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Egypte : seconde étape de la révolution



Le front social et le blocage institutionnel isole le président Morsi...


lundi 16 juillet 2012
par Azouz Benhocine


La Grève des quelques 23 000 ouvriers, de la plus grande entreprise de textiles d’Egypte, la société nationale "Misr Spinning and Weaving" (filage et tissage), pour des relèvements des salaires, vient rappeler la seule signification de la révolution. A peine quelques jours après l’installation du nouveau président, cet arrêt de travail, dans le secteur public productif, vient rappeler que les luttes sociales sont au cœur de l’occupation révolutionnaire de la place Tahrir en 2011.

C’est aussi de cette entreprise, située à Mahalla dans le delta du Nil, que la contestation du despote Moubarak a puisé ses grandes troupes et a provoqué sa chute le 11 février. Elle a déjà connu en 2008 (le 6 avril) des manifestations qui ont déclenché une vague de grèves à travers le pays, considérée par beaucoup comme le catalyseur de toutes les revendications sociales du pays.

Les forces de sécurité avaient alors lancé une vague de violences contre les grévistes. Ils étaient 30 000 travailleurs du textile mobilisés lors d’une grève, tuant plusieurs manifestants et blessant des centaines. Comme ils sont les principaux animateurs de la nouvelle coordination syndicale du pays, la Fédération Égyptienne des Syndicats Indépendants.

Même si peu de médiatisation est réservée à la gauche égyptienne, à l’instar d’ailleurs des gauches de l’ensemble du monde arabe, il est connu que la gente féminine égyptienne est assez présente chez les communistes et les mouvements syndicaux.

Et c’est en partie au personnel de cette usine, majoritairement des femmes comme aussi des milieux universitaires, que revient ce phénomène et particularité de la forte présence des militantes. Nombreuses d’Égyptiennes se sont investies dans ce que l’on a nommé en Égypte « le second mouvement » communiste, du milieu des années 1930 au milieu des années 1960.

L’Egypte compte parmi les pays qui ont une classe ouvrière massive, potentiellement capable de déstabiliser les régimes en place. Les révolutionnaires de gauche, très présents au sein du mouvement ouvrier, sont perçus en alliance avec les militaires pour combattre l’obscurantisme ces dernières années.

Comme ils sont accusés, ce qui ne peut d’ailleurs pas être démenti, d’avoir abandonné toute critique contre l’impérialisme et les réformes économiques. Ces deux réalités ont grandement coupé la gauche égyptienne du peuple, même si massivement leurs thèses sont suivies.

Ce deuxième grand évènement de ce qui est le « Printemps Arabe » (notre dossier) a la différence par rapport à la Tunisie, où le fondement des libertés républicaines, d’être profondément orienté sur les « manifestations du pain ». 7000, des 23000 personnes grévistes, de cette usine organise un sit-in permanent, réclamant une hausse des salaires de base, le renvoi de responsables corrompus et l’amélioration des conditions dans l’hôpital rattaché à l’entreprise.

Les principales valeurs du mouvement révolutionnaire arabe qui mène Bashar Al-Assad à sa chute inéluctable, sont d’abord sociales.

Même si l’incidence sur le fonctionnement démocratique des institutions politiques de l’Etat reste plus visible, comme opinion, nonobstant le retour aux actions sociales des plus démunis et des classes moyennes disputera, sinon présidera, les pouvoirs et l’avenir. Ainsi que la distribution, primordiale en démocratie, des centres névralgiques sources des décisions principales dont les législations.

Depuis le soulèvement du début 2011, les revendications politiques ne se sont pas passées de celles de la sphère sociale et économique. Il ressort aussi que les grèves, ces derniers mois, laissent place au débat habité par l’élection présidentielle, ainsi que celui de l’illégitimité constitutionnelle du parlement. Mais l’espoir d’obtenir des augmentations et une amélioration de leurs conditions de travail, alimentent souvent des arrêts de travail signalés de temps à autre.

Des manifestations, à caractère sociales qui n’ont pas l’ampleur d’un enjeu national, se tiennent presque semaine devant le palais présidentiel au Caire, depuis l’élection de Mohamed Morsi, membre des Frères musulmans, elles sont incessantes. Nombre de ces rassemblements portent sur les questions du chômage et des salaires.