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Choose France 2026 : 93 milliards d’euros d’investissements étrangers, un record porté par l’IA
Et 15 600 emplois annoncés avec SoftBank, Amazon, Marcegaglia… le décryptage complet.
mercredi 3 juin 2026, par
Le 1ᵉʳ juin 2026, le Château de Versailles a accueilli la neuvième édition du sommet Choose France, qui a battu tous ses records : 93 milliards d’euros d’investissements étrangers et plus de 15 600 emplois annoncés à travers 71 projets — soit davantage que les huit éditions précédentes réunies. Mais ce montant spectaculaire masque une réalité plus nuancée. À lui seul, le japonais SoftBank pèse 45 milliards d’euros pour ses data centers dédiés à l’intelligence artificielle dans les Hauts-de-France. Qui sont les investisseurs ? Dans quels secteurs ? Comment fonctionnent ces partenariats associant géants étrangers et fleurons français comme Schneider Electric ou EDF ? Et que valent réellement les emplois promis ? Décryptage.
Choose France 2026 : un sommet hors normes à Versailles
Lors de la neuvième édition du sommet Choose France, organisée le 1ᵉʳ juin 2026 au Château de Versailles, 71 nouveaux projets d’investissement représentant 93 milliards d’euros ont été annoncés, accompagnés de la création de plus de 15 000 emplois.
Pour mesurer l’ampleur de ce record, un point de comparaison s’impose. Depuis son lancement en 2018, le sommet avait permis d’annoncer 87 milliards d’euros cumulés pour plus de 230 projets, sur huit éditions. Autrement dit, l’édition 2026 dépasse à elle seule l’ensemble des huit premières années de Choose France. Une véritable rupture d’échelle.
Selon les chiffres communiqués par l’Élysée, ces 93 milliards d’euros se répartissent en 71 annonces et devraient générer 15 600 emplois.
- Dernière nouvelle de France, précédant ce sujet : Présidentielle 2027 en France : l’affaire BlackCore et l’alerte sur les ingérences israliennes
LES CHIFFRES CLÉS
- 93 milliards € d’investissements annoncés
- 71 projets étrangers
- 15 600 emplois attendus
- 45 milliards € pour le seul projet SoftBank (48 % du total)
Les principaux investisseurs, secteur par secteur
1. Intelligence artificielle et data centers : le cœur du record
SoftBank (Japon) : le projet phare à 45 milliards
C’est l’annonce la plus spectaculaire de cette édition. À lui seul, le conglomérat technologique japonais SoftBank représente 45 des 93 milliards annoncés. Et le projet complet va plus loin encore : SoftBank Group s’est engagé à développer et exploiter 5 GW de capacité de data centers IA en France, pour un investissement pouvant atteindre 75 milliards d’euros.
Une première phase, à 45 milliards d’euros, doit livrer 3,1 GW dans les Hauts-de-France d’ici 2031, avec des datacenters implantés à Dunkerque (Loon-Plage), au Bosquel et à Bouchain.
Brookfield (Canada) : le gestionnaire d’actifs canadien investira 10 milliards d’euros supplémentaires dans les infrastructures liées à l’IA, pour atteindre jusqu’à 30 milliards au total.
MGX (Émirats arabes unis) et Bpifrance : le fonds émirati MGX et Bpifrance annoncent la sélection imminente d’un deuxième site dédié à l’IA, pour environ 7,5 milliards d’euros, après le Campus AI de Fouju (Seine-et-Marne), mené en coentreprise avec Mistral AI et Nvidia.
Salesforce (États-Unis) : l’américain engage 2 milliards d’euros pour son premier hub d’innovation IA de l’Union européenne, à Paris.
Autres acteurs tech :
La start-up américaine Databricks prévoit plus de 300 millions de dollars d’ici 2028, plus de 400 salariés en France et la formation de 40 000 personnes à l’IA d’ici la fin de la décennie.
Le taïwanais Foxconn investirait 120 millions d’euros à Angers pour une ligne de cartes mères dédiées à l’IA, en partenariat avec le spécialiste français des supercalculateurs Bull.
2. Logistique et e-commerce
Amazon (États-Unis) : le géant du e-commerce a dévoilé début mai un plan de plus de 15 milliards d’euros sur trois ans — son plus gros investissement en France. Il annonce trois nouveaux sites logistiques (1 000 emplois), en plus des 7 000 déjà promis, en Pays de la Loire, Île-de-France et Nouvelle-Aquitaine.
VGP (Belgique) : plus de 1,5 milliard d’euros pour 5 000 emplois en six ans.
InPost / Mondial Relay (Pologne) : au moins 500 millions d’euros d’ici 2030 pour automatiser ses centres de distribution (750 emplois), portant l’investissement total à 1,4 milliard.
DHL (Allemagne) : 160 millions d’euros en 2026-2027 pour moderniser et verdir ses infrastructures.
GXO : 1 000 emplois d’ici 2027 via un entrepôt automatisé avec Unilever (Ferrières-en-Gâtinais) et un nouveau site pour Action dans le Nord.
3. Santé et pharmacie
- Le britannique GSK engage 140 millions d’euros, dans un plan triennal de 550 millions, pour ses sites d’Évreux, Mayenne et Saint-Amand-les-Eaux.
- Le suisse Sandoz ajoute 150 millions d’euros jusqu’en 2034 pour les biosimilaires à Toulouse, tandis que Stallergenes Greer investit 125 millions à Antony.
4. Industrie et sidérurgie décarbonée
- Marcegaglia (Italie) : l’aciériste italien ajoute 600 millions d’euros à son projet « Mistral » à Fos-sur-Mer, soit 1,2 milliard au total. Il s’agit de la première aciérie construite en France depuis plus de cinquante ans.
5. Énergie et renouvelables
- Le portugais EDP : 1,3 milliard d’euros d’ici 2030 (éolien, solaire, stockage, réseau).
- L’allemand Enertrag : 1,1 milliard d’euros d’ici 2030 pour de nouvelles capacités renouvelables et de stockage.
6. Agroalimentaire, défense, paiements et spatial
- Ferrero : 60 millions d’euros dans ses usines françaises (dont le lancement du Nutella Cookies).
- Tekever (Portugal, drones) : 100 millions d’euros additionnels sur cinq ans en Occitanie et Nouvelle-Aquitaine.
- Checkout.com : un nouveau bureau parisien et 200 collaborateurs visés d’ici fin 2026.
- PLD Space (Espagne, spatial) : 35 millions d’euros à Kourou, premier opérateur privé du Centre spatial guyanais.
| Investisseur | Pays | Secteur | Montant | Localisation | Emplois |
|---|---|---|---|---|---|
| SoftBank | Japon | Data centers IA | 45 Md€ (jusqu’à 75) | Dunkerque, Le Bosquel, Bouchain | 9 500 |
| Brookfield | Canada | Infrastructures IA | +10 Md€ (jusqu’à 30) | Cambrai, Escaudain | n.c. |
| Nebius | Pays-Bas | Data center IA | +8 Md€ | Béthune | 120 |
| MGX + Bpifrance | ÉAU / France | Infrastructure IA | 7,5 Md€ | À sélectionner | 700 |
| Ardian + Verne | France / R-U | Campus IA | jusqu’à 5 Md€ | Île-de-France | 350-400 |
| Salesforce | États-Unis | Hub IA | 2 Md€ | Paris | n.c. |
| Amazon | États-Unis | Logistique | +400 M€ (plan 15 Md€) | Pays de la Loire, IDF, N-Aquitaine | +3 000 |
| VGP | Belgique | Logistique | +1,5 Md€ | France (friches) | 5 000 |
| Boehringer Ingelheim | Allemagne | Santé animale | 500 M€ | Jonage, Toulouse… | 150 |
| Marcegaglia | Italie | Sidérurgie | +600 M€ (total 1,2 Md€) | Fos-sur-Mer | n.c. |
| EDP | Portugal | Renouvelables | 1,3 Md€ | France | n.c. |
| Tekever | Portugal | Défense / drones | +100 M€ | Occitanie, N-Aquitaine | n.c. |
Comment fonctionnent ces partenariats ? L’exemple SoftBank
Le projet SoftBank illustre parfaitement la nature des collaborations mises en place. Loin d’un simple apport de capitaux, il s’agit d’un montage associant un investisseur étranger à des partenaires industriels et publics français.
Partenariat avec Schneider Electric (technologique et industriel)
Pour accélérer la construction, SoftBank s’appuie sur les solutions énergétiques de Schneider Electric afin de bâtir un cluster industriel au port de Dunkerque. Deux installations sont prévues : l’une, exploitée par SoftBank, fabriquera les enceintes ; l’autre, par Schneider Electric, intégrera les modules d’alimentation. Le projet combine la robotique et l’automatisation de SoftBank avec l’expertise industrielle française.
Partenariat avec EDF (entreprise publique)
EDF apporte un ancien site de centrale à reconvertir en campus de data centers. À Bouchain, sur une ancienne centrale thermique, un datacenter de 400 MW doit voir le jour. Le projet n’en est toutefois qu’à ses débuts : SoftBank, pré-sélectionné par EDF, doit encore mener études techniques, environnementales et administratives avant toute signature de bail. À ce stade, ni calendrier ni montant précis ne sont arrêtés.
Le rôle de l’État
Le mécanisme repose sur les atouts mis en avant par le gouvernement : fiscalité favorable (baisse de l’impôt sur les sociétés, crédit d’impôt recherche, crédit d’impôt industrie verte), électricité décarbonée (nucléaire et renouvelables) et délais d’implantation réduits grâce aux sites « clés en main » et à la simplification administrative.
Emplois : pourquoi il faut relativiser les annonces
Une nuance importante s’impose sur les emplois promis. Les data centers sont, par nature, des infrastructures capitalistiques : ils mobilisent des sommes colossales pour des effectifs directs limités. Selon les ratios du secteur, les 3,1 GW exploités par SoftBank correspondraient à une fourchette de 9 000 à 18 000 emplois directs et indirects d’ici 2031, surtout dans la sous-traitance locale. Pour l’usine de Dunkerque, le directeur général de Schneider Electric évoque « 150 emplois » minimum.
Plusieurs experts appellent à la prudence. Pour l’économiste Sylvain Bersinger, les annonces de Versailles « ne doivent pas masquer le fait que l’investissement total des entreprises en France est déprimé, que la réindustrialisation demeure un vœu pieux et que la France ne semble pas nécessairement plus attractive pour les investisseurs étrangers que ses voisins ».
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Voir en ligne : France
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