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Pourquoi les billets Air Algérie sont-ils si chers ? Pas les seuls.

Une industrie aérienne mondiale en pleine santé, prestation de qualité...

jeudi 13 août 2026, par Gros Emile

En 2025, l’industrie aérienne mondiale a engrangé un bénéfice net estimé à 36 milliards de dollars, portée par la baisse du kérosène et la reprise du trafic. Mais en Algérie, la flambée des tarifs entre la France et l’Algérie — jusqu’à 18 % de hausse en un an — nourrit une colère durable chez les Algériens de l’étranger. Entre rentabilité mondiale du secteur, quasi-monopole national et rumeurs persistantes sur la gestion interne d’Air Algérie, retour sur un dossier sensible.

Une industrie aérienne mondiale en pleine santé financière

En 2025, l’industrie aérienne mondiale devait générer un chiffre d’affaires record de 979 milliards de dollars, avec un bénéfice net attendu à 36 milliards de dollars, l’Amérique du Nord et l’Europe concentrant l’essentiel de ces profits tandis que l’Afrique restait la région la moins rentable. Ce redressement s’explique en partie par une baisse du coût du kérosène, tombé à environ 85 dollars le baril en 2025 contre 99 dollars l’année précédente, ce qui a allégé la facture carburant des transporteurs et gonflé leurs marges.

Selon les projections les plus récentes de l’IATA relayées par Statista, le bénéfice net cumulé des compagnies aériennes commerciales dans le monde était estimé à 45 milliards de dollars pour 2025, avant un repli attendu à 23 milliards en 2026. Un autre décompte, publié quelques mois plus tard, évoque plutôt une marge nette de 3,9 % et un profit de 41 milliards de dollars pour 2026, porté par 5,2 milliards de passagers attendus et un chiffre d’affaires passagers projeté à 751 milliards de dollars. Ces écarts entre estimations successives illustrent la volatilité des prévisions du secteur, mais la tendance de fond reste la même : après les pertes abyssales de la pandémie, l’aviation commerciale est redevenue solidement bénéficiaire.

Du côté du résultat d’exploitation, la dynamique est similaire : en 2023, les compagnies aériennes affichaient un bénéfice opérationnel estimé à 52,2 milliards de dollars, soit quatre fois plus que l’année précédente, confirmant une remontée en puissance après les pertes d’exploitation sévères enregistrées en 2020 et 2021 sous l’effet de la pandémie.

Mais cette rentabilité globale masque de fortes disparités régionales et par compagnie. Parmi les transporteurs les plus profitables en 2025, Delta Air Lines arrivait en tête, suivie d’Emirates, loin devant les compagnies publiques du Maghreb. Air Algérie, elle, ne figure dans aucun classement mondial de rentabilité — un silence qui contraste avec la controverse tarifaire qui l’entoure sur ses propres lignes.

Des tarifs qui s’envolent sur la ligne France-Algérie

Sur le terrain, les chiffres parlent d’eux-mêmes. En avril 2026, les tarifs aériens entre la France et l’Algérie ont bondi de 18 % en un an, une hausse alimentée par la forte demande estivale et des coûts d’exploitation élevés. Le mois suivant, la pression s’est encore accentuée : selon le baromètre Digitrips, le prix moyen d’un billet France-Algérie a progressé de 21 % en mai 2026, pour atteindre 423 euros en moyenne, contre 341 euros pour le Maroc et 376 euros pour la Tunisie sur la même période — faisant de l’Algérie la seule destination maghrébine où les prix résistent à la détente générale du marché aérien.

Concrètement, un aller simple Paris-Alger avec Air Algérie démarrait à partir de 437 euros en juillet 2026, un vol Paris-Alger étant même affiché à 597 euros pour un vendredi de grand départ. Un témoignage relayé sur les réseaux sociaux résume l’exaspération d’une partie de la diaspora, pour qui le traditionnel retour au pays est devenu un luxe qui n’est plus à la portée de tous.

Cette colère a désormais une traduction politique. Le député Farès Rahmani, élu des Algériens de France, a interpellé le ministre des Finances pour réclamer un budget spécial destiné à subventionner les billets des expatriés, évoquant un aller-retour Paris-Alger à 2 950 euros en plein été pour une famille de cinq personnes. Son collègue Tawfiq Khedim a de son côté confirmé avoir reçu des centaines de messages et de plaintes de la communauté algérienne établie en France. Plus récemment, le député Abdelouahab Yagoubi est allé plus loin en s’adressant directement au président Tebboune : sa lettre, consultée par la presse, détaille les dysfonctionnements du secteur après sept ministres rencontrés en vain et trois demandes de commission d’enquête restées sans suite.

Pourquoi une telle flambée ? Le poids du quasi-monopole

Les explications avancées par les experts du secteur convergent vers un constat structurel. Les liaisons France-Algérie sont assurées par un nombre restreint d’opérateurs — Air Algérie, Transavia, ASL Airlines et Air France — ce qui limite mécaniquement la concurrence et permet des tarifs pouvant atteindre 1 000 euros l’aller-retour en classe économique lors des pics de vacances. Une analyse plus récente pointe explicitement un marché dominé par un opérateur public en position de quasi-monopole, qui n’absorbe pas la pression de la demande saisonnière sans la répercuter directement sur les prix.

Interrogée sur ces critiques, la direction d’Air Algérie a défendu sa politique tarifaire, expliquant que ses billets sont parfois plus chers que ceux des concurrents et parfois moins chers, les prix évoluant selon l’horaire, le jour du voyage et les périodes de vacances. La compagnie met en avant un plan de modernisation de sa flotte, avec trois Airbus A330Neo supplémentaires livrés avant fin 2025 et huit Boeing 737-9 Max commandés pour 2027 — des investissements coûteux qui pèsent, selon elle, sur sa structure de coûts.

La question sensible du recrutement

Au-delà de la politique tarifaire, une autre critique revient régulièrement dans le débat public algérien, sans jamais avoir été formellement documentée par un audit ou une enquête officielle : celle de la gestion interne de la compagnie. Une enquête de presse spécialisée sur le recrutement chez Air Algérie note ainsi que l’idée d’un recrutement prioritaire des enfants de cadres et d’employés de la compagnie est très répandue chez les Algériens, qui en plaisantent beaucoup, alors même que la compagnie communique très peu sur ses procédures d’embauche. Cette perception s’ajoute à un climat plus large de défiance envers le clientélisme dans les recrutements publics algériens, un phénomène que des universitaires qualifient de système de cooptation fonctionnant du sommet jusqu’à l’échelon le plus bas de l’administration.

Il faut le souligner clairement : aucune source publique ne permet d’établir un lien de causalité chiffré entre le niveau des tarifs pratiqués par Air Algérie et le financement de tels recrutements. Ce que documentent les sources disponibles, ce sont deux réalités distinctes et vérifiées : d’une part, une rentabilité mondiale du secteur aérien redevenue solide ; d’autre part, une position de quasi-monopole d’Air Algérie sur une liaison à forte demande captive, qui alimente à la fois la flambée des prix et une défiance ancienne envers la gestion de l’entreprise publique.

Précisions sur le d’Air-Algérie

La hausse des tarifs vers l’Algérie s’inscrit dans un contexte mondial de rebond des profits aériens, mais elle est surtout le symptôme d’un marché peu concurrentiel où une poignée d’opérateurs, dont un acteur public dominant, fixe les prix face à une demande captive et saisonnière. Les appels politiques à une régulation tarifaire se multiplient, sans qu’aucune réforme concrète n’ait encore été actée à ce jour.

Évolution du prix du kérosène (2019-2026)

Prix du baril de kérosène pour aviation en dollars américains ($ USD)

Source : International Air Transport Association (IATA) — Données mondiales
Année Prix du baril (USD)
201980 $
202047 $
202178 $
2022139 $
2023112 $
202499 $
2025*90 $
2026**152 $

* Estimation / ** Prévision

Volatilité et pression sur les coûts du carburant aérien

L’analyse des données de l’IATA sur la période 2019-2026 met en évidence une instabilité structurelle des coûts d’approvisionnement en carburant pour le secteur aérien. Après l’affaissement des cours en 2020 (47 $/baril), le choc inflationniste de 2022 (139 $/baril) a cédé la place à une phase de détente relative attendue jusqu’en 2025 (90 $/baril). Toutefois, les prévisions à l’horizon 2026 anticipent un niveau record à 152 $/baril, exigeant des compagnies aériennes une rigueur accrue dans la gestion de leurs risques de change et de leurs stratégies de couverture de carburant (hedging).

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Voir en ligne : Transport, kérosène, pétrole

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