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L’industriel béninois, Jean-Baptiste Satchivi, PDG du groupe CDPA-AGRISATCH- SBB



A cœur ouvert sur les antennes de la radio panafricaine AFRICA N°1 - interview-


mardi 15 janvier 2013
par Elias


« Etre, prospérer et grandir davantage » Cette trilogie qui est une exigence pour toute entreprise dans un environnement de plus en plus mondialisé, exigeant et complexe est le leitmotiv du Comptoir de Distribution de Produits Alimentaires (CDPA). En témoigne notre crédo. « Nous existons, nous ne pouvons que grandir, qui nous suit grandit avec nous ». Nous maîtrisons en effet toutes les techniques propres à dynamiser la courbe de croissance d’une entreprise, quelles qu’en soient la taille et l’objet. Fort de notre expérience, nous pensons que le Bénin doit rester un pays compétitif.

Voir en ligne : Notre Dossier : le Bénin - Afrique

Le 11 décembre 2012, le Président Directeur Général du groupe CDPA-AGRISATCH-SBB, Jean-Baptiste Satchivi, était l’invité de l’émission Le Grand Débat de la radio Africa N°1 à Paris. Face à Francis Laloupo et son débatteur polémiste, Doucis Aïssi, l’homme d’affaires, également connu comme un grand acteur de la société civile, a donné sa grande vision sur l’économie béninoise.

Francis Laloupo : Vous dirigez un groupe agroalimentaire à vocation industrielle, le Comptoir de Distribution de Produits Alimentaires, CDPA -AGRISATCH ; pouvez-vous nous présenter un peu plus votre groupe et nous dire comment vous le conduisez dans le contexte béninois actuel, marqué par de fortes tenions entre l’Exécutif et les opérateurs économiques ?

Jean-Baptise Satchivi : Le groupe a démarré en 1988, à partir d’un petit établissement qu’on appelait à l’époque « Poissonnerie Dantopka », situé comme son nom l’indique, dans le grand marché Dantokpa à Cotonou. Dès le départ, le groupe avait pour ambition de devenir un groupe leader dans la sous-région. Aujourd’hui nous sommes à plus de 350 employés, nous avons un chiffre d’affaires qui dépasse les 50 milliards de francs CFA. Nous avons à notre actif deux autres sociétés créées, conformément à notre ambition de devenir un grand groupe dans la sous-région ouest africaine, qui représente un marché de plus de 300 millions de consommateurs, notamment notre voisin de l’Est, le Nigeria et ses 150 millions de consommateurs. Sur ce marché, nous avons pour vocation de nourrir les populations en qualité et en quantité. D’ailleurs, nous sommes aujourd’hui détenteurs du label de meilleur producteur d’œufs au Bénin. En 2004, nous avons créé AGRISATCH qui produit de la viande et des œufs et depuis 2007, nous avons lancé la première brasserie béninoise, qui est supportée par la Société de Brasserie et de Boisson au Bénin, dans la zone de Porto-Novo, du côté de Djrègbé.

Francis Laloupo : Pourquoi vous avez choisi d’investir dans l’agroalimentaire ? Est-ce parce que c’est une valeur sûre en matière d’économie ?

Jean-Baptise Satchivi : : Quoi qui arrive les hommes doivent manger. Nous-nous sommes fixé pour mission de nourrir les populations en qualité, en quantité et à coût raisonnable.

Francis Laloupo : Quel regard portez-vous sur l’économie du Bénin en général ?

Jean-Baptise Satchivi : Ce regard, n’en déplaise, il restera positif. Il y a 25 ans nous avions démarré dans un environnement difficile. Le Bénin venait de finir une expérience révolutionnaire marxiste et d’entamer un renouveau démocratique plein d’incertitudes économiques. Il n’empêche qu’à un moment donné, nous avons pointé un taux de croissance de 5%, qui malheureusement après, est descendu en chute libre. Mais la courbe de la croissance a repris une allure ascendante depuis un moment, rattrapée d’abord autour de 2%, avec une projection en 2013 de 6%, voire plus. Nous ne pouvons donc pas dire, au regard des agrégats macro- économiques, que ça va très mal au Bénin. Cependant, lorsque nous nous en référons aux indicateurs de certaines agences internationales comme « Doing Business » par exemple, qui nous positionne au 175ème rang sur 183 pays classés, nous pouvons dire que l’environnement des affaires est sérieusement à améliorer et qu’il faudra travailler pour cela. C’est d’être réaliste que de le constater objectivement.

Francis Laloupo : Le tableau n’est pas flatteur, n’est-ce pas ?

Jean-Baptise Satchivi : Non, il n’est pas flatteur. Mais dire dans cet environnement que mon groupe est en train de régresser, ce serait faire offense non seulement au bon Dieu mais aussi à toute mon équipe (que je salue au passage), à tous nos consommateurs, surtout à notre vision que nous assoyons, année après année, de mettre en place afin de devenir un grand groupe agroalimentaire sous régional.

Doucis AISSI : Le reproche qu’on fait souvent aux opérateurs économiques béninois est de se complaire dans l’import-export au détriment de la production locale. Quels efforts avez-vous faits depuis la création de votre groupe pour produire localement ce que vous vendez ?

Jean-Baptise Satchivi : (rires) : En 1988, lorsque nous avions commencé, on disait à l’époque que l’économie du Bénin était couchée, qu’elle ne pouvait plus tomber. Elle était tombée très bas car nous étions à la fin d’une révolution marxiste avec tout ce qu’elle a laissé comme débâcles économique et financière. C’était une vraie galère sans confiance, par exemple, nous vendions à l’époque, à Cotonou, et nous allions déposer les fonds à Lomé dans le pays voisin. A la date d’aujourd’hui, nous avons quand même bâti une belle place bancaire au Bénin, qui se porte très bien et qui arrive à financer les activités de production.

Nous avons démarré en tant que acheteur et revendeur, le système d’essuie-glace, achat-revente, qui fondamentalement ne développe pas une économie, surtout qui s’inscrit dans une dynamique de développement. C’est pourquoi d’entrée de jeu, notre plan de développement avait déjà mentionné que nous devions nous inscrire dans des activités de production, ce que nous avons réalisé en 2004. En 1993, nous avions déjà fait un test mais la dévaluation est venue et a marqué un coup d’arrêt par rapport à nos ambitions. Etant entendu que ce sont les activités commerciales qui finançaient les activités de production au plan local, la dévaluation ne pouvait pas supporter l’importation, au contraire, elle favorisait l’exportation, mais nous n’étions pas producteurs en ce moment-là. Nous avons donc marqué un coup d’arrêt pour reprendre en 2004 avec AGRISATCH qui est aujourd’hui le premier producteur d’œufs et de viande au Bénin. Depuis 2007, nous avons lancé la brasserie qui utilise les produits locaux à base de sorgho. Donc c’est une bière qui s’apparente un peu au Tchoukoutou (bière locale produite principalement au Nord du Bénin).

Francis Laloupo Comment s’appelle cette bière ?

Jean-Baptise Satchivi : « Obama bière », de par la dimension de la persévérance et de la symbolique du peuple noir aux Etats-Unis, qui a bataillé dur pour finalement faire élire un noir à la tête de la première puissance mondiale. Nous nous inscrivons dans cette dynamique, cette persévérance. C’est pourquoi, nous travaillons maintenant pour mobiliser et rassembler un certain nombre de filières qui touchent la filière avicole. Nous avons même pris, depuis quatre ans, la tête de l’organisation des producteurs professionnels avicoles du Bénin.