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Tunisie, les islamistes non encore compatibles avec la démocratie.



L’ADN islamiste et l’offensive obscurantiste dans un contexte préélectorale et postrévolutionnaire.


vendredi 1er juillet 2011
par Azouz Benhocine


La Tunisie de post-révolution est devant un nouveau destin, celui de l’exercice d’une démocratie acquise en un printemps. Ce fut une hirondelle heureuse qui a voltigé sur le monde arabe, proférant un entrain de liberté. Mais sa transition réveille les islamistes avec leurs lots de démences.

Enahdha a été autorisée comme un acteur politique, ce qui a libéré ses militants de la clandestinité. Mais les démences qui se manifestent augurent qu’elles se risqueraient d’être les divagations majeures connues. De sursoir à l’alternance au pouvoir, une fois installés au sommet de l’Etat. Ou bien de commettre de déstabilisation généralisée qui arrêterait toute l’économie touristique ou bien remettrait en cause la paix sociale.

Le pays, démis de des griffes d’une prédation installée au sommet de l’Etat, plonge de pleins pieds dans un nouvel avenir. Ce dernier résulte d’une révolution qui a cassé un pan du nationalisme arabe, le plus défaitiste et décadent. Et la petite Tunisie devient aussi grande de son peuple, en quelques jours, elle est passée en centre pour la Terre, auquel les yeux admiratifs sont encore vissés à ses victoires et espérances nouvelles.

La démocratie qui a toujours survenu de la vertu du compromis, a été activée en Tunisie en l’espace de quelques semaines de révolte. Où d’un consensus social entre les militaires qui ont lâché leur chef et le peuple qui revendiqua sa déchéance pour manquements, a été ouverte une porte aux islamistes tunisiens. Ils n’avaient pas droit de cité par le passé.

Le pays se dirige sur l’élection d’une assemblée constituante, et la présence de politiciens accoutrés de tenues officielles attribuée à Allah sur la scène où la société tunisienne est censée assurer l’après-Ben Ali, commence à semer la discorde. De loin anxiogène, phobique et déstabilisante, l’excitation islamiste montre ses dangers.

Les islamistes tunisiens principalement structurés dans l’organisation Enahdha adhèrent aux mêmes crédos obscurantistes habituellement étalés, là où la nébuleuse obscurantiste frappe ses rythmes et ses assauts. Menaçants envers les libertés et sans ancrage dans le présent, qui à chaque seconde vécue se renouvelle, ils versent encore dans l’intransigeance et l’extrémisme. La panoplie des réflexes antidémocratiques, qui sont plus nuisibles à l’islam de la paix et des lumières et dangereusement calamiteux pour les croyants, usent justement de la nouvelle démocratie. Et la question se pose, la peur que véhiculent les islamistes, a-t-elle droit de cité dans la nouvelle démocratie ?

A l’instar d’autres organisations islamistes, et dans nombreux pays où végète cette pseudo-idéologie car certifiée de fondements théologiques, les islamistes tunisiens subissent l’épreuve de la modernité. Leur dogme, loin s’en-faut qu’il peut prétendre de création humaine et sous la responsabilité de justiciable, reste une croyance d’égarés, sans chaînes ni maîtres ou encore sans esprit et contre la stabilité.

Sinon que peut être l’acte de verser dans la violence pour imposer ses idées profondément privées, la conviction religieuse, aux autres tunisiens qui s’attachent rationnellement à la laïcité. L’attaque de l’AfricArt a résonné comme une alerte. S’attaquer à un film tunisien, réalisé par une femme et qui pour thème la laïcité est un signe révélateur du péril vert. L’hydre hideuse de l’islamisme réactionnaire se ragaillardit, attisant un djihad contre l’art avant ses ingrédients critique. Est-ce avec l’inquisition que les islamistes tunisiens hypothèquent leur destin ?

Nombreux islamistes de part le monde lorgnent au modèle turc, et aspirent à s’insérer dans l’exercice de démocraties. Mais leur doctrine, la matrice originelle, reste plaquée sur des préceptes archaïques. Traversés aussi par un vecteur identitaire siégeant dans les esprits, le droit commun de la nouvelle démocratie tunisienne se risque-t-il de d’intégrer la religion comme inspiration unique pour ses lois ?

L’internationale islamiste qui ne siège pas, comme pour les partis de la 3ème socialiste ou bien les grandes rencontres des PC (Partis Communistes), est une nébuleuse où interfèrent des cheikhs, faqihs, prêcheurs et ayatollahs. Si le label Al-Qaïda fait l’exemple de coalition tacite entre hordes de criminelles, les groupuscules mêlant politique et religion musulmane ont une semblable cohérence de porter les interdits à l’art, aux libertés, à la gente féminine et même aux institutions. Comme une salle de spectacles qui a droit à une protection de la force publique quand les citoyens la fréquentent.

Cette référence nouvelle de s’intégrer dans des processus démocratiques comme se fait au pays de Kamal Attaturk, n’enfreigne en rein à la laïcité. Elle peut s’accommoder d’un parti politique, religieux et équivalent à celui des « démocraties chrétiennes » déjà usitées dans les expériences de démocraties occidentales ou ailleurs.

Le modèle laïc tunisien, qui a été apte à regrouper une diversité de croyance, est regardant aux troubles et violences des islamistes de post-révolution. Le pays a toujours fait des institutions communes, sans les baser sur une quelconque confession. Après le départ du mafieux et despote, Ben Ali, le réveil de l’intolérance est claironné par les islamistes.

Et en faisant étendard de la religion de la majorité des tunisiens, le fanatisme s’est déjà attaqué, dès lors que la révolution des jasmins a eu gain de cause du dictateur, à des prostituées. La femme est-elle encore une perversité, puisque c’est un film d’une cinéaste, Nadia el Fani qui révèle encore une fois la nature théocratique…

Séverine Labat, chercheur au CNRS et politologue, dénonce les attaques dont est victime la réalisatrice Franco-tunisienne, Nadia El Fani, en raison de son nouveau film "Ni Allah, ni maître".

A rebours des prophéties annonçant la mort de l’islam politique, la réalisatrice franco-tunisienne, Nadia El Fani, fait, avec d’autres, les frais d’un retour inattendu de l’obscurantisme dans une Tunisie pourtant tenue pour être le pays arabe le plus avancé en termes de laïcité.

En effet, tandis qu’en son temps, Habib Bourguiba s’autorisa à boire du jus d’orange en public durant le mois de ramadan, il ne semble plus permis, à quelques mois de la chute de Ben Ali, de revendiquer le droit à la pleine liberté de conscience, ni d’afficher ses convictions athées.

Après un talentueux "Ouled Lenine" ("Les enfants de Lénine") réalisé voici deux ans et relatant le parcours de militants communistes tunisiens, au nombre desquels son propre père, Nadia El Fani, qui a commencé sa carrière auprès, rien moins, de Jerry Schatzberg, Roman Polanski, Nouri Bouzid, ou encore Romain Goupil, nous revient avec un stimulant "Ni Allah ni maître" (projeté au Festival de Cannes le 18 mai).

Consécutivement à un reportage diffusé sur la chaîne tunisienne Hannibal TV, son nouveau film lui vaut, depuis quelques jours, l’ire d’un islamisme dont les déchaînements commencent à inspirer une crainte non feinte en Tunisie.

Plusieurs sites, plus ignominieux les uns que les autres, ont ainsi fleuri sur Facebook où cette courageuse jeune femme est représentée sous les traits du diable et autres créatures difformes. Affichant le portait d’Oussama Ben Laden en guise de photographie de profil, ses quelques n’hésitent pas à lui promettre les flammes de l’Enfer lorsque ce n’est pas, purement et simplement, "une balle dans la tête".

Son crime ? Avoir simplement déclaré ne pas croire en Dieu ….

D’autres artistes, tels que le cinéaste Nouri Bouzid, ont également fait l’objet de menaces de mort de la part de militants du parti islamiste En-Nahdha. Ces derniers, à peine leur leader historique, Rached Ghanouchi, rentré d’exil, s’étaient illustrés en tentant de mettre le feu aux bordels de l’un des quartiers de la médina de Tunis. A quelques mois des élections à la constituante (24 juillet), se profile ainsi le spectre de sérieuses batailles politiques pour la défense de l’héritage bourguibien en termes de droits des femmes et d’une certaine conception de la laïcité.

Séverine Labat, chercheur au CNRS et politologue