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La revanche de Bouteflika pour sa révocation de 1979 à 99



L’armée, maintenant aux ordres de son ministre, a préféré jadis Chadli qu’elle pouvait destituer.


lundi 3 mars 2014
par N.E. Tatem


Une nouvelle fois le blocage institutionnel et le déficit du projet sociétal se réitèrent, main dans la main, pour qu’en Algérie la doctrine de « Nation en constitution » redevienne plus plausible que jamais. A la veille d’une élection présidentielle anxiogène, le climat morne qui s’installe comporte le syndrome d’injustice à qui pourrait, comme de coutume, être fait un virage correctif… Mais l’armée ne peut plus désobéir à son chef et orchestrer une aventure inopinée !

Voir en ligne : Notre dossier : Algérie

Chère au communiste français Maurice Thorez, lors de son séjour en Algérie en plein seconde guerre, et au nationaliste indépendantiste Ferhat Abbès, quand dit-il est allé questionner l’Histoire et les cimetières, la théorie de « l’inaccomplissement de l’identité par un Etat fiable » reste en marche. Telle une maison inachevée, la construction de l’Algérie « Etat-Nation » est encore en chantier, et se justifie encore, puisque l’obstacle au changement est dressé avec le 4ème maintien de Bouteflika.

Toute idée révolutionnaire a besoin de théorie...

« Nation en constitution » est le postulat qui qualifie judicieusement ce qui se passe en Algérie en cette année 2014. Une autre épreuve est prescrite au processus historique de consolidation de l’Etat algérien. Voilà en quoi Bouteflika tient son nouveau rôle, comme ceux marquants sa carrière. Et même désavoué pour sa gourmandise du pouvoir, le raïs détient plus d’hégémonie après 14 années de règne absolu !

Il est utile de mesurer la genèse, depuis la couverture de la souveraineté nationale et bien avant, des passations de l’autorité première. Des soubresauts ont marqué le parcours contemporain de ce pays, ils ont majoré la gestation d’une nation sur sa trajectoire d’édification.

Depuis la cristallisation du mouvement d’émancipation qui a construit l’idéal des algériens, pour qu’ils soient collectivement un même acteur libérateur pendant les années 50, la question de la légitimité des leaders s’est reposée à chaque escale. Heureusement que les expériences sont instructives et le dépassement de la difficulté s’apparente à un sursaut révolutionnaire.

Au sein de l’armée, le « non » au 4è mandat est dominant. Personnellement chaque officier est contre, mais la cohésion derrière l’Etat et son président est même un peu plus qu’un devoir, un sacrifice pour l’amélioration. Au niveau du ministère de la défense, dont le 1er responsable est le président, il y a le respect du commandement légitime.

Sous les ordres du chef de l’armée, l’interlocuteur avec l’appareil militaire est « Gaïd Salah ». Le DRS est aussi soumis légalement à l’éthique de ne pas perturber la cohérence des hiérarchies, d’où son impuissance de sortir du canevas ministériel et de saborder la puissance de l’institution dont il relève.

Mais cette différence entre les points de vue personnels, des hauts officiers, et l’union avec la force de l’institution la plus opérationnelle (qu’est l’armée) en Algérie, est aussi devant une rengaine chantée par un peuple. Celle qui « diabolise », ce qui est communément, depuis des années désigné par DRS et généraux.

Les Algériens peuvent voir ou vivre un coup d’état, dans le cas où les opinions personnels des militaires prennent le dessus, tel que le faisait l’autorité, militaire, qui a plusieurs fois changer « l’Histoire ». Cependant l’incertitude est maintenant plus dangereuse en cas d’action. Le silence, de l’armée pour le 4ème mandat, comporte la culpabilité de ne pas compromettre la précaire stabilité.

« Mesmar Djeha » est enfoncé, là où il ne peut plus être dévissé. Bouteflika a son aura de vieux diplomate quoique pensent ses détracteurs. Et il aspire, même en étant dans l’incapacité physique, de donner de la voix aux vociférations du genre « Boutef dégage ! ». En envoyant son dernier message aux Algériens « voter pour le meilleur ! », il a déjà donné le ton. Aussi l’actuel président a été évincé des rouages de 1979 à 1999, il n’est pas Chadli pour se faire virer par des collègues militaires.

L’emprisonner comme Benbella n’est pas possible aussi, l’époque ne s’y prête guère outre qu’il a le bras long dans la communauté internationale. Donc il peut continuer jusqu’au 17 avril pour être élu encore une fois. Et même au-delà, selon les forces physiques, maintenant invisibles et indéchiffrables, qu’il recèle, Bouteflika bien portant ne permettra qu’on s’y frotte à son autocratie.

... qui expose une imagination émancipatrice.

La mobilisation contre le 4è mandat, quant à elle, est complètement désorganisée. Elle n’a que la méthode inefficiente de sortir dans les rues, sans se faire massivement accompagner. Les manifestations anti-4ème mandat sont modiques et sans ancrage dans le tissu social qui ne lit pas leurs desseins.

La contestation visible comme anti-4ème mandat, reproduit l’année 2011 lors du Printemps Arabe. Alors que maintenant, la geste révolutionnaire qui a métamorphosé « le monde arabe » est plus renversante avec l’extension de l’islamisme et sa conséquence fatale la violence terroriste. On y décante chez les forces qui peuvent être mobilisées, plus un retour en arrière, quand les virulents islamistes algériens tenaient la ruse et la haine !

Cette opposition informelle et transgressant la classe politique (les partis) qui ont été disqualifiée en 1991, est moins efficace que les candidats qui se préparent au vote du 17 avril. Ces derniers restent, jusqu’à preuve d’autre chose, sans partis politiques. L’échec devant l’islamo-fascisme qui s’est fait élire sous les yeux médusés des démocrates, il y déjà un quart de siècle, a ruiné tous les partis politiques algériens.

Les protestations du 4ème mandat forment une seule strate politiquement vide des idées mobilisatrices, comme celle par exemple revendiquant la justice sociale, ou à moindre décalage avec la société le but de «  changement ». De part sa composition, cette contestation est plus rustre avec l’exclusion de toute idéologie. Ce qui déroute grandement la compréhension de son opinion, de son projet et de toute perspective crédible pouvant gagner une adhésion sociale.

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