des Australiens seraient antisémites parce qu’ils désapprouvent le traitement des Palestiniens.

Cette critique intervient dans un contexte politique tendu : 22 les gouvernements fédéral et étatiques avaient endossé la définition IHRA à la suite du plan de l’envoyée spéciale contre l’antisémitisme, Jillian Segal, qui recommandait son adoption par « tous les niveaux de gouvernement ».

Le sionisme, une idéologie ouverte au débat politique

Sur le fond, le jugement affirme qu’une idéologie politique — quelle qu’elle soit — ne peut être soustraite au débat démocratique. 21 « En tant qu’idéologie du nationalisme juif, le sionisme est ouvert à la discussion et à la critique politiques, notamment concernant les droits des Palestiniens », indique le jugement. Autrement dit, le fait qu’une majorité d’un groupe s’identifie à une idéologie ne transforme pas la critique de cette idéologie en attaque contre le groupe lui-même.

Un précédent fédéral : l’affaire Haddad (2025)

Ce jugement ne sort pas de nulle part. En juillet 2025, la Cour fédérale d’Australie avait posé des jalons similaires. 3 Le juge Angus Stewart avait condamné le prédicateur Wissam Haddad pour des discours « fondamentalement racistes et antisémites », tout en jugeant que la critique d’Israël, du sionisme et de l’armée israélienne n’est pas antisémite et ne viole donc pas la loi. 1 La Cour concluait que dire qu’il n’est pas antisémite de critiquer Israël est le corollaire du fait que blâmer les Juifs pour les actions d’Israël, lui, est antisémite.

Les limites : ce que la justice australienne ne dit pas

Une lecture honnête impose des nuances. D’abord, la jurisprudence australienne n’accorde aucun blanc-seing aux discours anti-Israël. 11 Le tribunal civil et administratif de Victoria (VCAT) a ainsi jugé que scander « tous les sionistes sont des terroristes » lors d’un rassemblement à Melbourne constituait une diffamation raciale et religieuse illégale. 11 Ce tribunal a précisé que si la critique d’Israël n’est pas illégale et l’opposition au sionisme pas automatiquement un discours de haine, la ligne est franchie lorsque la rhétorique attribue une identité criminelle à toute une catégorie de personnes étroitement associée à un groupe racial ou religieux.

Ensuite, la décision Fagan est contestée. Des commentateurs pro-israéliens estiment que 18sa critique de l’IHRA repose sur un « homme de paille », la définition IHRA précisant explicitement que la critique d’Israël comparable à celle de tout autre pays n’est pas antisémite. D’autres jugent 18son traitement du sionisme trop réducteur, celui-ci étant à leurs yeux un mouvement d’autodétermination nationale juive et non une simple idéologie abstraite. Enfin, le contexte est douloureux : 11 l’Australie connaît une forte hausse des incidents antisémites depuis fin 2023, et l’attentat de Bondi visant un rassemblement de Hanoukka a intensifié l’inquiétude nationale.

Une distinction juridique, pas un permis de haïr

La justice australienne trace une ligne claire mais exigeante : critiquer un État, une armée ou une idéologie relève du débat politique protégé ; viser les Juifs en tant que Juifs, ou leur imputer collectivement les actes d’Israël, relève de l’antisémitisme. Cette distinction — désormais étayée par la Cour fédérale (Haddad, 2025) et la Cour suprême de NSW (Farhat, 2026) — pourrait 16 approfondir le débat en Australie sur la définition IHRA, les limites de la critique d’Israël et la ligne séparant l’antisémitisme de la critique politique.

Sources principales : jugement State of NSW v Farhat (Cour suprême NSW, août 2026, juge D. Fagan) ; Wertheim v Haddad (Cour fédérale, juillet 2025) ; The Conversation ; Ynet ; JWire ; Deep Cut News ; JNS.

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Voir en ligne : Sionisme, Israël et antisémtisme

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