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A.F.P : Agence Française Privatisée ?




lundi 11 mai 2009
par ramila


Samedi lors d’un discours sur les libertés prononcé à Metz par le président du MoDem, François Bayrou, celui-ci a remis sur la sellette le débat sur la privatisation de l’AFP en exprimant ses craintes pour la liberté et l’indépendance de la presse...Ce qui est justifié car il semble que le projet va se réaliser très prochainement. Le PDG de l’Agence France Presse et initiateur du projet, Pierre Louette, a proposé au gouvernement un dossier ficelé vers la fin du mois de mars. Si ses voeux sont exaucés, la célèbre agence qu’il dirige deviendra une « société nationale à capitaux publics, assurant un financement stable et pérenne » fonctionnant sous l’arbitrage d’une fondation de vigilance qui devrait garantir son indépendance. Lui sera alors un chef d’entreprise à capital et salaire doré. Bon plan en perspective, sauf pour les syndicats de journalistes impuissants...

Voir en ligne : photo : Sarko et les journalistes de demain

Pierre Louette - PDG de l’AFP : "Nous sommes une agence qui a besoin d’être parfois soutenue, qui a besoin d’être aimée aussi"

François Bayrou - Président du MoDem :

"Une privatisation de l’Agence France-Presse, telle qu’elle semble se préparer, serait catastrophique pour la liberté de la presse en France. Les médias plus sensibles aux pressions ne rapporteraient peut-être pas de la même manière si l’AFP n’était pas là."

Si François Bayrou, par ces propos a raison de craindre la privatisation de l’AFP, le projet remis officiellement au gouvernement vers la fin mars par Pierre Louette ne date, en réalité, pas d’hier et avait déjà fait l’objet de vives protestations au sein des intersyndicales de journalistes. Malgré le règlement de l’agence et notemment son Art2 qui stipule que "l’AFP ne doit, en aucune circonstance, passer sous le contrôle de droit ou de fait d’un groupement idéologique, politique ou économique ", malgré les protestations virulentes des syndicats, malgré les appels antérieurs des journalistes de l’agence qui voulaient déjà dénoncer les pressions politiques dont il font l’objet, il semble que le dossier soit déjà bien avancé et qu’il ne manque que le seau du Roi à sa réalisation.

C’est lors de sa reconduction comme PDG à la tête de l’AFP en décembre 2008 que Pierre Louette sous les encouragements de la ministre de la culture et de la communication, Christine Albanel, a présenté le cahier des charges de l’agence jusqu’en 2013 qui fut immédiatemment approuvé et signé par l’Etat. Ce cahier des charges est en réalité un Contrat d’Objectifs et de Moyens (COM ) qui prévoit selon Christine Albanel « une évolution régulière des abonnements de l’État au sein de l’AFP pour un montant de 109,6 millions d’euros, ainsi qu’un investissement, sous forme de dotation, de 20 millions d’euros sur cinq ans pour permettre à l’agence de s’adapter dans l’univers en mutation des médias, renforcer ses activités traditionnelles et proposer des services enrichis à forte valeur ajoutée ».

Malgré ce beau programme censé développer le réseau et la technologie de l’AFP, les journalistes dénoncent cette privatisation qui n’est selon eux, que le processus qui doit permettre la modification de leur statut de 1957 si cher à leur coeur par l’indépendance d’esprit et de travail qu’il leur garantit. Mais l’époque n’est plus à la noblesse des idées ou à l’éthique, et si la profession mérite un grand débat, une sérieuse remise en question, c’est à une conseillère municipale et secrétaire nationale UMP de l’époque, Daniel Giazzi, qu’avait été confié la lourde tâche de rédiger un rapport, qui devait servir de base de discussion a cet effet.

Ce rapport de 60 pages intitulés "Les medias et le numérique " rédigé en septembre 2008 se veut un guideline de 34 mesures à prendre pour développer et améliorer le travail de la presse. C’est surtout le rendement qui est à l’ordre du jour de cet affligeant dossier divisé en 3 chapitres dont certains extraits sont publiés ici.

Outre le ton scolaire insultant pour les journalistes, cette "réflexion mandatée" n’est qu’une mascarade qui veut cacher le seul objectif réel : faire de l’AFP une affaire rentable...au détriment de la liberté d’expression.

les constats

Sur un terrain fragile, la révolution numérique apporte de nouvelles opportunités, mais surtout de nouvelles menaces (description apocalyptique d’internet ) et d’importants besoins d’investissements, ...il faut sortir de la béatitude, les attentes sont très fortes, notamment de la part des dirigeants de medias, qui voient fondre leur rentabilité, Quant aux syndicats, ils défendent des valeurs authentiques, mais à partir de modèles d’analyse et d’actions parfois vieillissants., de nombreux tabous s’opposent au changement : les relations entre le pouvoir politique et les medias !

les objectifs

- protéger les métiers de l’information

- assurer la rentabilité et la compétitivité de nos entreprises de medias .

- faire naître des champions internationaux

...et les mesures.

- Constitutionnaliser la défense du pluralisme et de l’indépendance de la presse

- Appuyer le plan ’Défi 2010’ des NMPP, favoriser l’ouverture de nouveaux points de presse

- Etendre les compétences du CSA

- Professionnaliser les sites d’information.

- Faire émerger une formation ambitieuse pour les stratèges de la guerre numérique

- Susciter des formations marketing dans les écoles de journalisme et de communication

- Autoriser un groupe de medias à posséder une chaîne de télévision, une radio et un quotidien de dimension nationale

- Supprimer les seuils de détention capitalistique (49%, 15%, 5%).

Plus que 3 ans de Sarkozie qu’il disait !

Le temps de museler toute la presse soi-disant au nom du développement et de la rentabilité !

Annexe :

Bilan de la première année de présidence dressé par le SNJ particulièrement accablant pour la liberté de la presse :

• Descente de police à Radio Frequenza Mora, à Bastia, le jour même de l’anniversaire de son élection ;

• Projet de loi sur la protection des sources qui, en l’état, s’avère plus dangereux qu’utile ;

• Promesses non suivies concernant la défense de la qualité de l’information ;

• Concentrations qui s’accélèrent, pluralisme menacé, emplois qui disparaissent par centaines ;

• Crise sans précédent dans la presse quotidienne nationale, notamment dans le groupe Le Monde ;

• Audiovisuel public complètement déstabilisé avec la disparition programmée d’une grande partie de ses ressources sans solution pérenne de remplacement.

Au lieu de continuer à vouloir faire des journalistes les boucs émissaires de ses déboires dans les sondages, le président de la République serait mieux inspiré d’écouter les inquiétudes grandissantes d’une profession en crise. Et de l’aider à retrouver les conditions d’exercer pleinement, et en toute indépendance, sa mission d’informer auprès des citoyens de ce pays.

( Syndicat National des Journalistes-mai 2008 )

Adresse de la pétition pour l’indépendance et la survie de l’AFP qui totalisait en decembre 2008 déjà plus de 9 000 signatures :

http:// www.sos-afp.org.

Sources :
- Free AFP
- http://www.acrimed.org/article2940.html
- l’Humanité 23/12/08
- Mediapart (http://www.mediapart.fr/club/editio... )
- Blog : http://danielegiazzi.typepad.fr/abo... ) -
- http://www.parismatch.com/dans-l-oeil-de-match/reportages/34- mesures-pour-sauver-les-medias/
- http://www.snj.fr/article.php3 ?id_a...

Photo : http://offtherecords.files.wordpres...

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