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Lourdes peines d’emprisonnement pour les contestataires d’Al-Hoceima au Maroc

La répression, des manifestants "rifains" pour le développement, contredit la pseudo-clémence du roi

vendredi 29 juin 2018, par Hugo Mastrèo

L’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH) a qualifié le jugement de "moquerie de la justice", à propos du verdict de la cour de cassation Casablanca qui a prononcé de lourdes peines à l’égard des jeunes manifestants du Rif. La première responsable du parti socialiste unifié, de l’opposition a qualifié ce jugement de "...menace à la stabilité et la cohésion du pays". Les violations des droits, sous le règne du roi Hassan II qui a régné entre les années 1960 et les années 1990, n’ont jamais été interrompues.

Lors d’une opération de police dans la ville marocaine d’Al-Hoceima, le 28 octobre 2016, un vendeur à la sauvette de poissons, nommé Mouhcine Fikri, a été tué. Il a été mortellement écrasé par une benne à ordures. Il tentait de récupérer la marchandise qui, selon plusieurs est un espadon, venait de lui être enlevée. Certaines régions du Maroc vivent dans une misère héritée à travers plusieurs générations, ce qui contraste avec le faste des classes aisées et des touristes.

28 mai 2018

Ce fait-divers a suscité une vague de protestations qui, commençant au Rif, s’est propagée à plusieurs villes du pays. Le printemps arabe déclenché au sein de certaines républiques du monde arabe en 2011, a été réprimé pour son ampleur à exiger des changements de régime. Les pléthoriques royaumes d’un amalgame de pays déchirés par les traditions, ont choisi les rivalités et certaines du Moyen-Orient alimentaient le terrorisme. Le régime marocain adopte la répression et l’expansion néo-colonialiste avec auto-suffisance.

Les autorités de Rabat ont affiché leur volonté de « punir » les responsables du drame. Mais ce sont seulement les manifestants qui sont finalement sanctionnés. Baptisé « Al-Hirak al-Shaabi » ce mouvement social dont l’organisation a étonné nombreux observateurs, s’est distingué aussi par la clarté et la cohérence des discours qui ont jalonné les sorties populaires dans les artères surtout de cette cité du nord-est marocain.

La population a été choquée des circonstances effroyables de cette mort, d’autant que les réseaux du Web et la technologie du téléphone portable ont rameuté la population pour la mobilisation. A son enterrement le 30 octobre, des milliers de personnes ont tenu à assister. La participation aux funérailles, de ce jeune homme socialement et économiquement en survie, a déclenché un mouvement revendicatif. Le développement, comme la construction des infrastructures et la création d’emplois habitaient les mots d’ordre.

A Oujda manifestation après le verdict.

A la tête de cette fronde d’une région, certes conservatrice mais historiquement séditieuse au pouvoir monarchique, un certain Nasser Ezafzafi. Politiquement contestataire de la couronne, le Rif est aussi enclin à une émulation identitaire berbère. Ce qui a donné aux tenants à la dynastie royale, de porter une accusation, à cette mouvance « rifaine » et juvénile, de velléité indépendantiste, dont l’ancestralité est bien récalcitrante à la féodalité.

Neuf mois de procès qui n’a débuté qu’un an après la mort de Mouhcine Fikri, se sont soldés en la condamnation à de lourdes peines d’emprisonnement des manifestants. Au début, lors de la vague d’arrestation, les médias affidés au roi ont distillé la fausse information, dont ils sont des spécialistes, que les auteurs des troubles ont été amnistiés par son altesse. Mais leurs actes sont considérés finalement comme un projet de rupture avec la couronne.

C’est la Cour d’appel de Casablanca qui a statué. Quarante-neuf autres personnes ont été condamnées mardi soir à des peines d’emprisonnement allant d’une à cinq années, assorties d’amendes. L’incarcération à 20 ans de Nasser Zefzafi et trois autres protestataires porte l’accusation « complot visant à saper la sécurité de l’Etat ».

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