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Albert Camus : réfractaire souvenir d’Algérie !



Intrépide envers l’absurdité, le libertaire ébranlera toujours les conformismes des deux rives.


mardi 18 septembre 2012
par Rebel Kazimir


Albert Camus est un tableau où s’enregistrent les incartades de part et d’autre des deux patries qui partagent aussi bien l’homme que son œuvre. D’une agilité tactile car tellement réactive, sa présence dans les élites de France et d’Algérie, parce que très sensible, se négocie aux jalousies superficielles des pleureuses intimes. Et dans les débats, quêtant de son mouvement de pensée contemporain : le « camusien », une identité qui blâme la mémoire cachée, amoindrie et refoulée par la stupidité, le monument est sujet à une adoption aux facettes peu conciliables.

Trop subversive pour sa part, la personnalité est un temple assujetti aux convoitises… L’Algérie que l’auteur a quitté à l’époque de la pléthore des consécrations, où celle de sa récompense du Nobel et celle de la voix révolutionnaire choisie par les colonisés pour se libérer, ont tenu, main dans la main, le haut du pavé. Ce pays n’était pas consentant à être occupé d’une civilisation qui ne cessait de sonder, hésitante !

En France l’auteur de « La peste », draine toujours un brouhaha où l’exclusion est une mesure de criminalisation, à propos d’être né ailleurs ! Inaliénable et inassimilable restera-t-il à jamais le rival de la pensée congelée ! A l’époque où de son arrivée en France, il était insolent envers l’absurdité rayonnante à Paris prise par la turbulence de la décolonisation. Un pied-noir avant l’heure !

Les violences de la mission dite civilisatrice d’un colonialisme spoliateur de richesses et d’identité.

L’anathème envers Albert Camus est né, en effet, depuis son déplacement en France. Débarquant avec des travaux qui lui ont déjà tracé un carré d’autorité, reluisante dans même le Monde, il était trop intrépide pour son nouvel entourage. Son enquête journalistique qui a pour titre : « Misère de la Kabylie » allait faire de lui le résistant qui venait du prélude de la sédition des algériens ! Vulgarisé, comme catalogué, en lien avec la (dé) colonisation de l’Algérie, tout en lui restant récalcitrant fait que l’incompréhension dépasse la nomenclature où il est classé.

Livre de Catherine Camus Livre (co-écrit) de Catherine Camus : Albert Camus : solitaire et solidaire.

L’expo Camus à Aix en 2013 qui doit être présentée à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) en novembre 2013, dans le cadre de Marseille-Provence 2013 capitale européenne de la culture, qu’on estimait comme la plus grande manifestation centrée sur l’activité intellectuelle du philosophe, suscite un nouveau bras-de-fer. La manche d’honneur que lui-même l’aurai faite, la commémoration n’a pas encore trouvé son animateur, son manager ou communément son commissaire, elle est peut-être déjà annulée !

Le brillantissime philosophe Michel Onfray annonce dans twitter et par une tribune publiée dans le journal du soir « Le Monde » dont nous vous livrons une copie, qu’il décroche d’un nid de guêpes, voire d’un malsain branle-bas psalmodié de toutes parts. Lui, comme dernier, fait son écueil envers la fille Catherine Camus, héritière qui s’érige en obstacle pour que le père soit d’appartenance publique, précurseur parmi les réfractaires au gauchisme des schémas rigides. D’où l’idée d’un musée Camus, fixée par M. Onfray, d’un libertaire pour son maître en le genre.

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Lettre de Michel Onfray, L’expo Camus à Aix
Lettre de Michel Onfray, expliquant son abandon d’être commissaire 2013 de "l’expo Camus" à Aix en

Avant que ce pédagogue ne jette le torchon sur le ring des cercles immodérés et à intérêts occultes, l’historien Benjamin Stora a été poussé par la fenêtre, la fille n’en voulait pas, principalement pour la ligne suivie par son éminent travail sur l’Histoire de l’indépendance algérienne. L’historien natif de Constantine agit comme un esthète où la sociologie algérienne sous domination coloniale, est plus exploitée que le joug. L’amer souvenir français qui a pourtant ses adeptes, plus raisonnés en France et en Algérie, chantant bien leur victoire sur l’absurdité !

Illustrations de l’oeuvre littéraire d’un philosophe

L’historien soutient (idéologiquement pour le dire sèchement) dans ses recherches et ses exposés, aux yeux des nostalgiques d’une Algérie française, la couverture de sa souveraineté par l’ancienne colonie. Et cette dernière ne se fait pas éviter dans les protocoles quotidiens de la vie publique française. Enumérer les faits en rapport avec l’Algérie qui jalonnent le terrain français de l’activité intellectuelle, serait fastidieux, les retours sont tellement fréquents.

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Livre de Michel Onfray
Livre de Michel Onfray : L’Ordre libertaire - La vie philosophique d’Albert Camus

Camus est aussi un élément de la famille algérienne en France. Tel le film de Rachid Bouchareb « Hors-La-Loi » qui a été, carrément, coté et perçu en éloge à l’insoumission libératrice d’un pays malaimé avec son indépendance… Et dernier en date, des hasards, qui eut été un tapage a touché l’école française, avec la pseudo-fuite des sujets d’histoire du bac de la série sciences 2012. Alors que le cinquantenaire de la libération algérienne remuait bien les mémoires saccadées des deux rives, voir notre sujet, sur examen bac 2012, sur Populi-Scoop.

L’homme de gauche et libertaire bien assumé, Michel Onfray, vient de publier un immense ouvrage intitulé : « L’Ordre libertaire - La vie philosophique d’Albert Camus » où il sanctifie Camus dans la chapelle libertaire. L’auteur de « L’étranger » recherchait bien sûr un catalogue idéologique, sa fille Catherine qui a refusé à Benjamin Stora d’algérianiser l’ancien journaliste d’Alger-Républicain, titre du Front Populaire de là-bas en sud-méditerranée…