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Charlie-Hebdo, un repère dans la morale politique algérienne



Après avoir embarrassé, Mokrane Ait Larbi précise le droit à la libre expression


lundi 26 janvier 2015
par Damien Djamel Bouch’Raf


Heureusement, parce qu’il a vraiment déçu. C’était invraisemblable que le plus rationnel et audacieux de la classe politique algérienne en soit l’auteur de ce qui lui a été attribué, par le quotidien d’informations "LIBERTE". Monsieur Mokrane Aït Larbi a écrit une mise au point qui rectifie grandement le grand fracas de sa sortie, de criminaliser (punissable par une loi) la caricature, parmi les atteintes aux prophètes et (ou) aux religions.

Voir en ligne : Notre dossier : Algérie

NOUS vous présentons la première version, ainsi que la seconde, de l’opinion de cette éminence du barreau et des personnalités politiques, ayant gardé une ligne de démocrate conséquent, rarement impliqué dans les aventures et les démarches politiques inabouties que vit à ce jour l’Algérie.

- L’étonnant : "Il faut criminaliser l’atteinte aux religions et aux prophètes”

- La mise au point

L’attentat qui a visé le journal satirique français "Charlie-Hebdo" a créé moult remous et réactions en Algérie, bien sûr parce que des ressortissants ou descendants de l’émigration en sont à la fois parmi les criminels et les victimes.

Nombreuses personnalités algériennes ont exprimé chacun, selon sa chapelle, l’interprétation de cette horreur terroriste qui a frappé au cœur de la capitale de l’ancienne métropole coloniale, parce qu’aussi une forte communauté algérienne vit en France.

Par ailleurs, seuls les journalistes francophones ont remémoré les années où les membres de la corporation se faisaient abattre en priorité, mais aussi avec d’autres cadres et élites du pays. Par contre auprès des médias d’expression en langue arabe, nombreux ont directement versé dans la théorie du complot.

C’est dans les réseaux, particulièrement Facebook, que cette distinction, entre francophones et arabophones, s’est pleinement déchiffrée au sein du débat qui a suivi l’affaire Charlie-Hebdo. Et quand le premier article du journal Liberté (qui est le plus vendu pour la presse francophone algérienne) a rapporté qu’Aït-Larbi Mokrane était pour «  la criminalisation l’atteinte aux religions et aux prophètes  », un choc a traversé les observateurs locaux, ainsi que la classe politique engagée dans le combat démocratique qui attend toujours ses meilleurs jours.

Reprenant encore une fois la parole, l’homme qui claqua les portes du RCD et du Sénat, pour être en phase avec ses convictions et les aspirations des catégories de citoyens qui partagent la pertinence d’une démocratie réelle, il a rectifié. Il précise : « La critique des religions, toutes les religions, est légitime et relève de la liberté d’expression. L’incitation à la haine contre ceux qui les pratiquent est une discrimination qui peut engendrer des violences et des conflits ; elle relève de la loi pénale. »

Mokrane Ait Larbi est un avocat et homme politique algérien, originaire du village Ait Si Amara dans la commune de Aït Yahia, en Kabylie. Excellent orateur en langue arabe classique, ce qui est très utile pour atteindre en profondeur les perceptions de la société algérienne. Il est l’une des rares personnalités à inspirer une vision unitaire, dans un projet laïc. C’est pourquoi, la première intervention a résonné comme une fausse note et une idée contraire à ce qu’on lui connaît.

Dans son parcours, il est l’un des membres fondateurs du Rassemblement pour la culture et la démocratie "RCD". Il était d’emblée, au lancement cette organisation post-monolithisme qui a défendu un projet libéral, mais bien ancrée dans le camp démocratique algérien, numéro deux de ce parti duquel il a démissionné en 1991.

Il a occupé les fonctions de sénateur nommé par le président (en 1999) Liamine Zéroual, une autre personnalité algérienne encore présentant une certaine rigueur quant aux souffrances sociales et la panne politique qui sont les grands défauts dont souffre toujours l’Algérie, au titre du tiers présidentiel.

Il démissionnera également de ce poste, trois ans plus tard en raison selon lui de l’inutilité du poste de sénateur, payé à ne rien faire, en remboursant son traitement de sénateur. Ce qui est inimaginable dans un pays, où les élus comme les députés réclament davantage de hausse de salaires, alors que ces dernietrs sont doublés multipliés par trois.

Nommé aussi par Bouteflika, il démissionna en croisant la pire gueule du système d’exclusion de l’ancien parti unique, un certain Mohamed-Cherif Messaâdia précurseur de la surveillance idéologique des Algériens, l’homme mettait en relation la sécurité militaire et le contrôle du parti unique.

Il dénonça, aussi et surtout, le silence du Conseil de la Nation (Sénat) par rapport aux événements du Printemps noir, qui est un fait criminel commis par les services de sûreté, contre une manifestation de jeunes berbéristes. Cette dernière, selon un bilan officiel des ONG locales, a subi la répression par l’armée algérienne, entre avril 2001 et avril 2002. Le nombre de morts parmi les manifestants s’élève à 1262 et le nombre de blessés à plus de 5000...

Consulter le rapport de l’International Crisis Group, publié en 2003, à propos des événements du PRINTEMPS NOIR. ICI

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