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Made in Europe : la Chine menace Bruxelles, le coût de la réindustrialisation du continent UE
UE–Chine : le bras de fer commercial en place et concurrence industrielle lancée
mardi 28 avril 2026, par
Pékin a averti, lundi 27 avril 2026, qu’il pourrait prendre des contre-mesures si l’Union européenne adoptait en l’état son projet d’Industrial Accelerator Act. Derrière ce texte présenté par Bruxelles comme un outil de souveraineté industrielle, se dessine un affrontement commercial majeur autour des batteries, des véhicules électriques, du solaire et des matières premières critiques.
L’ambition de réindustrialisation en Europe pourrait déclencher une escalade commerciale aux conséquences majeures, au moment même où le vieux continent reste divisé et dépendant du marché chinois. Entre souveraineté économique et risque de guerre économique, le choc est désormais inévitable entre la puissance montante et l’UE qui a un marché florissant et une consommation aux besoins pluriels et exponentiels.
La tension entre Bruxelles et Pékin a franchi un nouveau seuil. Le 27 avril 2026, le ministère chinois du Commerce a confirmé avoir transmis, trois jours plus tôt, ses observations formelles à la Commission européenne sur l’Industrial Accelerator Act, le projet de loi censé inscrire la préférence « Made in EU » dans la politique industrielle européenne. La Chine estime que ce texte créerait des « barrières sérieuses à l’investissement » et une « discrimination institutionnelle » à l’égard de ses entreprises.
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Le message chinois est explicite : si l’Union européenne poursuit l’adoption du texte sans tenir compte des objections de Pékin, et si les intérêts des entreprises chinoises sont affectés, la Chine dit qu’elle prendra des contre-mesures pour défendre ses entreprises. Cette formulation n’est pas un simple geste rhétorique : elle s’inscrit dans une séquence plus large de durcissement commercial entre les deux puissances.
Ce que veut Bruxelles : créer une préférence industrielle européenne
Présenté le 4 mars 2026 par la Commission européenne, l’Industrial Accelerator Act vise à soutenir la production européenne de technologies bas carbone, à sécuriser les chaînes d’approvisionnement et à accélérer la réindustrialisation du continent. Bruxelles veut faire passer la part de l’industrie manufacturière dans le PIB européen de 14,3 % en 2024 à 20 % en 2035.
Le texte prévoit d’introduire des exigences « Made in EU » ou bas carbone dans les marchés publics, les enchères et les régimes d’aides publiques. Il vise notamment l’acier, le ciment, l’aluminium, l’automobile, les batteries, les systèmes de stockage, le photovoltaïque, les pompes à chaleur, l’éolien, les électrolyseurs et les technologies nucléaires.
L’objectif assumé est double : créer une demande garantie pour les industriels européens et éviter que les fonds publics européens ne financent indirectement des chaînes de valeur dominées par des puissances extérieures. C’est cette logique qui irrite Pékin, car les secteurs ciblés correspondent précisément aux domaines où la Chine a bâti une avance industrielle considérable.
Les secteurs visés : batteries, solaire, voitures électriques, matières critiques
La réaction chinoise s’explique par la structure même du texte. L’Industrial Accelerator Act impose des conditions particulières aux investissements étrangers de plus de 100 millions d’euros lorsqu’ils proviennent d’entreprises issues de pays contrôlant plus de 40 % des capacités mondiales dans certaines filières stratégiques : véhicules électriques, batteries, solaire et matières premières critiques. Ces conditions peuvent inclure une majorité d’actionnariat européen, des transferts de technologie, une intégration aux chaînes de valeur européennes et la création d’emplois locaux.
Pour Pékin, le ciblage ne fait guère de doute. La Chine concentrait environ 85 % de la capacité mondiale de fabrication de cellules de batteries en 2024, selon l’Agence internationale de l’énergie. Même si cette part pourrait reculer vers deux tiers en 2030 si tous les projets annoncés sont menés à terme, la domination actuelle reste massive.
CATL illustre cette avance. Le géant chinois a annoncé pour 2025 un bénéfice net de 72,2 milliards de yuans, en hausse de 42 %, et revendique 39,2 % de part de marché mondiale dans les batteries de traction, selon SNE Research cité par l’entreprise.
Le photovoltaïque présente une concentration comparable. L’AIE estime que le monde dépendra presque entièrement de la Chine pour plusieurs briques essentielles des panneaux solaires jusqu’en 2025, avec une part chinoise appelée à atteindre près de 95 % dans la production mondiale de "polysilicium", de lingots et de wafers.
Même constat pour les matières premières critiques. L’AIE souligne que la concentration du raffinage s’est accentuée entre 2020 et 2024, les trois premiers pays raffineurs représentant en moyenne 86 % du marché des principaux minerais de transition énergétique, avec la Chine comme principal moteur de croissance pour le cobalt, le graphite et les terres rares.
L’Europe répond à un choc industriel systémique
La Commission européenne ne part pas d’un constat abstrait. Un rapport du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan publié en février 2026, « L’industrie européenne face au rouleau compresseur chinois », estime qu’en moyenne près de 24 % des exportations des pays de l’Union européenne sont exposées à une concurrence chinoise élevée sur les marchés tiers. Pour la France, cette exposition atteint 26 % des exportations, tandis que l’Allemagne monte à 32 %.
Sur le marché intérieur, le rapport est encore plus alarmant : environ 36 % de la production manufacturière française serait exposée à une pression concurrentielle chinoise anormalement forte. Cette proportion atteindrait environ 70 % en Allemagne, 60 % en Italie et 50 % en Espagne si les tendances actuelles se poursuivent.
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Le même rapport insiste sur un différentiel de coûts de production estimé par les industriels entre 30 % et 40 % à qualité comparable, parfois davantage selon les secteurs. Autrement dit, l’Europe ne fait pas seulement face à une concurrence par les prix : elle affronte un appareil productif complet, massif, intégré et soutenu par une stratégie industrielle de long terme.
La riposte chinoise : frapper là où l’Europe est divisée
La menace chinoise ne vise pas seulement Bruxelles. Elle vise aussi les lignes de fracture internes de l’Union européenne. Pékin sait que tous les États membres ne perçoivent pas la réindustrialisation de la même manière. Les pays et régions industriels peuvent voir dans l’Industrial Accelerator Act une opportunité. Les filières agricoles, viticoles ou agroalimentaires, elles, redoutent d’être les premières victimes d’éventuelles représailles.
Ce scénario n’a rien de théorique. Depuis l’enquête européenne sur les véhicules électriques chinois, Pékin a déjà ciblé des produits politiquement sensibles comme le brandy européen — en particulier le cognac français — ainsi que le porc et les produits laitiers. La Commission européenne a elle-même qualifié plusieurs procédures chinoises contre le brandy, le porc et les produits laitiers européens de représailles liées aux tensions commerciales.
Le précédent des véhicules électriques reste central. Le 29 octobre 2024, la Commission européenne a imposé pour cinq ans des droits compensateurs sur les voitures électriques importées de Chine, avec des taux de 17 % pour BYD, 18,8 % pour Geely et 35,3 % pour SAIC, en plus des droits existants.
Une industrie automobile européenne elle-même divisée
Le secteur automobile européen n’est pas homogène. D’un côté, Volkswagen et Stellantis ont plaidé en février 2026 pour un soutien accru aux véhicules électriques produits en Europe, avec des critères d’origine couvrant notamment la R&D, les groupes motopropulseurs électriques, les cellules de batterie et les composants électroniques clés.
De l’autre, les constructeurs allemands haut de gamme restent exposés au marché chinois, même si leurs positions y reculent. Le ralentissement du segment premium en Chine, la montée des marques locales et la concurrence technologique chinoise fragilisent le modèle historique des groupes allemands, qui ont longtemps tiré une part importante de leur croissance du marché chinois.
Cette divergence explique une partie de la prudence européenne. Une confrontation commerciale avec Pékin pourrait bénéficier à certaines filières industrielles, mais pénaliser rapidement les exportateurs les plus dépendants du marché chinois.
Le cœur du débat : souveraineté ou protectionnisme ?
Bruxelles présente l’Industrial Accelerator Act comme un instrument de souveraineté économique. Pékin y voit un protectionnisme ciblé. La frontière entre les deux est précisément l’enjeu politique du texte.
La Commission insiste sur le fait que le « Made in EU » ne fermerait pas le marché européen : les entreprises de pays bénéficiant d’accords commerciaux ou d’un accès réciproque aux marchés publics pourraient être traitées comme équivalentes à des entreprises européennes.
Mais la compatibilité du texte avec les règles de l’OMC pourrait devenir un terrain de conflit. Plusieurs analyses juridiques relèvent que les exigences de contenu local, même lorsqu’elles sont motivées par la sécurité économique ou la résilience industrielle, restent vulnérables à des contestations commerciales si elles sont jugées discriminatoires.
L’Europe peut-elle se réindustrialiser sans affronter la Chine ?
C’est la question centrale. L’Europe veut retrouver une base industrielle dans les batteries, le solaire, les véhicules électriques et les technologies bas carbone. Mais ces filières sont précisément celles où la Chine dispose aujourd’hui de l’avantage d’échelle, du contrôle des chaînes amont et d’un écosystème industriel difficile à reproduire rapidement.
L’Industrial Accelerator Act tente donc de créer une fenêtre de respiration : réserver une partie de la demande publique et des aides à des chaînes de valeur européennes, tout en imposant aux investisseurs étrangers de produire davantage de valeur sur le continent. Mais cette stratégie ne fonctionnera que si elle s’accompagne d’investissements massifs dans la R&D, la formation, l’énergie compétitive, les infrastructures et l’accès aux matières premières critiques.
Sans cela, le « Made in Europe » risquerait de devenir une préférence administrative sans base industrielle suffisante. Avec cela, il pourrait devenir le premier véritable outil de réindustrialisation européenne depuis des décennies.
Un vote encore incertain, un bras de fer déjà engagé
Le texte doit encore être négocié par le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne avant son adoption définitive. Aucun vote final n’est encore acquis.
Les prochaines semaines diront si Bruxelles tient bon face à la pression chinoise ou si l’Industrial Accelerator Act est édulcoré avant même son examen législatif complet. Dans les deux cas, le signal est déjà envoyé : l’Europe ne veut plus seulement réguler la mondialisation, elle veut désormais peser dans la bataille industrielle mondiale.
La Chine l’a compris. Et c’est précisément pour cela qu’elle menace.
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Voir en ligne : UE & Chine
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