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DICTATURE DE LA CENSURE OU LA MUSELIERE



L’attitude critique relève-t-elle de la satire ?


mardi 11 décembre 2012


La critique est en soi un acte positif, une attitude nécessairement réformatrice, qui prendrait à tâche de trouver le remède adéquat à la chose critiquée. Critiquer, c’est exprimer une opinion contraire à celle déjà connue, c’est une action libertaire par laquelle l’individu procéderait à faire état de son approbation ou de sa désapprobations, ce n’est pas une position paradoxale, mais une position qui se veut plus réaliste, plus proche de la réalité, selon l’aptitude et le comportement du critique.

Voir en ligne : Notre dossier : presse, censure et dictature.

Ainsi le journaliste qui embrasse la carrière de critique, demeure pour nous un réformateur, un partisan zélé de ce qui est meilleur, plus beau et plus rationnel. Cette tâche est des plus pénibles, en ce sens qu’un critique doit avoir un esprit universel, apte à cerner tous les aspects des problèmes qui se posent à l’esprit humain, c’est un penseur réaliste et non pas un visionnaire qui se complaît dans l’utopie, c’est un idéaliste certes, mais un idéaliste qui aspire à la transformation de la mentalité actuelle, dans une perspective qui s’estompe dans la réalité socio-économique, foncièrement évolutionniste et progressiste, en vue d’un devenir meilleur, où l’on voit toutes les divergences aplanies et où toutes les idées travaillent dans l’intérêt commun.

La satire sociale contribue en effet à une prise de conscience réelle. Les tares ou les travers,une fois dévoilés et mis à nu, sont aisés à détecter et par là,à guérir, grâce ainsi à la découverte des causes latentes. Une telle satire, si acerbe et mordante qu’elle soit,, n’ébranle cependant ni les institutions sociales ni les mœurs, puisqu’elle se borne en principe à extirper les racines du mal, en vue d’y trouver le remède approprié.

D’autre part, une critique faite même dans une perspective politique n’entend en aucun cas offenser les politiciens, qui devraient pourtant se réjouir de voir les déviations malencontreuses de la politique de notre temps. D’ailleurs cet univers est extrêmement vaste et ne saurait faire l’objectif d’une simple critique, entreprise souvent au hasard et sans aucun motif apparent. Lorsqu’un politicien se trouve par malheur mêlé à un scandale quelconque et que la presse, vite saisie de l’affaire et sans égards à sa réputation ni à son passé de militant, s’acharne sur lui, pour mettre en évidence le bien-fondé de ce scandale et démontrer publiquement toute les péripéties, dussent-elles conçues par l’imagination, qui supplée d’ailleurs à tout, même à la vérité. Ce politicien, sans qu’il ait à recourir à la justice, pour poursuivre le journal en diffamation et divulgation d’informations mensongères ou même blasphématoires, aura toute latitude de publier en toute aisance une réponse par le biais de laquelle il aura la possibilité de plaider sa cause et de justifier son innocence.En tout cas, c’est une défense légitime à laquelle il a pleinement droit.

On ne censure pas bien les journaux, sinon ils feront d’eux-mêmes "l’auto-censure" pour avoir compris ce qu’est "le fait du prince" !

La censure est un phénomène aberrant, c’est une tyrannie terrible que tout le monde réprouve, un acte draconien, qui relève d’un esprit primitif et décadent. Elle nous fait reculer de plusieurs siècles en arrière, pour nous faire plonger dans l’époque médiévale, où l’Inquisition,armée de fanatisme et de barbarie, exerça une oppression quasi sanglante. Elle entrave de façon irréversible notre progrès et freine notre marche vers la prospérité et le développement économique. Car condamner un journal, de quelque tendance qu’il soit, c’est entraver l’avenir de l’humanité. Un journal, c’est une étincelle, une image véridique reflétant l’esprit et la mentalité de tout un peuple et s’y opposer ou le suspendre même pour une durée déterminée, en guise de sanction, c’est flétrir l’âme de ce peuple, c’est porter atteinte à sa civilisation, à sa dignité et à sa gloire.

Toute l’humanité ne marche que par des idées, qu’elles soient salutaires ou même subversives pour ceux qui craignent de perdre leurs intérêts ou de se voir un jour frustrer de ces prérogatives dont ils se flattent. Les idées seules font la grandeur des hommes et des peuples, leur histoire y est inhérente et indissociablement subordonnée. Les journaux renferment dans leur sein les germes du progrès de l’avenir, c’est pour cela qu’ils font peur aux politiciens actuels, dont l’esprit rétrograde empêche les peuples, déjà plongés dans une ignorance et une apathie intellectuelle incroyables, d’avancer et d’évoluer vers un devenir meilleur et ce, de crainte de perdre leur autorité.

Censurer ou condamner un journal, c’est faire preuve d’une profanation inqualifiable, une abomination qui relève en fait d’une tendance despotique. Un régime politique sain, juste, réellement populaire, ne devrait pas craindre la propagation des idées, au contraire il afficherait à son égard une certaine sympathie, incitant indirectement à l’émancipation des esprits des griffes de l’ aliénation et du sous-développement social qui sévit d’ailleurs de façon effroyable au niveau des couches les plus défavorisées.

Un régime, comme je l’ai souligné, qui se veut progressif, dynamique, ne cherchant que l’intérêt du peuple et rien que cela, sûr de ses options, de sa dimension nationale, de ses capacités et enfin de sa justice vis-à-vis du peuple qu’il gère, un tel régime ne doit en aucun cas avoir peur des journaux ni des idées qui s’y expriment.

N’est-ce-pas que la censure est, en somme, un affront, une offense faite à l’histoire et à l’humanité ? Certes, la censure est un outrage à l’opinion universelle ; la censure tue en nous toute tentative de création et d’innovation et en conséquence favorise et provoque la stagnation intellectuelle, économique et sociale. La pratique de la censure est issue d’une position arbitraire, égoïste, antagoniste, ennemie de toute évolution. L’histoire ne se fait que par une action dynamique, touchant à tous les domaines, pour assurer pérénnité et gloire à la civilisation qui se construit, d’ailleurs elle aussi, par la parole et l’action. La censure est un obstacle évident à la construction de l’histoire : elle impose une nouvelle forme de despotisme anachronique et cruel, qui réussit en tout cas, mais pour une durée momentanée, à mettre un joug à la liberté d’opinion et au progrès social.

L’élite intellectuelle contemporaine, assaillie par une censure farouche et coriace, empêchée dans ses tentatives d’ouvrir de nouveaux horizons dans le domaine du savoir, emprisonnée de force dans une situation statique, humiliée parfois par des actes inadmissibles et même poursuivie,persécutée tout le temps, cette élite se trouve en fin de compte acculée à la résignation et à se réfugier dans un silence quasi impénétrable. On condamne les journaux, porteurs du savoir et de la bonne parole ; on les brûle, on les enterre à la hâte, de peur que la masse ne les lise et n’en connaisse la vérité qui y est dite : c’est là un acte hypocrite et vil !

On arrête les journaux, mais on ne tue pas la vérité qui est toujours vivante, car elle est incessible et un jour elle se montrera à nu.

Mais est-il possible de réaliser des progrès sans une presse libre, indépendante, qui est seule habilitée à faire de la critique des tares qui sévissent dans notre monde ? D’ailleurs de quelle presse parle-t-on ? Existe-t-il vraiment une presse libre, intelligente, ayant le courage de dire la vérité à ses lecteurs ? Non je ne pense pas ! La presse actuelle est faite pour une population de lecteurs encore au stade de l’enfance. La maturité en matière de presse n’existe absolument pas, c’est la peur qui domine, la peur de dire et de penser ; une peur invincible qui habite dans les cœurs et les esprits. C’est pour cela que la presse ne publie pas des articles en fonction de leur utilité ou de l’apport d’informations véridiques qu’ils véhiculent, mais en fonction des viles passions qu’ils suscitent un poster d’une vedette de cinéma, offrant généreusement ses seins magnifiques, le visage tout rayonnant d’un charme envoûtant ; une accumulation d’informations le plus souvent imaginaires glanées dans le presse étrangère, pour accaparer l’attention et susciter l’étonnement,des fables que l’on assaisonne de quelques faits pour les rendre véridiques,des incidents insignifiants que l’on exagère à outrance,des informations routinières sur ce qui se passe dans le monde ahurissant des joueurs de football, des drames passionnels qui bouleversent tel ou tel pays occidental, de courts articles anodins et d’une banalité effarante : voilà en gros ce qu’on publie de nos jours, comme si notre pays manque de problèmes et que tout va à merveille. C’est là une presse banale, vaine, et nulle, toujours hantée par la crainte d’être suspendue malgré son rôle négatif dans la société. Il est vrai que les journaux qui ont eu le courage d’exprimer en toute franchise les sentiments des citoyens ont été suspendue d’office, et poursuivis en justice, mais ils n’en méritent pas moins un vibrant hommage pour leur action déterminante. Dans notre monde moderne, la presse du parti au pouvoir ne fait que dévorer les deniers du peuple. Ce sont des organes dont l’unique but est de faire l’éloge du pouvoir et d’applaudir à des promesses frauduleuses. C’est, en un mot, une institution idéologique travaillant dans une sphère étroite et s’ingéniant maladroitement à faire de la propagande pour le parti en place, et sur laquelle la censure ne s’exerce jamais.

D’ailleurs comment pourrait-elle subir la censure alors qu’elle est la censure même ? C’est ce type de presse, qui nous inflige un véritable affront, nous prend pour des dupes, pour des naïfs souffrant de déficiences mentales.

Cette presse que l’on subventionne, grâce aux deniers des contribuables, s’avère absolument inutile, puisque personne ne s’y intéresse de près ou de loin, attendu qu’elle ne bénéficie d’aucune crédibilité.

Ainsi la dilapidation que l’on consent à faire au profit de cette presse partisane est un crime que le peuple ne pardonnera jamais.

Alors que la presse du parti au pouvoir s’affiche partout dans l’indifférence absolue de la masse des lecteurs, la presse d’opposition, celle qui ose dire la vérité, celle qui, pleine de courage et de foi, s’acharne à faire preuve d’honnêteté et d’éclairer le peuple sur les problèmes dont il est accablé, cette presse se trouve en revanche persécutée et soumise à la tyrannie de la censure, une des pires formes de décadence et d’arriérisme.

La presse libre - il n’en existe pas dans notre pays- travaille dans l’intérêt des masses, en dépit des contraintes arbitraires de la censure. Oui dans ce monde où l’on peut acheter les consciences avec autant de facilité que si l’on a affaire à un objet que l’on peut se procurer à la foire, dans ce monde où l’on se montre hypocrite jusqu’à la moélle sans crainte d’être dénoncé... Si ce n’est être comblé d’admiration et d’estime et ,enfin, dans ce monde pourri où la matière s’empare des esprits !

Comment pourrions nous trouver une presse indépendante, courageuse, capable de répondre aux aspirations de la masse des lecteurs et de pouvoir brandir le symbole de la vérité comme principe irrévocable, un idéal pour lequel on est prêt à tout sacrifice ? La censure, bien qu’elle impose ses griffes tentaculaires partout, son action immédiate est de servir les intérêts exclusifs de ceux qui sont au sommet du pouvoir, en camouflant certaines vérités. Mais il arrive un jour où ces vérités se manifestent dans leur parfaite nudité et c’est alors que la censure sera mise au pilori...

Prof. Mohamed Sellam

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