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L’après-Kadhafi incertain, ou sur un plateau d’argent pour les islamistes.

Aucun concurrent idéologique lié aux masses n’est là pour s’opposer aux islamistes présents dans l’anti-Kadhafi.

vendredi 21 octobre 2011
par Azouz Benhocine


Kadhafi assassiné sans jugement augure que les affaires vont se chauffer. Les circonstances de cette mort, du 3ème despote quittant le pouvoir dans le monde arabe depuis le début de l’année 2011, sont un signe des pratiques dont font usage des inconnus devenus héros. Ce lynchage de Kadhafi et les conditions de sa capture, donnent le tournis sur l’avenir. Nonobstant une ultime bataille du printemps arabe est clôturée...

Voir en ligne : NOTRE DOSSIER Lybien

La question de savoir : comment le CNT accueille les éléments de l’ancien régime ? ... dans la transition pour suivre le pays vers un nouvel ordre, est déterminante dans la stabilité.

Contrairement à la Tunisie et à l’Egypte où les institutions peuvent assurer des transitions que se disputeront des partis politiques et des sociétés civiles assez élevées, les affaires en Lybie sont plus incertaines. La fragilité des ressources humaines du CNT montrent des faits qui sont dangereux pour la stabilité. La mort est devenue un jeu d’enfants, avec l’ingérence étrangère. Si G. W. Bush a fait de la torture pour les occidentaux une banalité, en la légalisant par des législations, avec Obama l’assassinat, comme pour Ben Laden, est une règle sans procès !

Au bout de 42ans, le despote n’a pas pensé à sortir sur les pointes des pieds, mais a projeté une dynastique relève au pouvoir qu’il a squatté selon la poigne d’une démentielle dictature. Sa démence le faisait rêver de grandeur, comme des armes de destruction massive, alors qu’il gérait des institutions incapables de réparer une bicyclette.

Ces faiblesses, de la transition chaotique, sont apparues dans les combats de Syrte et Bani Walid et même à Tripoli, où la résistance des partisans de l’ancien dictateur a été forte. Les populations de ces régions voient du CNT des renégats au service des pays occidentaux, qui ne préoccupent pas des richesses du pays, tandis que ces dernières ont été toujours convoitées.

Les puissances occidentales et arabes qui ont reconnu la légitimité du CNT, comme outil de traque du chef déchu et de direction de la poursuite du démantèlement de son régime, mènent en réalité une course, sans montrer de déchirements, pour s’accaparer plus d’influence dans l’avenir du pays.

Ils savent que ce CNT est encore loin d’avoir créer la confiance de la population qui l’aide à faire transiter, dans la paix, un pays fondé sur le tribalisme et le régionalisme. Mais surtout l’apparition d’un islamisme plus exprimé qu’en Tunisie et même en Egypte, dans un vide idéologique, trouve un humus pour s’implanter. Dans ces pays voisins, il s’avère finalement plus difficile aux intégristes religieux de s’accaparer le fruit essentiel des révolutions : la démocratie.

Le CNT a promis, dès le début du mois d’octobre avec la chute de Tripoli alors que les combats battaient leur plein, qu’il ne prendrait pas part à des élections. Tout en donnant un gage capital, celui de tenir ces premiers votes qui installeront de nouvelles institutions dans les huit mois. L’horloge électorale est désormais est au retardement, dans un fort climat de confrontation entre les factions qui se sont croisées au sein de cet appareil ponctuel...

... Le CNT a promis de créer, dans les 30 jours qui suivront la fin de Kadhafi selon les dires de son leader Mahmoud Abdeljalil, un gouvernement provisoire. Dès lors sont apparus les clivages entre les factions liguées, selon le consensus conforme à la conjoncture, pour venir à bout de l’ancien régime. Et comme nouveaux acteurs politiques, ces dirigeants du CNT avaient le système népotique qu’ils ont partagé avec Kadhafi par le passé. En rejoignant les rebelles, ils ont sauvé leurs têtes et ont refusé, en quelque sorte les massacres du passage à l’acte de Kadhafi. "Tuer des rats" : disait feu Mouamar !

Tandis que les combattants de terrain qui ont des ancrages dans les régions : Benghazi, ceux qui ont assiégé et entré à Tripoli, ceux de Mizrata et finalement les derniers qui ont achevé l’ancien despote donnent du ton pour être partie prenante du nouveau pouvoir. Ces groupes croient qu’ils ont été exclus de la prise de nombreuses décisions pendant la guerre menée contre les récalcitrants et leur chef inassouvi, Kadhafi, de 42 années de pouvoir absolu. Ils disent ouvertement qu’ils sont dirigés : « … par une alliance de technocrates soutenu par l’Occident et les fonctionnaires de l’ancien régime… » Parmi ceux entendus dans le vacarme de guerre, Ali al-Sallabi, un dignitaire islamiste qui s’est allié aux rebelles de Tripoli. C’est lui qui a répété plusieurs fois ces propos. Tandis que le chef Abdel Hakim Belhadj membre du Conseil Militaire, un autre islamiste livré par les occidentaux suite à son arrestation en Afghanistan, a ouvertement condamné Mahmoud Jibril et a exigé sa démission.

La Lybie n’a aucune tradition en matière de dialogue politique. Aucun semblant de vie partisane n’a pu bourgeonner par le passé. Même de la manière clandestine cloisonnée qu’on connait dans les pays où l’expression, en dehors de celle de la dictature, est interdite, aucune expérience ne peut venir étayer que la transition va être sur du velours. Pratiquement les règles de droit social ou pour l’exercice de leviers démocratiques, comme les législation pour la la presse sont ignorées, et peu de références crédibles pourront être l’inspiration.

Dans l’interview publiée par le TEMPS, le 19 octobre, le Premier ministre par intérim Mahmoud Jibril a dit qu’il « envisageait de démissionner ». Citant la lutte de pouvoir qui a émergé comme raison de déchirements. « Nous avons engagé une lutte politique sans frontières », le technocrate formé à l’occidentale connu dans le pays et n’ayant aucune base évidente au sein de la population. « La lutte politique nécessite des finances, de l’organisation, les bras et les idéologies. Je crains ne pas avoir tout cela. »

Les islamistes qui gangrènent les scènes politiques du monde arabe et ont en main le pouvoir en Turquie, ont un avantage naturel sur de nombreux autres groupes de rebelles en Lybie. Ils ont pris largement part à la lutte contre Kadhafi, gagnant une place à leur vision politique. On en parle, chez les experts, dans le cas de la Libye d’une démocratie islamique modérée et en bons termes amicaux avec l’Occident.

En tous cas, la mort de Kadhafi rappelle qu’aucun concurrent idéologique pouvant faire appel aux masses n’est là, pour s’opposer à cette option.