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Lettre à Léon Ouaknine...



Débat de laïcité, à l’heure de celui de l’identité !


mardi 15 décembre 2009
par Hakim Arabdiou


L’article concerné par cette missive sur CCIEC. "Collectif Citoyen pour l’Egalité et la Laïcité"

Cher Monsieur Léon Ouaknine,

Je partage totalement votre souci sur le nécessaire respect de la laïcité dans la sphère publique. Je me permets cependant d’attirer votre attention...

Il s’agit d’aspects contre lequel nous nous battons en France, contre l’extrême droite et contre certains laïques xénophobes, à cause (en partie) de leur confusion entre islam, islamisme et musulmans. Faisons ainsi le jeu des islamistes.


Voir en ligne : L’article concerné par cette missive sur CCIEC. "Collectif Citoyen pour l’Egalité et la Laïcité"

Cher Monsieur Léon Ouaknine,

Je partage totalement votre souci sur le nécessaire respect de la laïcité dans la sphère publique. Je me permets cependant d’attirer votre attention sur deux aspects dans votre texte, (Dans le respect de la laïcité des institutions publiques), publié récemment par le bulletin du Collectif citoyen pour l’Égalité et la laïcité. Il s’agit d’aspects contre lequel nous nous battons en France, contre l’extrême droite et contre certains laïques xénophobes, à cause (en partie) de leur confusion entre islam, islamisme et musulmans. Faisons ainsi le jeu des islamistes.

C’est ainsi que dans votre article, vous dédouanez dans une grande mesure les islamistes concernant les « accommodements » des lois modernes canadiennes (et pas seulement au Canada) à l’islam, en concentrant vos critiques sur l’islam, ainsi qu’explicitement et implicitement sur les musulmans. Or l’immense majorité des revendications «  musulmanes » en Occident sont le fait des islamistes, que vous éprouvez une certaine pudeur à nommer, et d’une infime minorité de familles musulmanes sous leur influence.

Vous confortez de cette manière et à votre insu le noyau de la propagande des islamistes, depuis leur création en 1927, à Ismaïlya, en Égypte. Pour mieux mystifier les musulmans et les Occidentaux, ils se présentent comme des musulmans (et donc de pacifiques croyants), et présentent leur programme politique, comme l’islam, alors que ce sont des militants politiques comprenant divers courants : droite conservatrice, extrême droite et fasciste. Leur programme politique est l’instauration d’une société capitaliste. Leur interprétation réactionnaire de l’islam constitue leur instrument de propagande et d’endoctrinement, et aussi leur mode de régulation de la vie sociale à la place du politique.

Le leader intégriste suisse, Tariq Ramadan, n’intervient pas, comme vous le pensez, en intellectuel musulman ou en musulman, mais en militant politique.

Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que l’imam libéral de Marseille, Soheir Bencheikh, a déclaré qu’il n’a jamais vu le Coran marché dans la rue. Il veut dire par là que l’islam s’applique selon des interprétations. Pas plus d’ailleurs que l’universel, qui n’est qu’une abstraction, et qui ne s’exprime qu’à travers le particulier. Aussi, la prédominance d’une interprétation d’une religion au détriment d’autre est le résultat – provisoire- d’un rapport des forces, historiquement déterminé.

Je suis également fort surpris que vous vous posez la question de savoir, si l’islam est compatible avec la laïcité. Et vous répondez de surcroît par la négation. La preuve selon vous : les Chinois en Occident ne posent pas de problème à la laïcité. Vous avez une vision essentialiste, non scientifique, de l’islam et pire (et à mots couverts) des musulmans ; une vision qui nourrit parfois le discours des tenants du clash des civilisations et des xénophobes de tout poils. Ainsi, à vous croire, l’islam serait une religion spéciale, contrairement au christianisme et au judaïsme.

Cela ne signifie pas que nous ne nous battons pas contre l’islam, en tant qu’idéologie. Bien au contraire ! Pour nous laïques, en particulier ceux des pays musulmans ou issus de ces pays, ce combat prend trois dimensions distinctes, mais convergentes, pour faire passer nos sociétés du stade pré-politique au stade politique. Autrement dit, leur modernité politique et sociale, ainsi que leur sécularisation.

Notre premier objectif est d’isoler les islamistes des musulmans, pour pouvoir mieux les combattre. Il est pour cela important de distinguer entre islam et islamisme, afin de trier ce qui fait partie de la liberté de culte, à condition qu’il ne soit pas incompatible avec le principe de respect de l’ordre public et des valeurs humaines universelles, et ce qui relève du politique, véhiculé par les islamistes, sous couvert de religion. Cette distinction nous permet de ne pas nous tromper de cible prioritaire.

Cet objectif passe aussi par le droit à la liberté de culte des musulmans, conformément la lutte contre les discriminations et la musulmanophobie en Occident, qui favorisent la mentalité victimaire, le repli sur soi et le communautarisme, terreau prospère des islamistes.

La deuxième dimension, c’est favoriser une interprétation moderne de l’islam des théologiens et des intellectuels musulmans libéraux, contre l’interprétation réactionnaire ou conservatrice de l’islam des islamistes. Cela consiste à rendre inapplicable les dimensions misogyne et attentatoire aux valeurs humaines universelles et aux droits de l’Homme de cette religion, qui existe aussi dans les autres religions.

La troisième dimension, c’est la sécularisation (en marche) ou déconfessionnalisation et l’ accès à la modernité des sociétés musulmanes et des communautés musulmanes d’Occident.

Ces deux derniers processus sont appelé à s’accélérer dans les toutes prochaines décennies, grâce principalement au développement considérable des nouvelles technologies de l’information, et bien évidemment des luttes des forces laïques, féministes, libéral… des sociétés musulmanes et des communautés de cette confession en Occident.

C’est ce processus inéluctable, et bien plus rapide qu’en Occident, que la fraction intelligente des intégristes musulmanes tente désespérément d’enrayer. C’est pourquoi, ils sont obligés d’accepter une certaine modernisation de leur société pour faire fructifier leurs capitaux et pour ne pas être selon eux dominé par l’Occident judéo-chrétien, mais sans modernité. C’est ce qu’ils appellent pudiquement l’islamisation de la modernité.

Laïquement vôtre

Hakim Arabdiou

L’article concerné par cette missive sur CCIEC. "Collectif Citoyen pour l’Egalité et la Laïcité"