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La Libye et les bombes humanitaires

Une révolution "Qatarie" dans l’est maghrébin !

mardi 11 juin 2013
par Djamal Benmerad


Dans ce texte, nous allons tenter, succintement, une approche de ce qu’était la Libye avant et après « l’insurrection » d’après un extrait de ce que viennent d’écrire notre amie Mme Benhabyles et M. Christian Bonnet, ex-patron de contre-espionnage français (DST), membres de la mission du Centre international de recherche et d’études sur le terrorisme et d’aide aux victimes du terrorisme (CIRET-AVT1) et du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R2) dans leur compte-rendu de leur mission en en Libye en plein milieu des troubles, texte transmis par notre ami et complice mauritanien Baba Ould Baba.

Par : DJAMAL Benmerad - Journaliste Algérien -

Dernier livre publié : nouvelle biographie du Che.


Voir en ligne : Notre dossier : Libye.

Le niveau de vie moyen du citoyen libyen, avant l’ « insurrection » était, selon les chiffres de l’Onu, plus élevé que celui de certains pays hautement industrialisés comme la France ou la Russie. Par ailleurs, et toujours avant « l’insurrection », le système de santé publique, gratuit, était le meilleur dans le monde arabe, de même que le système de l’éducation, largement ouvert aux femmes. Hôpitaux et dispensaires sont aux normes européennes et les prestations sollicitées de et à l’étranger prises en charge par l’Etat. Ainsi, même dans le contexte douloureux de l’affaire des 475 enfants infectés par le Sida - dite « des infirmières bulgares - le gouvernement libyen avait payé la totalité des frais d’hospitalisation des enfants et les frais de déplacement des familles (voyages à l’étranger, médicaments, etc.). Aujourd’hui, celles-ci disent n’avoir plus les moyens de soigner leurs enfants. Pour le cancer, les traitements étaient gratuits et ne le sont plus.

Avant l’intervention « humanitaire » de l’Otan, la plupart des familles libyennes étaient propriétaires de leur domicile et la plupart possédaient une voiture, ce qui n’est malheureusement pas le cas dans les pays membres de l’Otan.

Traduites en statistiques et résumée, la situation en Libye est la suivante : sous la monarchie, elle était, malgré ses richesses pétrolières, l’un des pays les plus pauvres du monde, avec un revenu par habitant de 6 dollars US par an. Avant les "bombes humanitaires" de l’Otan, elle se classait devant la Russie pour l’indice de développement humain.

En Tunisie et en Egypte, la jeunesse s’est révoltée car, entre autres, elle ne trouvait pas de travail ; la Libye, en revanche, vu la pénurie de main d’œuvre, faisait appel à 3 millions d’immigrés. Signalons, au passage, que ces derniers percevaient, à travail égal, les mêmes salaires que les travailleurs libyens.

Nous pouvons, dès lors, éliminer les raisons socio-économiques comme motifs de l’ « insurrection ».

Le régime est également à l’origine de la nationalisation et du développement de l’industrie pétrolière qui, sous la monarchie, était aux mains des multinationales qui n’y investissaient qu’en fonction de leurs profits.

Kadhafi a également lancé de grands programmes structurants dans les domaines agricole et industrielle jusqu’au gigantesque projet de « Grande rivière * ».

Le pays dispose d’équipements publics et urbains d’excellente qualité, répondant aux normes internationales. Les routes sont bien entretenues et la Libye était en construction permanente ainsi qu’en attestent les nombreux chantiers interrompus » Fin de citation.

Libye, la géographie des villes

Sur le plan international, Kadhafi fut, après Boumediene, le seul dirigeant arabe à n’avoir jamais failli dans le soutien à la cause palestinienne, allant même, selon certaines sources, jusqu’à soutenir certains extrémistes tels le groupe dit « Abou Nidal » qui, soit dit en passant, fit plus de tort que de bien à la cause palestinienne.

Mais tout le monde sait que nul n’a intérêt à se faire ennemi d’Israël Au niveau continental, Kadhafi a permis à l’Afrique de connaître une véritable révolution technologique grâce au financement du premier satellite africain de télécommunications. Cet outil a permis de relier l’ensemble du continent, par téléphone, d’assurer la diffusion des programmes de télévision et de radiodiffusion, ainsi que plusieurs autres applications technologiques dont la télémédecine et l’enseignement à distance ne sont pas les moindres.

Grâce au système de transmission radio WMAX, une connexion à faible coût a été mise à disposition à travers le continent, y compris dans les zones rurales.

Tout a commencé en 1992, lorsque 45 pays africains ont crée Orascom (Organisation régionale africaine de télécommunication) pour que le continent ait son propre satellite afin de réduire les coûts de télécommunication dans le continent. Auparavant, les appels téléphoniques à destination et en provenance d’Afrique étaient les plus chers au monde, car ils transitaient par les satellites de télécommunications européens, essentiellement français, qui facturaient au prix fort.

Après14 ans de tentatives infructueuses des Etats africains auprès de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international, des Etats-Unis et de l’Europe afin d’obtenir un prêt, le dirigeant libyen a pris ce projet à sa charge et a mis 300 millions de dollars pour débloquer le projet. La Banque africaine de développement a ajouté 50 millions et la Banque de développement d’Afrique de l’Ouest 27 millions. C’est ainsi que l’Afrique a obtenu son premier satellite de télécommunications le 27 décembre 2007. Et cela, les opérateurs européens, notamment les opérateurs français, ne le lui ont jamais pardonné, comme on l’imagine aisément. La Chine et la Russie ont alors accepté de partager leur technologie, ce qui a permis de lancer des satellites pour l’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Angola, l’Algérie.

Sur le plan institutionnel, le budget de l’Union africaine (UA) était financé à hauteur de 15 % par la Libye.

En observant ce que Kadhafi a fait pour l’Afrique, on comprend le peu d’empressement de cette organisation à le condamner, à la différence de la Ligue arabe dont les dirigeants, qui subissent ses diatribes les accusant d’avoir abandonné la cause palestinienne, le haïssent.

Libye, image touristique

Au cours de son règne, les largesses du dirigeant libyen se sont étendues de l’Afrique du Sud au Libéria, en passant par Madagascar et les pays de la zone sahélienne. Il a aussi financé nombres de manifestations ludiques comme le Festival du désert au Mali. Dans ce pays, la télévision malienne a été financée en grande partie, dans les années 1980, par la Libye qui, plus récemment, a aussi construit les infrastructures gouvernementales, tout en soutenant discrètement la rébellion touareg, de même qu’il soutient la cause autonomiste touarègue au Niger et en Algérie. Le régime libyen s’est fait, par ailleurs, une spécialité de l’organisation de négociations entre ennemis ou adversaires et du jeu de « bons offices » comme dans la libération de Françoise Claustre (1977) ou celle des otages de l’Ile de Jolo (Philippines) détenus par le groupe islamiste d’Abou Sayyaf en l’an 2000. Ainsi, le régime de Tripoli a-t-il été activement soutenu par ses nombreux débiteurs et par tous ceux qui par le passé ont bénéficié de ses soutiens politiques, financiers et militaires. Une de ses plus belles réussites réside dans son « alliance » avec les Touaregs, maliens notamment, qu’il a activement protégés et financés durant la répression de leurs mouvement par le Mali dans les années 1990. C’est son discours d’Oubari, ville située dans la région du Fezzan, en Libye, qui fonde les relations entre les différents mouvements politico-militaires touaregs et la Libye. L’une des décisions annoncées lors de ce discours fut l’ouverture de camps militaires libyens aux jeunes Touaregs afin de les initier au maniement des armes. Ce soutien à la rébellion touarègue est à l’origine de nombreux différends avec le Mali, le Niger et l’Algérie.

Kadhafi fait de nouveau parler de lui en 2005, lorsqu’il décide d’accorder aux Touaregs maliens et nigériens présents sur son territoire une carte de séjour à durée illimitée. Pus, l’année suivante il appelle l’ensemble des tribus du Sahara à se constituer en une entité commune afin de s’opposer au terrorisme et au trafic de drogue.

C’est la raison pour laquelle des centaines de combattants, ceux-là que les médias occidentaux appellent « mercenaires », sont venus apporter porter assistance à Kadhafi lors de l’intervention de l’Otan, considérant avoir une dette de sang à son égard ». Fin de citation.

L’irrédentisme de l’Est libyen

La Cyrénaïque s’est toujours montrée rétive à accepter la domination de la Tripolitaine et l’autorité du colonel Kadhafi - bien qu’ayant pris une épouse native de cette région - n’y a jamais été acceptée : l’influence de l’ancienne monarchie sénoussie ainsi que celle des islamistes y perdurent et se concrétisent régulièrement par des manifestations.

Benghazi est connu comme un foyer d’extrémisme religieux. La Cyrénaïque a une tradition islamique ancienne, alimentée par l’Arabie saoudite à travers sa « Ligue islamiste mondiale » http://barricades.over-blog.com/article-l-arabie-saoudite-matrice-originelle-du-terrorisme-bientot-depassee-par-le-qatar-98332635.html et, récemment, par son bras armé en Libye, l’International Islamic Relief Organization (IIRO). L’IIRO prend en charge les “volontaires” arabes revenus d’Afghanistan où, généralement, ils sont demeurés à la lisière des collines de Khyber et où ils n’ont pas tiré, ni reçu, une seule balle.

En Cyrénaïque, l’islamisme est beaucoup plus marqué que dans l’ouest du pays : les femmes, intégralement voilées, ne conduisent pas et leur vie sociale est réduite au minimum. Au sein de la population dominent les hommes, abondamment barbus, souvent marqué au front du signe noir de la « piété ».

Enfin, fait souvent méconnu, Benghazi est devenue, au cours des quinze dernières années, l’épicentre de l’émigration clandestine africaine vers l’Europe. Ce trafic humain s’est transformé en une véritable industrie, brassant des milliards de dollars. Un monde parallèle mafieux s’est développé dans la ville où ce trafic emploie des milliers de personnes dans tous les domaines, non sans corrompre la police et les fonctionnaires. Ce n’est que depuis 2010 que le gouvernement libyen, avec l’aide de l’Italie, a réussi à éradiquer ce cancer.

Suite à la disparition de son fonds de commerce et l’arrestation de nombre de ses chefs, la maffia locale a choisit une activité autrement rentable : le financement et le soutien à « l’insurrection » libyenne. De nombreux gangs et membres de la pègre sont connus pour avoir mené des expéditions punitives contre des travailleurs immigrés africains à Benghazi même et dans les banlieues de cette ville. Depuis le début de « l’insurrection », plusieurs centaines de travailleurs immigrés, particulièrement les noirs, Soudanais, Somaliens, Ethiopiens et Erythréens, ont été détroussés et certains assassinés par les milices « rebelles ». Ce fait est, évidemment, soigneusement caché par les médias occidentaux aux ordres de leurs gouvernements respectifs.

C’est justement la Cyrénaïque que choisit le Qatar pour y parachuter, 5.000 membres de ses Forces spéciales qui eurent pour mission d’encadrer et d’instruire militairement les islamistes libyens longtemps avant le début de ce qui fut appelé « l’insurrection libyenne ». Le Qatar a révélé de lui-même cette intervention. Mais pourquoi cet aveu ? Il s’agissait, premièrement, d’affirmer le nouveau statut du Qatar en tant que puissance régionale majeure. Deuxièmement, cet aveu ne risquait pas d’être sanctionné par la « communauté internationale » dont le siège à la Maison blanche.

Notes : *La grande rivière artificielle (en anglais GMR, de Great Manmade River, en arabe النهر الصناعي العظيم) est un projet réalisé en Libye qui consiste à pomper les nappes aquifères situées à grande profondeur (entre 500 et 800 mètres) sous le désert libyen et de répartir cette eau sur le parcours d’une rivière artificielle constituée d’une canalisation souterraine géante qui traverse le pays de part en part du Nord au Sud sur plus de 3000 km. Ce projet, programmé sur 25 ans, et fruit de la volonté de Mouammar Kadhafi, dirigeant de facto de la Libye de 1969 à 2011, absorbe la moitié du budget libyen et est mené avec l’aide de technologies importées de Corée du Nord. Ce serait actuellement le second chantier au niveau mondial par son importance et son coût. La première phase représente 85 millions de m³ d’excavation et a été mise en eau le 28 août 1991. La seconde phase est intervenue en septembre 1996. En Libye, les besoins en eau sont très importants, il est donc indispensable d’exploiter les ressources en eau du pays. (Wikipédia).

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