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Douglas Kennedy, ou le "king of suspens"



Portrait d’un expatrié passionné et passionnant


mardi 18 septembre 2007
par Ruthie


Révélé il y a une dizaine d’années avec le polar Cul-de-sac, Douglas Kennedy, new yorkais de souche expatrié à Londres, a multiplié les genres et les registres, ayant rédigé divers essais de voyages, puis des polars et romans à suspens, ce après s’être imposé dans le journalisme. Ses romans se dévorent avec volupté et empressement, ce londonien s’affirme en 2007 comme étant l’un des écrivains les plus talentueux de sa génération.

La poursuite du bonheur. Mon déclic, radical. Une vraie conversion. L’histoire de deux chemins croisés, celui d’une femme déboussolée après la mort de sa mère et d’une autre plus âgée qui a vécu le bain de folie de l’après-guerre jusqu’aux années Nixon. Toutes deux réunies par l’amour d’un homme. Un roman bouleversant, passionnant, qui nous transporte dans le New York post 45, dans les 50s…un voyage. A l’époque, je n’étais pas encore familière du « genre Kennedy » ; j’ai alors goûté à tous ses autres écrits, envahie d’angoisse et d’impatience à la lecture de L’homme qui voulait vivre sa vie , ou encore Une relation dangereuse . Des délices de lectures, de celles qu’on ne sent pas passer, qu’on voudrait encore, et encore.

Douglas Kennedy est né en 1955 à New York. Cela se lit d’ailleurs dans ses écrits ; une connaissance parfaite des quartiers de la Grosse Pomme et de ses environs, un franc parler digne d’un yankee de souche, mêlé eu cynisme de l’humour pince-sans-rire si anglais. Car Kennedy vit aujourd’hui à Londres, bien que son cœur soit resté de l’autre côté de l’Atlantique.

Mais ce qui frappe chez cet auteur, c’est son côté éclectique. Il s’est imposé avec un polar, est devenu le maître du roman à suspense à couper le souffle jusqu’aux dernières lignes, mais a également rédigé des essais de voyage, témoignages sur papier de ses expériences à travers l’Amérique. Ainsi, Au pays de Dieu retraçant le voyage qu’il a entrepris au début des années 90, dans le sud des Etats-Unis, curieux de la culture sudiste où la religion tient une grande place, où les églises et sectes se multiplient chaque année. Témoignages, interviews…Douglas Kennedy reprend son job de journaliste, le sien avant de se lancer dans l’écriture pour réaliser un portrait des habitants de cette partie de l’Amérique, non loin du Mexique, où les opinions, les croyances demeurent dans une optique traditionnaliste et conformiste de l’Amérique, tout en gardant un point de vue externe et neutre. Autant les genres de ses œuvres diffèrent, autant ses personnages se distinguent dans chaque histoire. A croire qu’il a vécu plusieurs vies avant d’écrire ; comme s’il pouvait se mettre dans la peau d’un irlandais ayant participé à la libération, d’un acteur de cinéma, d’une vieille dame ayant fait des folies dans sa jeunesse du temps de Mac Carthy, d’une bostonienne exilée à Londres…Un véritable caméléon.

Hormis son côté « multi genre », Kennedy semble lui-même avoir des idées paradoxales. Dans ses histoires, il parle presque inévitablement du mariage, de la vie conjugale, non vécue avec grand plaisir par ses personnages. Ainsi le mariage se transforme souvent en prison dorée, en donjon social ; quoique, dans d’autres œuvres, ses héros vivent la « grande vie », comme les héros de La poursuite du bonheur qui vivent seuls certes, mais dans la Grosse Pomme, multipliant les expériences, les voyages, se mêlant de politique…ce sont des artistes, des bohêmes. Kennedy présente toujours deux modes de vie : celui dont tout le monde rêve finalement, dénué de responsabilité et respirant la liberté puis l’autre qu’on emprunte, quasiment inévitablement en tous. La liberté, mais la solitude, les responsabilités, la vie dure…mais auprès de ceux qu’on aime ?

Bref, Kennedy mêle les points de vue et les générations. C’est un de ces génies curieux de tous les hommes, de tous les modes de vies, dont la plume tient le lecteur en suspens. Son dernier livre paru : La femme du Ve , il emprunte un nouveau décor dans notre chère capitale qu’est Paris. L’histoire nous transportera une fois encore dans cet état d’insomnie nocturne qui nous –en tout cas moi- me fait tant aimer Douglas Kennedy. So, chers lecteurs je vous conseille vivement cet auteur comme fournisseur officiel de livres de chevet et, mister Kennedy, ne cessez pas de faire valser votre plume et d’oser la nouveauté !