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Avant de revenir prochainement sur la censure de son film, Jean-Pierre Lledo répond à Benchicou

Polémique : ALGÉRIE, HISTOIRE A NE PAS DIRE



Un cinéaste algérien qui essuie la censure en juin dernier (2007) et l’acharnement inattendu de cercles


vendredi 15 février 2008
par populiscoop


Un cinéaste algérien qui essuie la censure en juin dernier (2007) et l’acharnement inattendu de cercles, à qui pourtant il a réservé tout l’égard et le respect, et qu’il croyait admirer la trajectoire.

Voir en ligne : Le blog du ciéaste Jean-Pierre Lledo.

Polémique : ALGÉRIE, HISTOIRE A NE PAS DIRE Jean-Pierre Lledo répond à Benchicou

31 janvier 2008

N’ayant à prouver ni ma culture antiraciste, ni mon engagement anticolonialiste, n’ayant jamais écrit sous la dictée de quiconque, encore moins de services de sécurité, n’ayant aucun pot-de-vin de Khalifa à me reprocher, vivant plus que modestement, en somme n’ayant je pense à peu près rien de très grave à me reprocher ou à dissimuler, je n’aurai guère besoin d’entonner l’hymne national avec le couplet manquant... Encore moins apte à rivaliser avec la grandiloquence ampoulée dont a le secret mon insulteur en manque ou en mission commandée, je ferai donc simple.

Juste pour que vos lecteurs sachent qu’ils sont victimes de désinformation délibérée. (Qu’il se rassure, je n’ai pas de temps à perdre pour exiger qu’il réponde de ses diffamations.)

1 - Mes personnages ont participé au tournage de ce film, sans la moindre contrainte. Conformément à l’éthique dont je me réclame, ils n’ont pas non plus été payés. Un personnage du film a effectivement demandé à ne pas figurer dans le film, mais absolument pas pour les raisons invoquées, preuve par un mail reçu. Ceci a permis au film d’être écourté de 20 minutes et non d’une heure comme il est dit, réduction qui facilite l’exploitation du film, désormais d’une durée de 2h40. Les autres personnages principaux ont tous vu le film. Ayant considéré que j’avais respecté leurs problématiques et leurs propos, ils ont tous courageusement assumé leur présence, tenant ainsi à respecter ma liberté d’auteur à remettre en cause les vérités les mieux établies, posture qui normalement devrait caractériser tout intellectuel digne de ce nom.

2 - La phrase citée de mon synopsis, a été tronquée. On me fait dire : « (...) les relations intercommunautaires n’ont-elles pas été aussi attraction, respect, reconnaissance et souvenirs heureux ? » Or, à la place des trois points de suspension, il y avait 3 mots : « Méfiance, peur et malheur, les relations, etc. »

3 - Bien que mes derniers films évoquent la période coloniale, ils ne sont pas des films d’historien ayant pour sujet explicite la colonisation. Ni avec Henri Alleg, ni avec Lisette Vincent, militants de la cause anticoloniale, je n’ai tenté un discours généralisant sur « les colons et les colonisés ». Cela n’est pas mon style. Mes films s’intéressent à des destins, pas à des concepts.

4 - Je ne renvoie personne dos à dos. Je dis au contraire dans mon film que « si il est normal qu’une armée coloniale tue au faciès, puisqu’elle fonctionne au racisme — ce sont tous des Arabes — cela n’est pas concevable d’une armée de libération ». J’ai en effet encore l’idéalisme de penser qu’on peut se dresser contre l’injustice, sans reprendre la pensée haineuse de l’adversaire, ni ses méthodes. Et effectivement, je n’arriverai jamais à considérer qu’il soit particulièrement glorieux ou « révolutionnaire » d’égorger en quelques heures, des centaines de femmes, d’enfants, et de vieillards. Et ce, qu’ils aient été coupables de ne pas être musulmans, comme ces familles de mineurs d’El Alia, ou ces simples citoyens d’Alger, ou d’Oran. Ou comme à Melouza, de rester fidèle à Messali Hadj, père du nationalisme depuis les années 1930 : action qui, comme on le sait, fut dirigée par cet officier responsable de l’ALN, Mohammedi Saïd, qui commença sa carrière militaire dans l’armée allemande hitlérienne, et qui la finit dans les rangs du FIS dont il fut un député, en ayant été au passage un des principaux responsables de l’Etat indépendant. Ou comme au moment de l’indépendance, d’avoir eu un père ou un frère enrôlés dans les forces harkies. Ceci dit, même si les grandes causes, chez nous comme ailleurs, ont eu leurs salauds — car il faudrait que l’on s’habitue à l’idée que notre pays est un pays comme les autres ! — on ne trouvera jamais chez moi la formule globalisante « les tueurs de l’ALN et du FLN » , comme les tendancieux guillemets le suggèrent.

5 - Je pense effectivement, qu’au mouvement national se posaient, non pas 1 problème comme on le dit habituellement : mettre fin au système colonial inique, mais un 2e problème : prendre en charge la nouvelle réalité humaine de l’Algérie, dont 1/10e (un million de personnes quand même !) était composé de minorités juive et chrétienne parlant pour l’essentiel le français. Et je suis bien forcé de constater que sur ce second aspect, le résultat a été « un échec » ! Echec partagé bien sûr, mais où le mouvement nationaliste a aussi sa responsabilité. Examiner la responsabilité du nationalisme, notamment durant la guerre, par rapport au traitement de la question de ces deux minorités, est devenu dans le process même d’un travail qui a duré 2 ans et demi, le véritable sujet de mon film. Un film documentaire n’étant jamais prévisible, sauf dans le cinéma de propagande, il a bien fallu qu’à la fin du tournage je tienne compte de ce que m’avaient dit, sans se cacher, plusieurs témoins ! Et de ces propos, il en ressortait que les exactions commises contre les civils non-musulmans n’étaient ni des « bavures » ou des « dommages collatéraux », ni même « des actes monstrueux de barbarie », mais des actes qui découlaient précisément de ce que j’appelle « une pensée ethnique ».

6 - Tous les nationalismes du monde sont fondés sur des critères ethniques et/ou religieux. Le nationalisme algérien n’y échappe pas (je parle évidemment de la pensée dominante) : « arabo-musulmane avant la colonisation française, l’Algérie devait le redevenir ». Voilà ce que j’explique pourtant clairement dans mon dossier de presse, mais notre maestro ès désinformation, naturellement, s’est bien gardé d’y faire référence. Comme il s’est bien gardé de reprendre les citations de certains chefs nationalistes qui figurent également dans mon dossier de presse. Par exemple, ceux de Bentobbal lors d’une réunion au Maroc répondant à des militants inquiets des messages positifs du FLN-GPRA en direction des minorités juive et européenne : « Ces textes sont purement tactiques. Il n’est pas question qu’après l’indépendance, des Juifs ou des Européens soient membres d’un gouvernement algérien. » (Archives du FLN par M. Harbi). Ou ceux de Ben Khedda, qui fut le 2e président du GPRA : « En refusant notamment la nationalité algérienne automatique pour un million d’Européens, nous avions prévenu le danger d’une Algérie bicéphale » ( La fin de la guerre d’Algérie, Casbah Ed. 1998). Ou ceux de Réda Malek qui conclut ainsi son récit des négociations des « Accords d’Evian » (Le Seuil, 1990) : « Heureusement, le caractère sacré arabo-musulman de la nation algérienne était sauvegardé. » Sans parler naturellement du code de la nationalité de 1963, qui stipule que l’on est algérien si l’on a un père et un grand-père nés en Algérie... musulmans. Les non-musulmans considérés donc comme étrangers devant en faire la demande. Beaucoup de ceux qui avaient payé leurs convictions indépendantistes par la torture et la prison, trouvant la démarche humiliante, s’y sont refusé et ont quitté l’Algérie. Au fait, et si la manière la plus simple d’échapper aux tentations de manquements à la déontologie du journalisme — qui veut que l’on n’attaque jamais l’auteur d’une œuvre censurée — était de remettre toutes les pièces du dossier aux mains du public et permettre ainsi un débat démocratique et serein autour de ce film ? Et si — rêvons un peu — la société civile, se mettait en tête de demander à voir ce film ? En attendant, comme le dit notre fumeur accro, le cauchemar continue !

Jean-Pierre Lledo