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El-Mokrani, l’insurrection de 1871 en Algérie.



Il 140 ans, les 2/3 du territoire algérien s’enflammait d’une révolte des colonisés assujettis aux spoliations.


samedi 3 avril 2010
par N.E. Tatem


Ecrire l’histoire revient aux historiens. Cependant en parler, pour ceux qui ont l’occasion parmi les journalistes, les enseignants et les conférenciers, apporte un enrichissement certain. Chacun y va de sa contribution, animés tous de disserter pour donner des clés à la connaissance…

Avant-propos : une conduite de construction identitaire dans l’écriture de la mémoire.

Article de N.E. Tatem sur Alger-Républicain 1992 - 1ère partie

(¤*¤)Article de N.E. Tatem sur Alger-Républicain (1992) sur El-Mokrani. 1ère partie

C’est en étant suggestif de critique et surtout relayer les développements que chercheurs et autres investigateurs découvrent, en de nouveaux éléments et fraîcheur de lecture à propos du sujet qui les intéresse, que ce passé devient outil constructeur de l’identité individuelle et collective. Bien sûr si la personnalité d’un peuple est perfectible. Ce n’est pas le cas de l’Algérie du fait de la prépondérance du fait religieux, d’ailleurs plus asphyxiant que vraiment basé sur des valeurs. La violence des années 90 et celle que subissent des catégories comme les femmes et les citoyens désirant un rapprochement privé avec leur dieu, a laissé de profonde séquelles en matière d’ignorance aussi bien de la religion que de la mémoire collective.

Sinon pourquoi sont édités de nouveaux ouvrages, ou bien réalisées de nouvelles œuvres comme les films, concernant aussi bien des biographies de personnages que de nouvelles approches des gestes historiques ? Si ce n’est pas pour apparenter le renouvellement des perceptions identitaires de l’individu.

Article de N.E. Tatem sur Alger-Républicain 1992 - 2ème partie

(¤*¤)Article de N.E. Tatem sur Alger-Républicain (1992) sur El-Mokrani. 2ème partie

Un article de presse est simplement une escale comme une analyse. Et peut être aussi un plan correctif de l’écriture, aussi savante qu’elle puisse être, ayant pour thématique la mémoire. L’Histoire est commune, qu’on l’en parle tous : peuple, raconteurs d’histoires et militants de la culture. Telle est l’idée que je me suis toujours fixée d’exprimer en me penchant sur quelques sujets d’histoire.

Ce qui agace aussi bien les interprétations qui divergent des miennes, que les traitements qui refusent d’être contredits ou aisément observées, c’est bien que quelqu’un offre simplement de nouvelles pistes. Et s’il a une meilleure étude, souvent de plaisants débats sont ouverts mais des fois ce sont des bien mécontentements qui se produisent.

L’insurrection de 1871 en Algérie contre l’expansion colonialiste française qu’a mené le Bachagha El-Hadj Mohamed El-Mokrani est représentative des sujets qui ouvrent grandes les portes de (et à) l’investigation. Tant par la rareté des données que par le manque de réactivité des autorités algériennes pour créer et alimenter des sources et autres voies de recherche. Et pour tous les sujets, le système de gouvernance algérien n’a fait depuis la couverture de la souveraineté nationale, que multiplier les glorifications et avec une affligeante indigence en matière de critique et d’édification identitaire.

El-Mokrani, sa biographie et son acte historique, est encore celui qui peut faire l’objet d’études et de prospections. En effet une certaine méconnaissance entoure la rébellion qu’il a générée, sans pour cela l’avoir pleinement conduite malgré sa propagation sur les 2/3 du territoire algérien colonisé et ça selon reconnaissance des officier de l’occupant. C’est-à-dire, il était loin d’avoir vraiment dresser une stratégie ou bien composer avec toutes les séditions que la sienne a engendrées. Il n’était pas en mesure de créer une réelle coordination entre ceux qui, ayant entendu de sa révolte, se sont soulevés. Nombreux chefs ont tenté de réveiller au niveau de leur région un soulèvement populaire pour généraliser la plus rayonnante, en apportant au combat d’El-Mokrani la caractéristique principale de vouloir libérer le pays.

Le fatras du protectorat ottoman : le refoulement de la renaissance européenne, à cause des incessantes croisades et ce qui est aussi à l’origine de l’ignorance de la révolution industrielle.

Dès 1830 plusieurs défaveurs injustes ont été décidées et appliquées, par la colonisation, au peuple algérien. Qui déjà avait vécu des siècles de léthargie qui l’ont écarté des civilisations en mesure de le faire évoluer. Il avait vécu le protectorat turc qui n’a pas été reluisant de bienveillances à plus d’un titre.

Si les ottomans ont épargné aux algériens l’arrivée de leur peuplement et les invasions répétitives, en tentatives d’occupation, des croisades occidentales. Ils ont de cela, et par contre, fait de leurs protégés, une contrée isolée de la révolution industrielle et eux-mêmes n’en savaient rien de ce qui se développait en Europe. Cette assistance de défense des algériens était tenue contre une rétribution payable rubis sur ongles à l’empire de Constantinople. Aussi bien des richesses (or, blé, bétails, bois…) que des troupes en cas de conflits (mobilisation d’algériens dont le bataillon des « koulouglis » composé de jeunes hommes orphelins et d’engagés) étaient transférés en contrepartie de la sauvegarde des menaces le plus souvent espagnoles.

L’administration locale nécessaire à ce protectionnisme se limitait à la désignation parmi les algériens de subordonnés, aux deys, beys, aghas et pachas venant du siège de l’empire. Les protecteurs ont ménagé leurs efforts pour séculariser un système humain (social) ou économique de développement, aucun projet d’évolution n’était pensé. Cependant ils étaient intransigeants pour prélever leur dû du protectorat.

A Bordj-Bou-Arreridj ils ont construit, à partir de pierrailles directement prises de vestiges romains, le château encore debout mini_080820113744109712398827.jpg et qui accueille actuellement le musée. Le seul but de cet édifice est d’abriter leurs janissaires qui étaient chargés de prendre des impôts de la population défendue de la « désislamisation » menaçant par les incessantes croisades.

Les Mokrani, de père en fils, avaient hérité cependant les statuts administratifs de Bech-agha, de Caïd et de Khalifa, subalternes aux décideurs suprêmes venant de Turquie. A l’invasion de l’armée colonialiste, les membres de la famille avaient été maintenus à leurs grades. Le père du Bech-agha Mohamed, El-Khalifa Ahmed El-Mokrani avait assisté à l’allégeance faite à l’Emir Abdelkader (reconnaissance de ce dernier en Emir des croyants), et s’est soumis aux accords de la Tafna (1847) signés par l’Emir.

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Le fortin, siège des janissaire ottomans à Bordj-Bou-Arreridj, où des caves servaient au stockage des richesses prélevées au niveau de la population et qui constituaient la rétribution, de la région bordjienne, du protectorat des turcs contre les croisades surtout espagnoles.

Les turcs ont gouverné d’une manière centralisée selon le régime politique, économique, social et culturel de la « Chariaâ ». Modèle pour lequel nos intégristes du « Fascislamisme », des années sombres, comptaient faire reculer l’Algérie et dont la sauvagerie s’est déchaînée pendant les années 90 et reste encore un réel danger. Cet archétype de société était un désastre de misère, d’obscurantisme, d’inégalité et d’arriération et à leur chute en 1830, les algériens étaient non seulement arriérés mais aussi incapables de se défendre contre l’occupation.

Effectivement les turcs avaient compris, lors de leur règne, que l’agriculture algérienne recelait un formidable potentiel foncier. Qui est parmi les premiers de l’humanité à avoir permis l’exploitation des sols. Quand les ancêtres des terriens commençaient à ne plus être contentés par la chasse et la cueillette, les terres algériennes étaient de prédilection à la sélection des espèces végétales et à la domestication des animaux, l’exploitation agricole dont on ne peut jamais fixer ses balbutiements du fait qu’à chaque on recule par millénaire entier en sachant à chaque du nouveau du rapport des habitants de l’Algérie à la terre.

Faut-il rappeler qu’Ikos, les ossements du premier cheval découverts à ce jour sur Terre, a été déterré sous pas moins d’une dizaine de mètres sous l’actuelle Alger. D’où l’ancienne appellation « Ikosium » ou « Icosium » rencontrée sur nombreux vestiges et pierrailles, désignant cette cité. A propos du cheval aussi, Mastanabal qui est le fils de Massinissa et le père de Jughurta, était un chamion olympique de l’empire romain. Il a été consacré aux jeux Pan-Athénéens organisés périodiquement à Athènes dès le début du mois de Mars (168 ou 164 avant J.C, la date n’est pas bien précise). Les élevages et les cultures ont une pratique ancienne.

Durant les 3 à 4 siècles les protecteurs n’ont pas imposé ou reproduit un modèle définit, c’est-à-dire pensé. Seul le livre d’Allah était à la fois constitution et code pénal. Mais ils réprimaient les récalcitrants qui se mettaient sur leur chemin. Les Mokrani ancêtres du Bachagha se sont, mis bien des fois bien en alliance avec les turcs, et à plusieurs reprises se sont rebellés. Une histoire de viol d’une femme Aïchouch (voir document en PDF sur lien suivant Insurrection_1871a.pdf) par des janissaires à la suite d’une descente punitive de l’un des Beys de Constantine, figure dans les annales de la saga multiséculaire des Mokrani de Bordj-Bou-Arreridj.

Les turcs cependant n’ont pas été jusqu’à prendre des terres aux autochtones, mais ils ont bénéficié de propriété au niveau de certains centres urbains. Ces propriétés ont été même leurs réalisations, avec des fertilisations et des mises en valeur des sols. Notamment la création de la Mitidja, elle est l’œuvre des ottomans.

A suivre...

Pour la suite

- Prochain document avec la suite de cette commémoration des 140 ans de l’insurrection d’El-Mokrani, l’analyse de 1971 (Double commémoration El-Mokrani et Commune de Paris) fournie lors du bicentenaire de la déclaration de 1871, de la commune de Paris... La même année El-Mokrani se révolte.

Le document qui vous est proposé avec cet article le suivant : Insurrection_1871a.pdf

(¤*¤) Les illustrations de cet article, publié lors du 25ème anniversaire de la création du PAGS (Parti de l’Avant-Garde Socialiste), m’ont été remises en photos par feu Docteur Abbès Mokrani. Il s’agit de tableaux de peinture réalisés et peints par feu Si Abdelkader Kirèche, artiste et ancien magistrat au tribunal de Bordj-Bou-Arréridj.