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Algérie : qui a tué le professeur Kerroumi ?

Des allégations de torture ternissent le procès du meurtre d’un militant politique

dimanche 8 décembre 2013
par populiscoop


La Commission internationale de juristes et Amnesty International ont fait part le 6 décembre de leur préoccupation quant au procès de Mohamed Belbouri devant le tribunal pénal d’Oran en Algérie. La prochaine audience doit avoir lieu le 9 décembre.

Voir en ligne : Signer la pétition pour la vérité

Logo Amnesty International Publié le samedi 7 décembre 2013

Écrit par Amnesty international Algérie

Mohamed Belbouri, 29 ans, comparaît comme seul accusé dans l’affaire du meurtre du professeur Ahmed Kerroumi, un militant politique algérien. Ahmed Kerroumi a été assassiné en avril 2011, peu après avoir rencontré le rapporteur spécial de l’ONU sur la liberté d’expression, Frank La Rue, en Algérie.

La Commission internationale de juristes et Amnesty International demandent aux autorités algériennes de garantir le droit de la famille d’Ahmed Kerroumi de connaître la vérité sur son homicide et d’amener pénalement le ou les auteurs à rendre des comptes dans le respect des normes internationales d’équité.

Les deux organisations déplorent que le procès de Mohamed Belbouri ne soit pas conforme à ces normes, et bafoue notamment le droit des accusés d’être présumés innocents et le droit de se défendre. En outre, elles s’inquiètent des allégations selon lesquelles Mohamed Belbouri a subi des actes de torture et des mauvais traitements lors de son interrogatoire dans les locaux de la police du 12 au 17 mai 2011, semble-t-il dans le but de lui faire « avouer » le meurtre d’Ahmed Kerroumi .

Mohamed Belbouri affirme qu’on lui a asséné des coups sur le crâne, au visage, dans le ventre et sur les pieds, qu’il a été électrocuté, contraint de rester agenouillé pendant des heures avec une chaise sur la tête, et qu’on l’a menacé de maltraiter ses proches s’il ne passait pas aux « aveux ».

« Les autorités algériennes doivent respecter et garantir le droit de Mohamed Belbouri d’être entendu équitablement devant un tribunal indépendant et impartial, conformément aux normes internationales d’équité, a indiqué Wilder Tayler, secrétaire général de la Commission internationale de juristes.

« Elles doivent veiller à ce que toutes les informations faisant état de torture ou de mauvais traitements dans cette affaire fassent l’objet d’investigations poussées et impartiales, et que toute déclaration possiblement obtenue par ces moyens ne soit pas retenue à titre de preuve. »

Les deux avocats qui représentent les accusés et la famille du professeur Ahmed Kerroumi ont affirmé que le procès était entaché d’irrégularités ; le tribunal a notamment refusé d’autoriser la défense à faire citer des témoins et à procéder au contre-interrogatoire des témoins, y compris l’expert médicolégal qui a réalisé l’autopsie d’Ahmed Kerroumi, et à remettre en cause et examiner les preuves avancées par l’accusation.

« La justice ne serait pas rendue en condamnant – possiblement à mort – un homme qui clame son innocence depuis le début, alors que de très nombreux doutes pèsent sur le sérieux de l’enquête » , a conclu Philip Luther, directeur du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d’Amnesty International.

VERITE ET JUSTICE POUR KERROUMI !

Combinant divers moyens le pouvoir s’emploie à tétaniser la classe politique. Il espère ainsi emprisonner la société dans le choix entre le chaos ou sa reconduction dans les formes qu’il aura choisies. Aux plans judiciaire et médiatique, l’affaire Kerroumi, cadre du MDS assassiné à Oran et dont le corps a été retrouvé le 23 avril 2011 dans le local du Mouvement, révèle le sort que le pouvoir réserve à tous ceux qui voudraient édifier une alternative. C’est ainsi qu’une figure emblématique de l’université et de la culture, un défenseur des droits de l’homme, un militant engagé dans la cause du progrès et de la démocratie, la victime d’un assassinat odieux se voit dénier le droit à un procès équitable et mis insidieusement en accusation par un pouvoir qui criminalise toute opposition. Mouvement démocratique Social Sa disparition suivie de son meurtre ont eu lieu au moment où, dans le monde arabe, les peuples se soulevaient au nom du droit et des libertés. En Algérie certaines forces prétendaient accompagner cette aspiration au changement et Kerroumi était en leur sein un acteur déterminé. Le silence de la classe politique devant son assassinat et la farce judiciaire qui a suivi souligne son inconséquence, banalise le meurtre de militants et permet au pouvoir d’échapper à ses responsabilités. Les partis ont accepté qu’un pouvoir aux abois prévienne tout risque de mise en cause en s’appuyant sur un grossier montage policier. En faisant du tapage autour d’un bouc émissaire que le pouvoir s’est empressé de présenter et alors que le juge a rejeté les demandes de contre-expertise, certains relais du pouvoir dans les milieux islamo-conservateurs se rendent complices du crime en stigmatisant la victime et marquent ainsi le caractère politique de l’affaire.

L’engagement et la maturité de la famille ainsi que des militants politiques et des ligues des droits de l’homme mobilisés pour favoriser la manifestation de la vérité, notamment à travers une pétition, ont empêché que l’indifférence ne protège une forfaiture. C’est l’expression du refus de la société d’abdiquer devant le caractère despotique du pouvoir.

Le MDS appelle à élargir la mobilisation pour être digne du sacrifice de notre camarade Kerroumi et poursuivre son combat. Le procès en appel qui se tient le 9 décembre 2013 à Oran doit être l’occasion de démasquer l’instrumentalisation de la justice dans le but de couvrir le pouvoir.

L’ARBITRAIRE NE TRIOMPHERA PAS !

Alger, le 30 novembre 2013

Le Bureau national — http://www.avaaz.org/fr/petition/Comite_pour_la_Verite_sur_lAssassinat_dAhmed_Kerroumi/ ?fbdm

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