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LE DESEQUILIBRE REGIONAL OU l’ethnocentrisme



Des disparités entre classes, ethnies et régions !


samedi 23 mars 2013


La classe inférieure se tue au travail pour nourrir la classe supérieure, celle qui détient le symbole du pouvoir. La servitude de l’une, sert la gloire de l’autre, c’est un état de choses qui continue à se perpétuer peut être indéfiniment. Et c’est de ces conditions négatives que naissent forcément les inégalités entre les différentes couches de la société.

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Quelles sont en réalité les causes essentielles du phénomène des disparités sociales et leurs incidences sur le développement spirituel et temporel de la nation ?

Si l’on voulait en dépister les causes fondamentales, il faudrait remonter à des temps immémoriaux où le peuple était alors scindé en tribus hostiles et antagonistes. Cette mentalité s’est par malheur perpétuée jusqu’à nos jours, en dépit de la disparition des frontières entre les villes et la fusion radicale de tout le peuple en une nation homogène, solidaire, pacifiste et dont l’histoire glorieuse est profondément enracinée dans le passé. Cette histoire que nul au monde n’ignore a déjà façonné notre âme et conçu notre présent. Les générations passées ont subi les empreintes indélébiles de la gloire et de l’honneur. Et plus près de nous, des tunisiens se sont en effet volontairement sacrifiés pour que la génération actuelle survive et goûte au plaisir de l’honneur et de la dignité ; ce sont nos chers martyre en hommage desquels nous devons nous prosterner, ce sont ces martyre qui, dénués de tout sentiment d’égoïsme, sacrifiés pour des idéaux de justice et d’honneur, mus par un dévouement suprême pour la patrie, ont bel et bien construit notre histoire contemporaine. Ainsi malgré ce passé commun, cette histoire que nos ancêtres avaient édifiée avec leur sang et leur sueur, nous végétons encore dans un univers où la mentalité régionaliste, voire discriminatoire, subsiste de façon ostensible. C’est comme une obsession ancrée dans notre esprit et dont il ne nous est pas possible de nous défaire, tellement nous nous sentons portée nostalgiquement vers ce terroir ou cette ville dont nous étions originaire. Ainsi nous pataugeons dans l’erreur sans que nous nous en apercevions.

Les classes sociales se haïssent, parce qu’elles se méconnaissent, parce qu’il y a toujours chez nous une classe qui domine l’autre, parce que nous ambitionnons le pouvoir et nous brûlons d’y rester même au risque de notre vie, parce que pour nous, citoyens naïfs et crédules, le pouvoir, c’est une arme qui nous protège et avec laquelle nous nous défendons avec l’espoir de remporter la bataille, enfin parce que nous croyons que le pouvoir est tout et que c’est dans son sein que tout se réalise, même les rêves les plus irréalisables et que toute personne détenant une parcelle de pouvoir, si infime soit-elle, est, à nos yeux, intouchable, planant au-dessus de tous et capable de faire ce que bon lui semble, sans qu’il rencontre la moindre anicroche. Le pouvoir est un leurre, une supercherie dans laquelle on se plaît à vivre et que l’on entretient sans en connaître les conséquences. La classe inférieure se tue au travail pour nourrir la classe supérieure, celle qui détient le symbole du pouvoir. La servitude de l’une sert la gloire de l’autre, c’est un état de choses qui continue à se perpétuer peut être indéfiniment et c’est de ces conditions négatives que naissent forcément les inégalités entre les différentes couches de la société. Ainsi la couche inférieure rampe, trime, peine sans relâche, sans qu’elle reçoive en contrepartie ce qu’elle mérite. C’est parce qu’elle est frappée d’injustice, qu’elle nourrit une haine infernale à l’encontre de la classe dominante, même au niveau des régions, cette calamité subsiste : un mépris quasi perpétuel se manifeste au niveau des rapports d’une région à l’autre, et ce qui a creusé davantage le fossé d’incompréhension et de malentendu entre ces régions, c’est encore l’attitude incompréhensible de certains dirigeants à vouloir manifestement octroyer des privilèges et d’autres bénéfices substantiels aux régions dont ils sont issus. Telles sont enfin les causes réelles de ce déséquilibre flagrant que l’on constate au niveau des régions, ce qui a provoqué un effondrement néfaste dans le cadre des relations humaines, une absence de l’entraide, de la solidarité nationale, ainsi que du progrès réel en matière de rapprochement et de coopération saine et fructueuse.

Mais pourquoi avons-nous cette tendance à vouloir privilégier nos proches au détriment de nos concitoyens ?

Cette tendance qui frise la ségrégation raciale est ce qu’il y a de pire dans notre société qui aspire par-dessus tout au mieux être : c’est une mentalité rétrograde qui n’ira pas loin, puisque l’on s’apercevra par la suite qu’un tel comportement est dû à une erreur, une méprise que l’on cherche pourtant dans son for intérieur à camoufler, puisqu’elle trouve son origine dans une espèce d’orgueil et de vanité, nés à la suite du poste important mais éphémère que l’on occupe. Les droits et privilège que l’on accorde plus particulièrement à la région à laquelle nous appartenons si l’on est bien placé pour le faire est un acte mesquin vil, affectant profondément les liens fraternels que l’on cherche à instaurer entre toutes les régions et citoyens d’un même pays, sapant les fondements de l’unité nationale, qui est le symbole de l’identité de la nation tunisienne. D’ailleurs il pourrait y avoir un facteur psychologique latent à l’origine de cette motivation, de cette impulsion quasi irrésistible de vouloir à tout prix glorifier, vanter tout ce qui se rapporte de près ou de loin à la région dont on est originaire, c’est un sentiment d’infériorité, un sentiment qu’on ne peut pas maîtriser aisément, c’est un sentiment inné, hantant les facultés psychiques de celui qui voulait tenter de mettre sur le piédestal les qualités de sa région tout en médisant des autres. Une telle tendance a pu se trouver chez certains célèbres dirigeants contemporains, on octroie sans honte aucune un budget spécial à sa région, un budget s’élevant parfois à trois ou quatre fois le budget que l’on destine à une région plus vaste et d’une population trois ou quatre fois plus dense, on consent encore à accorder des titres et des honneurs aux citoyens de sa région, leur réservant les meilleurs postes et les meilleures places dans la haute administration, de l’argent, on n’en lésine pas, puisque notre générosité est à cet égard sans bornes.

Tel est encore le vrai mal de ce siècle maudit, où l’on voit le peuple meurtri, accablé de misère et d’indigence, martyrisé dans sa chair et dans son âme, exsangue et famélique, tandis qu’une poignée de parasites, de monstres assoiffés d’argent et d’honneur, sucent encore son sang jusqu’à la dernière goutte, pour en faire profiter leurs proches, en répandant à droite et à gauche les deniers publics, sans se rendre compte le moins du monde des conséquences fatales qui découleront d’un tel comportement antipatriotique et criminel.

Cet esprit ségrégationniste se manifeste au niveau de certaines régions, c’est pourquoi l’on remarque une expansion réelle, une véritable prospérité, dans quelques régions côtières : une infrastructure routière remarquable, des édifices de haute valeur architecturale s’érigent à vue d’œil en nombre toujours croissant, des villas luxueuses, imposantes poussent comme des champignons, de vastes espaces verts s’étendent à l’infini en vous invitant complaisamment à vous y balader pour oublier les chagrins qui rongent vos entrailles, des monuments de grande importance dont l’édification aurait coûté des sommes incommensurables, mais dont l’utilité reste pourtant douteuse, émergent au milieu de vastes esplanades et enfin des hommes au visage radieux, le sourire aux lèvres, l’habit d’une confection impeccable et d’une propreté immaculée, le regard reflétant la paix de l’âme et du cœur, des rues pleines d’animation, chacun vaquant à ses affaires, on se hâte, on se presse, on est pressé, toujours à la poursuite de la fortune et du gain : tout témoigne d’une aisance matérielle que rien n’affecte et ne détériore. Voilà ce que l’on voit du côté des régions côtières.

D’un autre côté, reportons un peu nos regards vers ces régions perdues à l’intérieur du pays et explorons en toute objectivité les spectacles quotidiens qui s’offrent à nos yeux, des routes si exiguës qu’elles peuvent à peine permettre le passage d’un seul véhicule, sans parler de ces innombrables ornières qui en ravagent la chaussée, provoquant de multiples accidents mortels, des masures juchées sur des coteaux perdus dans le désert, des gîtes étroits bâtis en argile abritant des citoyens que la vie épuise et tue à petits feux, du chômage, ce spectre horrible que rien n’a pu dompter harcelant sans répit la population la plus jeune de la région, suscitant ainsi le désespoir des familles en les condamnant à la misère la plus cruelle, des rues bondées de pauvres gens à la recherche de leur pitance, les yeux hagards et le visage exsangue, meurtris par l’angoisse et la faim .Des tas d’ordures oubliés là depuis des mois sans que la mairie daigne enfin s’en apercevoir, laissant la voie libre à une multitude d’insectes nuisibles voltigeant gaiement ça et là en débandade ; des nuages de poussière planant à hauteur d’homme, aveuglant impitoyablement cette foule de gens déjà abattus par une misère infinie, une chaleur étouffante qui vous épuise et vous abat en un instant, sans que vous trouviez le moyen de vous en échapper, c’est ce qui se passe en effet en période estivale. Tandis qu’en période hivernale, on patauge péniblement dans la fange, la ville s’étant muée en un vaste marais, difficile à traverser même en voiture, le centre même n’en est pas épargné, puisque des flaques d’eau s’étalent partout, entravant la circulation, des fossés infranchissables se dressent devant vous, vous empêchant de continuer votre chemin. Et enfin une population hideuse, exsangue, minée même par des vermines, assaillie par la faim, accablée sous le poids d’une misère éternelle, cette population se traîne, l’air épuisé et chagrin, dans les sombres ruelles de ces villes déjà défavorisées par la nature et délaissées par le pouvoir et ce qu’il y a de pire encore, c’est que cette population semble être soumise passivement à cette misère perpétuelle qu’elle accepte bien volontiers et qu’elle entretient même par le farniente et l’oisiveté, dus à une absence de sensibilisation et à une injustice sociale flagrante.

Pourquoi ces villes, en dépit de leur longue histoire, sont elles restées dans ces conditions lamentables ? A quoi est dû l’échec de la justice sociale ? N’est-ce pas au gaspillage et à l’abus dans l’édification des monuments inutiles que l’on voit dans les villes prospères ?

A vrai dire, il n’y a pas d’équité dans la répartition de la richesse du pays, tout se fait selon des mesures arbitraires, il y a ceux qui sont favorisés grâce à leur présence quasi éternelle sur la scène politique, s’octroyant la part la plus grosse de la fortune nationale, s’enrichissant ainsi sans peine ni souci. Il y a les autres qui sont enterrés dans l’oubli, ceux qui végètent dans l’ombre, trimant en silence et souffrant sans mesure dans un univers clos : ce sont ceux qui n’exigent rien, qui n’ont rien à exiger, qui donnent plutôt leur sang et leur cœur sans rien demander en contrepartie.

Ainsi défavorisées, frappées parfois par des mesures autoritaires, dominées par le pouvoir qui réclament d’elles plus qu’il n’en fallait, accablées par une hausse des prix toujours ascendante, suscitant en elles, misère et frustration, faute de moyens pour satisfaire les besoins les plus élémentaires, méprisées par la haute hiérarchie sociale qui se baigne, elle, dans l’aisance matérielle, grâce à des prérogatives conquises sans aucun mérite évident, ces couches sociales se résignent pourtant à vivre dans leurs conditions sans réaction, sans un mot, rien que des larmes que l’on verse en catimini : pas de mouvement, pas d’animation, pas de projets industriels de grande envergure, pas d’essor de caractère économique, pas de modernisation non plus, pas de crédits pour la revalorisation d’immenses terres à l’abandon, aucune initiative en perspective, rien si ce n’est l’inertie quasi-totale, l’absence de culture intellectuelle, c’est là que réside la vraie stagnation sociale économique, on vit dans la méfiance, la haine, le manque de solidarité et d’amour. Et pourtant on s’y résigne.

Alors en quoi consiste l’amour de la patrie ? Est-ce dans la manière de servir une catégorie aux dépens d’une autre ? Est-ce dans l’accumulation illégale de la fortune ? Est-ce dans l’amour de soi, dans l’attachement exclusif au pouvoir pour servir ses propres intérêts ? Non l’amour de la patrie passe d’abord par l’amour de nos concitoyens !

On se sacrifie pour sa patrie, pour chaque parcelle de terre qui nous avons vu naître et grandir, pour chaque chose que la nature a placé là, pour l’air que l’on y respire, pour notre histoire et notre civilisation, pleine de prestige et de grandeur, mais aussi pour des idéaux et des principes suprêmes que nul n’ose enfreindre sans être taxé de traitre et de renégat, et enfin pour notre dignité et notre honneur : tout cela constitue la nation à laquelle nous appartenons et la nation ce sont en effet nos concitoyens qui ont soif plus que jamais d’un peu de justice, d’égalité et de liberté.

N’est-ce pas là un signe précurseur d’une conflagration imminente aux horizons de la Tunisie ?

Prof Mohamed Sellam.

msellam83@yahoo.com

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