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5 millions d’enfants meurent chaque année : de quoi ? Et où peut-on encore agir ?
Vulnérabilité aux premiers âges, les humains et les pays adorent la natalité
mercredi 27 mai 2026, par
Chaque année, 4,7 millions d’enfants meurent avant l’âge de cinq ans. Non par fatalité — mais parce que les vaccins n’arrivent pas, les accouchements ne sont pas assistés, les moustiquaires manquent. Des données comparatives pays par pays révèlent l’abîme : un enfant né au Nigeria a vingt fois plus de risques de mourir qu’un enfant né au Royaume-Uni. Et les outils pour changer cela existe déjà.
Santé mondiale · Données & Analyses
5 millions d’enfants meurent chaque année : de quoi, et où peut-on encore agir ?
Chaque année, 4,7 millions d’enfants de moins de cinq ans perdent la vie avant d’avoir eu la chance de grandir. Derrière ce chiffre vertigineux, une réalité qui révolte : la majorité de ces morts sont évitables. Une analyse comparative mondiale, pays par pays, révèle des inégalités criantes et des leviers d’action concrets.
enfants de <5 ans morts en 2023 |
morts par maladies infectieuses |
accide nts routiers enfants au RU depuis 1980 |
Il y a des statistiques que l’on garde dans un coin de la tête, comme un reproche permanent. Cinq millions d’enfants morts chaque année en fait partie. Ce chiffre — porté à l’attention du grand public par la chercheuse Hannah Ritchie et son équipe de Our World in Data — n’est pas une fatalité. C’est un échec collectif, mesurable, analysable, et en partie corrigeable.
Pour comprendre comment agir, il faut d’abord comprendre de quoi meurent ces enfants. C’est l’objet d’une visualisation interactive publiée en mai 2026, qui permet d’explorer les causes de mortalité infantile dans n’importe quel pays du monde, sur plus de quarante ans de données.
Un tableau mondial : maladies infectieuses et complications à la naissance dominent
En 2023, les 4,7 millions de décès d’enfants de moins de cinq ans se répartissent selon une logique brutalement simple : ce qui tue les enfants dans les pays pauvres est largement différent de ce qui tue dans les pays riches.
À l’échelle mondiale, deux grandes familles de causes se partagent l’essentiel de la mortalité, chacune pesant plus de 40 % du total :
– Maladies infectieuses (pneumonie, paludisme, diarrhées, rougeole…) 42 %
– Complications à la naissance (prématurité, asphyxie, infections néonatales…) 42 %
– Maladies non transmissibles (malformations, malnutrition, cancer…) 9 %
– Accidents et blessures (noyade, routes, incendies…) 5 %
Source : Our World in Data / IHME, données 2023 pour les enfants de moins de 5 ans.
Nigeria vs Royaume-Uni : un écart de 20 fois qui raconte tout
La comparaison entre le Nigeria et le Royaume-Uni est peut-être la plus éclairante que peuvent offrir les données disponibles. Un enfant né au Nigeria a plus de 20 fois plus de risques de mourir avant l’âge de cinq ans qu’un enfant né en Grande-Bretagne. Mais ce n’est pas seulement une question de taux : la nature des causes de décès est radicalement différente.
| Cause de décès | Nigeria | Royaume-Uni | Lecture |
|---|---|---|---|
| Maladies infectieuses | 56 % | Très rare | Paludisme, diarrhées, rougeole, méningite |
| Complications néonatales | 33 % | 40 % | Prématurité, asphyxie |
| Maladies non transmissibles | Minoritaire | Important | Cancer, malformations congénitales |
| Couverture vaccinale rotavirus | 57 % | >90 % | Cause majeure de diarrhées mortelles |
| Naissances assistées par professionnel | 50 % | 100 % | Facteur clé de survie néonatale |
Ce que révèle le cas nigérian
Au Nigeria, les maladies infectieuses représentent 56 % des décès d’enfants de moins de cinq ans — bien au-delà de la moyenne mondiale de 42 %. La cause unique la plus meurtrière est le paludisme, une maladie qui peut être prévenue et traitée, à condition d’en avoir les moyens.
La liste des vaccins disponibles mais insuffisamment distribués est accablante. Le rotavirus — principale cause de diarrhées mortelles — dispose d’un vaccin, mais seulement 57 % des enfants nigérians le reçoivent. La rougeole a un vaccin, mais seulement un tiers des enfants nigérians reçoit la deuxième dose recommandée. La méningite et la coqueluche sont vaccinables — et pourtant.
Chiffre clé
Au Nigeria, seulement 50 % des naissances sont assistées par un professionnel de santé qualifié. Porter ce taux à 90 % permettrait à lui seul de sauver des dizaines de milliers de nouveau-nés chaque année.
Le paradoxe des pays riches
Au Royaume-Uni, les maladies infectieuses ont été largement éradiquées comme cause de mortalité infantile. Résultat : ce qui reste en tête, ce sont les complications à la naissance — notamment la prématurité, responsable de près de 40 % des décès d’enfants de moins de cinq ans.
Ce n’est pas parce que le RU fait pire sur ce point : c’est parce que les autres causes ont été quasiment supprimées. La prématurité, en revanche, résiste. Elle est influencée par le tabagisme, l’obésité, l’âge maternel, les grossesses multiples liées aux traitements de fertilité — mais de nombreuses naissances prématurées surviennent spontanément, sans cause identifiable. Le progrès y est plus lent, plus difficile.
Part des enfants d’un an vaccinés contre le rotavirus, 2024
Les 5–14 ans : blessures, cancers et le paradoxe de la route
Les données de mortalité infantile distinguent généralement deux tranches d’âge : les moins de cinq ans, et les 5–14 ans. En 2023, cette deuxième tranche représente environ cinq fois moins de décès que la première — mais les causes sont très différentes.
Si les maladies infectieuses restent présentes (surtout dans les pays à revenus faibles), les blessures et accidents montent fortement en importance : noyades, accidents de la route, incendies. Les cancers pédiatriques font également leur apparition dans les statistiques.
Des progrès spectaculaires, une preuve que c’est possible
Au Royaume-Uni, le nombre d’enfants tués sur les routes a chuté de 90 % depuis 1980. Les cancers pédiatriques y ont reculé de six fois en 70 ans aux États-Unis et au RU. Ces chiffres ne sont pas le fruit du hasard : ils résultent de politiques publiques délibérées — réforme du code de la route, développement de traitements oncologiques pédiatriques, investissements en prévention.
Que nous disent ces comparaisons sur les priorités mondiales ?
L’analyse comparative entre pays à hauts et bas revenus fait apparaître une hiérarchie de l’action possible.
Dans les pays à faibles revenus, l’essentiel du gain se trouve dans des interventions connues, peu coûteuses, et déjà disponibles : vaccins, accès à des soignants qualifiés à la naissance, traitements antipaludéens, réhydratation orale. Ce ne sont pas des problèmes scientifiques non résolus — ce sont des problèmes de financement, de logistique et de volonté politique.
Dans les pays à hauts revenus, les défis résiduels sont plus complexes : la prématurité spontanée manque encore de solutions préventives établies, les cancers pédiatriques nécessitent une recherche continue. Mais ici aussi, la route, la piscine, le feu de cuisine restent des terrains d’action concrète et largement sous-exploités.
1/3 enfants nigérians reçoivent la 2e dose rougeole
57 % seulement vaccinés contre le rotavirus au Nigeria
–6× décès par cancer pédiatrique en 70 ans (RU, USA)
5×plus de décès chez les <5 ans que chez les 5–14 ans
Ce que l’on peut retenir
La mortalité infantile mondiale n’est pas une courbe uniforme : c’est un assemblage de réalités profondément inégales, dont les ressorts varient selon le lieu de naissance, l’accès aux soins, les politiques vaccinales et la qualité des routes. Comparer le Nigeria et le Royaume-Uni ne sert pas à accabler — c’est un outil de compréhension.
Les données de Our World in Data le montrent sans détour : la plupart de ces morts sont évitables. Certaines solutions coûtent peu et existent déjà. D’autres demandent des années de recherche. Mais toutes commencent par la même chose : savoir précisément de quoi meurent les enfants, et où.
C’est la condition minimale pour ne pas rester indifférent — et pour que ce chiffre de cinq millions cesse un jour d’être notre statistique la plus détestée.
Décès dus au rotavirus qui auraient pu être évités chez les enfants de moins de cinq ans, 2016
Sources : Hannah Ritchie, Sophia Mersmann, Fiona Spooner — Our World in Data, 25 mai 2026 · Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) · OMS
Pour aller plus loin : Visualisation interactive pays par pays (OWID)
Mots-clés : mortalité infantile, santé mondiale, maladies infectieuses, enfants paludisme, vaccination, prématurité, Nigeria, santé inégalités, santé, Our World in Data, IHME 2023
Voir en ligne : Mortalitée infantile & jeunes
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