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DZ Mafia en Algérie : la carte diplomatique d’Alger avec Paris

Un rapprochement avec que la France sous pression fasciste ne mesure pas

mercredi 12 août 2026, par N.E. Tatem

En l’espace de quinze jours, l’Algérie a proclamé, en direction spécifiquement de la justice française, l’arrestation de deux têtes présumées de la DZ Mafia, l’organisation criminelle marseillaise la plus surveillée du narcotrafic hexagonal. Coïncidence de calendrier ou signal politique assumé ? Ces interpellations, en territoire d’Afrique du Nord, s’inscrivent dans une séquence plus large où Alger, après des mois de blocage, a recommencé à délivrer quelques laissez-passer consulaires permettant l’exécution d’obligations de quitter le territoire français (OQTF). Changement perceptible dans des relations biaisées par une trouble mémoire...

La double manœuvre que les autorités algériennes présentent comme la preuve qu’elles ne couvrent pas le grand banditisme, surtout celui médiatisé avec le préfixe DZ accolé au vocable maffia. Se laver les mains d’une criminalité fomentée outre-fontière, tout en réamorçant un dialogue suspendu depuis un an, en dépit de la multiplicité de ses questions et sujets, est acte qui modifie ce qui était auparavant inexistant, imperceptible, caché et même futile.

Deux arrestations coup sur coup à Alger

Le 20 juillet, Mehdi Laribi, un Franco-Algérien présenté par le parquet de Marseille comme un dirigeant de la DZ Mafia chargé de l’importation et de la logistique du trafic, est interpellé par les autorités algériennes en exécution d’un mandat d’arrêt délivré par des juges d’instruction marseillais. Il est placé sous contrôle judiciaire dès le lendemain. Une quinzaine de jours plus tard, le 3 août, c’est au tour de Djamel Djeha, autre figure du narcotrafic marseillais, d’être appréhendé puis placé lui aussi sous contrôle judiciaire. Selon France 24, les deux hommes ont été arrêtés quelques semaines après une visite du ministre de la Justice Gérald Darmanin à Alger, présentée comme le point d’orgue d’une reprise de la coopération judiciaire entre les deux pays, qui ne disposent d’aucun accord d’extradition bilatéral. Le ministre de l’Intérieur a publiquement remercié la justice algérienne pour cette collaboration dans la lutte contre le narcotrafic.

Ces deux dossiers relèvent de l’opération "Octopus", lancée en mars par le parquet de Marseille et qui avait déjà permis l’arrestation de 43 personnes soupçonnées d’appartenir à la structure de la DZ Mafia, avec la saisie de plus de 4 millions d’euros d’avoirs, selon OCCRP, le collectif des journalistes d’investigation.

Mehdi Laribi, le logisticien de l’ombre

Ressortissant franco-algérien, Mehdi Laribi est décrit par le procureur de Marseille Nicolas Bessone comme ayant occupé un rôle d’importateur et de logisticien au sein du clan, une fonction clé dans l’acheminement des stupéfiants vers les points de deal marseillais. Sa nationalité algérienne le protège de toute extradition vers la France en vertu de la convention bilatérale de 1964, qui interdit aux deux pays de livrer leurs propres ressortissants. Il ne pourra donc être jugé qu’en Algérie, si les autorités françaises en font la demande, ou continuer d’y être placé sous contrôle judiciaire dans l’attente d’une décision sur la suite de la procédure. Il demeure, à ce stade, présumé innocent.

Djamel Djeha, héritier d’une dynastie du trafic à la Castellane

Le second homme, Djamel Djeha, n’est pas un inconnu des services marseillais. Il est le frère de Mohamed Djeha, dit "Mimo", qui fut pendant des années le patron du réseau de trafic de stupéfiants de la cité de la Castellane, dans les quartiers nord de Marseille, avant d’être lui-même arrêté en Algérie en juin 2023 au terme d’une longue traque, rapporte France 24. Cette filiation illustre un trait structurant du grand banditisme marseillais : la transmission quasi familiale du contrôle des points de deal, où l’arrestation d’un chef de réseau laisse rarement la place vacante longtemps. Le passage de relai entre les deux frères, si les accusations sont confirmées, montrerait la résilience de ces organisations face à la pression judiciaire.

Gaby et Mamine, les autres visages de l’organisation

Ces deux arrestations en Algérie s’ajoutent à un autre volet judiciaire, jugé cette fois sur le sol français. En avril, la cour spéciale d’assises des Bouches-du-Rhône a rendu son verdict dans le procès du double assassinat de 2019 à Plan-de-Campagne, où comparaissaient notamment Gabriel Ory, dit "Gaby", et Amine Oualane, dit "Mamine", tous deux désignés par l’accusation comme des chefs de l’organisation criminelle. Gabriel Ory a été condamné à 25 ans de réclusion pour avoir aidé à la préparation du double meurtre, tandis qu’Amine Oualane a été acquitté, ses avocats ayant obtenu que les juges écartent sa responsabilité dans ce dossier précis. Ce contraste entre un système judiciaire français saturé de contraintes procédurales et une coopération algérienne présentée comme fluide nourrit, côté français, un débat sur l’efficacité comparée des deux approches.

Le rapprochement migratoire, ou comment Alger reprend la main

Le retour de ces deux hommes dans le giron judiciaire, qui n’est pas décrypté telle une livraison de criminels au pays où ils ont commis leurs délits, coïncide avec un dégel plus large sur le dossier migratoire. Après un blocage quasi total des laissez-passer consulaires depuis le 1er janvier 2026, l’Algérie a repris, à partir de la visite à Alger du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez en février, la délivrance de ces documents indispensables à l’exécution des OQTF visant des ressortissants algériens sans document d’identité valide, selon ObservAlgerie. Le ministre a lui-même reconnu le caractère encore limité de ce volume de délivrances, tout en revendiquant une stratégie de dialogue plutôt que de rapport de force. Selon les chiffres qu’il a communiqués début mai, plus de 140 laissez-passer consulaires avaient alors été délivrés, sur près de 22 000 OQTF prononcées en 2025 à l’encontre de ressortissants algériens. Le rythme s’est depuis accéléré, avec notamment sept reconduites effectives enregistrées en une seule journée au printemps, rapporte Algerie360.

Une démonstration à double destinataire

Pour les autorités algériennes, cette séquence combinée — arrestations de cadres de la DZ Mafia et reprise des réadmissions — répond à un double objectif de communication. En interne comme vis-à-vis de Paris, il s’agit de démontrer qu’Alger ne protège pas les réseaux criminels originaires de sa diaspora, alors que le sigle même de l’organisation, DZ, renvoie au code pays de l’Algérie en référence aux origines de ses fondateurs. Vis-à-vis de l’opinion française, où le dossier des OQTF algériennes est devenu un marqueur politique sensible à l’approche d’échéances électorales, la reprise des laissez-passer consulaires permet au gouvernement de présenter des résultats tangibles. Le journaliste spécialiste du grand banditisme Frédéric Ploquin a d’ailleurs qualifié l’arrestation de Mehdi Laribi de succès diplomatique, y voyant un signe concret de dégel après des mois de brouille consécutifs aux tensions sur le Sahara occidental et à l’affaire Boualem Sansal.
Cette normalisation reste toutefois fragile et partielle. Elle s’inscrit dans la continuité de la relance amorcée en avril par le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, reçu à Alger par le président Abdelmadjid Tebboune, qui avait acté la réactivation des dispositifs de coopération entre les deux pays sur la justice, la migration et le renseignement. Mais les blocages antérieurs — qu’il s’agisse du refus algérien d’extrader l’ancien ministre Abdeslam Bouchouareb ou des tensions autour de la reconnaissance par Paris du plan marocain sur le Sahara occidental — rappellent que cette coopération judiciaire et migratoire demeure suspendue à l’état, toujours instable, de la relation politique entre les deux capitales.

Mots-clés : DZ Mafia, Algérie, Marseille, narcotrafic, OQTF, laissez-passer consulaire, coopération judiciaire France-Algérie, Mehdi Laribi, Djamel Djeha, Octopus

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