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Colère des flics algériens et interdiction de manifester...



Les avatars de cruauté d’Ennahar hostiles à la société civile.


lundi 20 octobre 2014
par Azouz Benhocine


Les Algériens avides de concrétiser la mutation démocratique, liée aux libertés républicaines modernes continuent de soulever le fardeau d’une société bluffée par le manque de discernement. Interfèrent, pour perdurer le système qui a gouverné depuis l’indépendance, des aléas qui imposent une conformité à un nationalisme à la limite du fascisme et trop corrompu pour assumer sa responsabilité des retards qui s’accumulent... Continue donc la situation paradoxale d’une identité traditionnelle (islamisme ou nationaliste) obstruant le passage à une démocratie synergique pour l’émergence.

Les opposants algériens de Barakat, qui sont désormais un exemple, ont sondé la classe politique. Vite, ils ont été vitrifiés du règne incapable d’aller au-delà où il y est. Dans le mouvement né à la veille du 4ème mandat et dont la composante a déjà bougé en 2011, en plein le 3ème, usurpé par une falsification de la constitution, alors que le Printemps Arabe explosa à la face des tyrannies, une polémique a repoussé ou obstrué l’élan, repris dernièrement en avril 2014.

La main de l’OTAN, assez active dans les soubresauts insurrectionnelles des nations, a trouvé un large écho en Algérie. Puisque l’épopée du printemps, commencée en Tunisie voisine, a viré à la haine et à la cruauté que le pays connaissait comme nulle part dans le Monde. Il est admis que l’Algérie subit le double contexte arabe et africain, elle subsiste dans un chaos régional, grâce à son armée qui a traversé la vindicte de junte et de généraux mafieux...

Le rapport de Barakat à l’appareil répressif des policiers, qui ont eu des promesses de nouveaux droits sociaux après leur grève, traduit la gêne d’une jonction contre-nature. À l’opposition aphasique et impuissante, Barakat découvre l’autre gêne islamiste et commanditaire du terroriste, dont des ex-chefs du FIS dissout. Dans la dernière alliance épousant de partis et de personnalités opposants, l’incohérence est frappante...

Mais le droit de manifester librement en Algérie vient de connaitre un tournant décisif, avec la colère des flics. Alors, s’est posée la question du lieu où peuvent s’organiser les modestes protestations que le pouvoir, relayé par ses pervers relais, empêche et interdit. Les embryons de la société civile algérienne, comme les victimes du terrorisme, qui tentent de s’organiser ne trouvent pas lieu où s’exprimer, sans se faire tabasser. Barakat l’a vécu...

En Algérie la chaîne-TV ENNAHAR a comparé la protestation, pour les conditions de travail des agents de police relevant de l’URS, le service justement chargé de contenir par la répression, de celle des troublions semant l’anarchie. Ce canal arabophone qui alimente les thèmes essentiels de la propagande réactionnaire a comparé la mutinerie des policiers à celles des milices libyennes. La force chargée de la protection du citoyen sort ses gangs. Après la main étrangère, c’est la cruauté tardive de la Libye qui fait nouvelle recette. Quant au Daesh en Kabylie, il reste un nouveau spectre de la conspiration étrangère...

Une équipe de la chaîne-TV ennahar a été prise à partie, d’emblée au commencement de la révolte des tenues bleues, les nouveaux marcheurs tentés par le soulèvement. Ces derniers avaient idée du traitement rétrograde qui leur est réservé par une langue, un style, une culture, une presse, des journalistes travaillant pour le maintien du cap sous les commandes de Bouteflika. C’est là qu’ils s’adressaient, ébranlant l’interdit...

Afin de faire redouter à la population offusquée par les affres irakiens, maliens, syriens... Des effets du printemps arabe et de toute action aspirant à une nouvelle démocratie, Ennahar est le principal média à accuser, de moult avatars hostiles au pays et aux Algériens, tous les manifestants jugés contre le président. Ce dernier est présenté comme le pivot de la stabilité. Alors que l’islam, dans la sphère du sacré, est l’instrument qui prime à la fois sur les intérêts du pays et se permet nécessairement, à cette chaîne-TV, au viol des consciences de l’auditoire arabophone majoritaire...

L’espace public qui manque à la société civile non-encore affranchie de l’inertie.

Comme un symbole d’une fronde pour l’émancipation, les lieux traversés par l’imposante manifestation des policiers algériens sont : de Bab-Ezzouar, au palais du gouvernement avec une descente nocturne à la présidence. Un itinéraire qui sillonne le cœur de la capitale et rapporté par la vindicte d’Ennahar.

Les citoyens de Ghardaïa qui se déplacent à Alger pour revendiquer la protection des institutions de l’ordre public, se présentent devant la maison de presse. Quant au collectif des militants de Barakat, ils ont spontanément investi la place Audin, en avril dernier alors que le raïs usurpait sa 4ème mandature malgré sa lourde maladie qui écorne l’image d’un pays en quête vaine de dignité.

Dans l’antiquité de la république athénienne, c’était "l’agora" qui regroupait les sages et surtout les élus. En Afrique " l’arbre des palabres " est un emplacement de discussions pour les anciens, entourés de l’élite et des citoyens préoccupés de leur sort commun. Et chez les berbères, la place de la Djemaâ (mot arabe) est un coin du village, tenu en forum par des humains pour l’intérêt de la collectivité.

C’est généralement la place du Souk. On s’y assemble aussi pour la musique et les fêtes d’ordre social. En France l’itinéraire des manifs de la gauche commence généralement la place de la république et prend son chemin...

Dans le Monde, on y pose ses choix sur des sites urbains, selon la responsabilité institutionnelle. OccupyWallStreet a campé à New-York pour parler des 99% des américains. Ils étaient juste quelques centaines, mais bien audibles. Au commencement, on est tous minoritaires.

Mais rester toujours éternellement dans ses débuts, n’est point le cas des Algériens. Les pompiers entament une action en novembre prochain et les Terguis du Sud comptent venir eux aussi frapper à la porte de la présidence. Seront-ils civilement accueillis par les policiers qui ont démontré une ardeur à avoir cogner au bureau squatté par l’illégitimité ?

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