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Livre : nouvelle biographie du Che.



Signé du journaliste algérien Djamel Benmerad.


samedi 26 décembre 2009
par Hakim Arabdiou


Djamal Benmerad a publié en Algérie, chez l’Enal, Chant d’impatience puis, dans la clandestinité, Tracts pour rêver, La céramiste et le poète, On ne meurt bien qu’en Algérie, tandis que Le Matin lui a édité un essai sociopolitique qui traitait de la corruption, intitulé 421. Il est actuellement diffusé en Belgique, France et au Québec, mais ses livres sont, bien entendu, interdits en Algérie. En Belgique, Djamal Benmerad a publié Perdre le Nord chez Biliki, Abrasion et Chants d’exil aux éditions Le Coudrier. Il ne compte pas s’arrêter là : cesser de se battre et d’écrire ne figure pas dans son agenda.

Djamal Benmerad vient de publier une biographie de l’Argentin Ernesto Guevara de la Serna, dit le Che, aux éditions Aléas de Lyon. L’ouvrage nous retrace l’itinéraire militant de ce révolutionnaire mythique. C’est au cours du périple qu’il accomplit, en 1953, en Amérique du Sud, à 23 ans, diplôme de docteur en médecine en poche, que l’intéressé prit la mesure de la misère terrible qui sévit sur son continent.

Il adhère au cours de ce périple brièvement aux jeunesses communistes du Guatemala et s’engage également comme médecin bénévole, auprès des syndicats révolutionnaires ; ceci en soutien au régime progressiste guatémaltèque de Jacobo Arbenz Guzman, régime qui a été rapidement renversé, en juin 1954, par une invasion militaire de l’impérialisme états-unien.

Il fait aussi la connaissance de Hilda Gadea Ontalia, militante péruvienne de l’Alliance populaire révolutionnaire américaine (APRA), qui contribue à sa formation politique et le met aussi en contact avec des guérilleros auteurs de la célèbre attaque, le 26 juillet 1953, de la caserne La Moncada, à Cuba. Parmi ceux-ci figure Nino Lopez, celui qui lui a donné le surnom de Che, interjection de « Tiens ! », qui est employée en Argentine, en Uruguay et dans le sud du Brésil.

L’auteur de l’ouvrage

C’est toutefois le 8 juillet 1954, à Mexico, qu’un événement capital scelle son destin : sa rencontre avec les frères Castro Ruiz, Fidel et Raul. Il suit, quelque mois plus tard, en même temps que plusieurs dizaines de castristes, un entraînement aux techniques de la guerre révolutionnaire, dans une ferme, que Fidel avait acheté dans la lointaine banlieue de Mexico.

Mais leur projet a failli capoter à deux reprises. Une première fois quand Fidel Castro et quelque-uns de ses camarades sont arrêtés en ville, en juin 1956, pour officiellement « expiration de titre de séjour », puis relâchés quatre jours plus tard. Une seconde fois, le même jour, lorsque Fidel Castro et Che Guevara sont arrêtés, et ne sont relâchés qu’au bout de 57 jours.

Ces deux incidents hâtent leur départ vers l’île de Cuba. Ils embarquent dans cette direction, le 25 novembre 1956, à 81 révolutionnaires sur le Granma, un vieux bateau, prévu pour 25 personnes ; et accostent une semaine plus tard le littoral cubain, après qu’une violente tempête leur fit perdre une part notable de leurs équipements. Surprise ! C’est l’armée de Batista et les bombardiers géants US, B-26, qui les attendaient, et non pas d’autres de leurs camarades comme il était prévu.

Seulement, 12 d’entre eux réussissent à s’échapper vers la Sierra Maestra, où ils créent l’Armée Rebelle, branche militaire du Mouvement du 26 Juillet (M26-7). Les maquisards mènent de front actions armées contre les forces gouvernementales et action politique en direction de la paysannerie pauvre ou sans terre, et en direction des populations des villes en coordination avec le M26-7, branche civile de l’Armée Rebelle, le Parti socialiste populaire (communiste), l’organisation Autentica, le Directoire révolutionnaire des étudiants et les syndicats ouvriers.


Diaporama : Guevara - Diaporama

Le Che, premier à être nommé commandant dans l’Armée Rebelle, après Fidel Castro et avant Raul Castro, est devenu un personnage légendaire chez les paysans, qu’il soignait eux et leurs enfants ; grâce aussi à l’alphabétisation qu’il leur prodiguait et surtout à ses faits d’armes. Chargé par Fidel Castro d’intensifier le travail de propagande, il crée le journal, Cubano libre, et radio-bemba. Il assume ces tâches en même temps que son commandement d’une unité combattante et sa liaison amoureuse avec Aleida March, une guérillera castriste, avec laquelle il aura une fille : Hilda.

Les États-Unis d’Amérique font parvenir discrètement, par l’intermédiaire de la CIA, d’importants fonds à leur Mouvement, certainement pour éviter que ce dernier ne tombe sous l’influence des pays communistes par le biais de leur financement. Les dirigeants du Mouvement croient, quant à eux, que ces sommes proviennent de riches patriotes cubains.

A la fin du premier semestre 1958, l’annonce par un groupe d’exilés cubain, à Miami, aux États-Unis d’Amérique, d’un Pacte d’opposition à la dictature, et de son projet de mise sur pied d’une Junte de libération fait craindre aux Barbudos la confiscation du fruit de leur combat, par ce qu’ils considèrent ceux-ci comme un clan du pouvoir antipopulaire cubain. Ils décident alors de déclencher une offensive militaire sur La Havane, qu’ils coordonneront le moment venu avec une grève générale dans les villes. Six mois après, Che Guevara est parmi les premiers à entrer dans la capitale, conquise.

Proclamé citoyen cubain, celui-ci occupe successivement les postes d’ambassadeur itinérant de Cuba, de responsable de l’institut de la réforme agraire et de la Banque nationale de Cuba. C’est aussi lui qui négocie, en février 1960, le premier plan quinquennal de coopération économique et commerciale soviéto-cubaine, qui comprend la clause secrète relative à l’installation dans l’île de rampes de lancement de missiles soviétiques.

Il est toutefois très vite déçu par la réalité du socialisme dans les pays concernés et par le fait aussi que ces pays n’aient pas rempli de façon satisfaisante leurs obligations envers Cuba. Il n’hésite d’ailleurs pas de le faire savoir publiquement, en décembre 1963 au siège de l’ONU, et au cours du séminaire afro-asiatique qui s’est tenu, en février 1964, à Alger.

Persuadé cependant de sa vocation de guérillero internationaliste, il répond favorablement à la demande d’aide de l’opposition armée progressiste contre le pouvoir fantoche au Congo. Il s’y rend en mai 1965, accompagné de 150 volontaires cubains. Mais il y renonce avec amertume au bout de dix mois, car les maquisards africains étaient selon lui peu motivés au combat, à cause de leurs chefs, qui se tenaient éloignés de l’inconfort et des risques mortels des maquis.

Pas découragé pour autant, il implante en Bolivie, avec 10 volontaires cubains, de novembre 1966 à octobre 1967, un autre foyer de guérilla. C’est là qu’il élabore sa théorie des focos (foyers, incendies) révolutionnaires, censés s’étendrent de proche en proche à toute la Bolivie, puis aux pays alentours. Il laissera la vie dans ce pays, à 39 ans.

Par Hakim Arabdiou