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La transparence qui prémunit de la corruption obtient sa loi en Tunisie

Une législation pour déraciner le fléau à l’origine de la chute de Ben Ali

mercredi 18 juillet 2018
par Azouz Benhocine


La dernière loi anti-corruption, votée mardi 17 juillet en Tunisie, institue l’obligation à tous les acteurs du système institutionnel, aussi bien les personnes morales que physiques, de déclarer leurs biens. Dans une dépêche de l’agence TAP, le résultat du vote à l’assemblée a été unanime avec 126 députés pour, deux abstentions et aucune voix contre. La révolution tunisienne de 2011 aurait été vaine, sans cette avancée...

Dans une vaine tentative de se prémunir, avec un projet de texte dit "de la réconciliation économique", en s’arrogeant l’impunité, les désignés comme ayant des richesses mal-acquises, depuis bien des années, ont essuyé le rejet qui a mobilisé la société civile. C’était l’année dernière que les crimes économiques de l’ancien régime en Tunisie, ont perdu devant le soulèvement des critiques.

Depuis le changement de régime de 2011, le fléau, de l’enrichissement illicite, déjà identifié comme motif essentiel de la révolte du jasmin, était la cible d’une abnégation collective qui le croquait à pleines dents dans les interventions du large public tunisien. C’est une préoccupation majeure qui a poussé à la révolution, l’heure est venue de la traiter d’une manière légale et par la justice. Ce qui engendre de mieux appréhender l’avenir.

C’est en 2015 que la grande transparence a été exigée ouvertement par les citoyens. Une autorité constitutionnelle a été mise en place lors d’un processus qui vient de déboucher sur cette dernière promulgation. Il y a 4 années, le pays a mis fin au mandat des islamistes d’Enahdha à l’assemblée nationale qui détournaient les esprits de l’essentiel. Maintenant les appareils de l’Etat sont redressés et peuvent agir selon les aspirations collectives, dont l’écartement de la corruption des rouages.

Le gouvernement qui s’est félicité de ce nouvel outil de protection des biens et deniers publics, dont il a la charge, a saisi l’an dernier les biens et gelé les comptes d’une vingtaine d’hommes d’affaires, lors de leur arrestation pour corruption. Parmi eux figure Chafik Jaraya, qui a contribué au financement de la campagne de Nida Tounès, le parti au pouvoir, lors des élections de 2014.

Aussi bien le président que le reste des responsables comme les ministres, les hauts fonctionnaires, les managers des entreprises du secteur public, les élus, les juges, les chefs des forces de sécurité, les journalistes ou même les syndicats ainsi que les banques, y compris leurs dirigeants pour ces derniers, doivent déclarer leurs biens.

Avec ce texte, les conflits d’intérêt dans le secteur public seront prévenus et détectés, en imposant aux membres de tous les échelons de l’administration de communiquer sur leur patrimoine. Ce qui permet, dès la prise du poste d’activité par l’intéressé, de connaître ses biens et de suivre la provenance et l’évaluation de nouveaux apports. De quoi les contrôler surtout !

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