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Algérie : statue hommage à Jean Amrouche



Chantre (Aguelid) de la culture patriotique qui construit la modernité...


mercredi 18 avril 2012
par N.E. Tatem


L’homme mérite la reconnaissance de toute sa partie. Mais casser du berbère est le jeu ignoble des dirigeants officiels d’une Algérie engloutie, depuis 1962, dans l’intolérance, l’exclusion et le bannissement de son génie. C’est grâce à L’association culturelle Jean et Taos Amrouche d’Ighil Ali que l’inauguration, le lundi 1er Avril 2012 qui est le jour du 50è anniversaire de sa mort, d’une statue en hommage à Jean Mouhouv Amrouche, s’est réalisée.

Le travail, de ce collectif associatif qui fait une prouesse s’apparentant à l’exemple national, a été dur et pénible. Nous reviendrons un jour sur leurs difficultés et sacrifices pour ce projet, ces simples citoyens combien anonymes et dévoués. En effet la fierté retrouvée, ce village de la petite Kabylie fait une démonstration de qualité. Rayonnante et modèle pour le pays, tant pour le respect de la culture nationale authentique que pour ce digne fils d’Algérie, car rebelle et génie à la fois.

Jean Amrouche et le FLN

L’occasion de cette inauguration a donné lieu à un riche programme d’activités artistiques. L’empreinte des pères blancs et de leurs diverses œuvres bénévoles, pour la charité et le savoir, est indélébile. Car c’est aussi la vénération d’un intellectuel qui a fait de la langue française un porte-voix pour la cause de sa liberté qui ne se distingue point de celle de son Algérie. Le groupe de citoyens d’Ighil Ali compte aussi mettre en place un autre acte en hommage à Taos…

« Le colonisé vit en enfer, isolé, entravé, sans communication avec autrui, déraciné de son histoire et des mythes de son peuple, maudit. Il prend conscience de son état dans l’humiliation, le mépris et la honte […]. Il se sent frappé d’une tare indélébile, condamné. Ses dons personnels ne sont pas en cause. C’est plus grave. Ils sont disqualifiés, et ravalés au niveau des dons du singe[…] Jamais on n’interprète sa réussite comme la preuve d’un authentique accomplissement humain. »

de Jean Amrouche : In « Notes pour une esquisse de l’état d’âme du colonisé », Un Algérien s’adresse aux Français.

Mais quand les héros algériens sortent de la formule établie et des paramètres mentaux tracés par les férus de l’identité arabo-musulmane, qui a ses valeurs mais pas celles vécues et imposées à la communauté nationale, le rejet de la différence d’autrui, y compris son propre frère ou compagnon, prend le dessus. Et c’est le cas de Jean le berbère et le chrétien, l’effacé de la mémoire culturelle...

Les opinions qui divergent des fameuses constantes, que se partagent les intégristes et les nationalistes réactionnaires, à savoir la langue et la religion, sont souvent bannies de l’espace public. Le cas du brillant journaliste littéraire et du poète Jean Mouhouv Amrouche est de cette catégorie bannie... Francophone et non-musulman ! Pourtant à mieux connaître son œuvre et son parcours, nous serons censés l’apprécier et même le placer au panthéon des grandes idoles du peuple algérien.

L’HOMME QUESTIONNAIT DIRECTEMENT DE GAULLE, alors que rares des français et des combattants pour l’indépendance ne pouvaient atteindre et discuter avec le général.

Cependant le mépris officiel, dû principalement à sa berbérité avant sa religion native (né chrétien), est certainement la pire cruauté que ressent la personnalité algérienne.

Originaire d’Ighil-Ali (Nord/ouest de Bordj), le village où se retrouvent aussi les racines du chantre de la résistance populaire de 1871 El-Mokrani, il sillonna le Maghreb et la France comme nombreux de ses compatriotes, épris d’horizons radieux et lointains. Né le 6 février 1906 en (Algérie) et décédé le 16 avril 1962 à Paris, son village qui a peuplé Bord-Bou-Arréridj, à l’instar des autres tribus, douars et patelins de la région, recèle aussi les racines de bien nombreuses éminences qui font la fierté du pays...

Jean et le FLN

La famille des Amrouche s’installe à Tunis. Après de brillantes études secondaires, Jean Amrouche entre à l’École normale de Saint-Cloud. Il est ensuite professeur de Lettres dans les lycées de Sousse, Bône et Tunis, où il se lie avec le poète Armand Guibert, et publie ses premiers poèmes en 1934 et 1937. Pendant la Seconde Guerre, il rencontre André Gide à Tunis, et rejoint les milieux gaullistes à Alger.

C’est aussi un homme de la communication moderne de son époque, la radio. Que jamais la langue française n’a croisé un si brillant journaliste, commentateur acerbe et critique érudit touchant au de moindre-importance domaine de la littérature. D’ailleurs quand il s’agit de livres, les autorités algériennes deviennent féroces par la torture après la censure... Il fut une découverte, alors que les ondes de la TSF (transmission radio à grand public) étaient à leur apogée, explosant les écoutes des auditeurs partout dans le monde.

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Lettre de Jean Amrouche à Jules Roy
Jean Amrouche à Jules Roy, à propos d’Albert Camus, un autre algérien.

Document :

Lettre de Jean Amrouche à Jules Roy, à propos d’Albert Camus, un autre algérien.

Il fut d’abord l’animateur de très nombreuses, et quasi quotidiennes, d’émissions littéraires, sur Tunis-R.T.T. (1938-1939). Puis Radio France Alger (1943-1944) pendant que les fracas de la seconde guerre tenaient l’essentiel de l’actualité. Puis sur Radio France Paris (1944-1958), il a été reconnu comme le premier interlocuteur des gens de lettres sur cette chaîne publique. Il s’illustra à cette époque d’être en maîtrise parfaite des théories de la littérature contemporaine, ainsi son génie comparatif avec les œuvres classiques fut le plus diffus…

Parmi les grands noms des auteurs et penseurs littéraires qu’il a interviewé : Gaston Bachelard, Roland Barthes, Maurice Merleau-Ponty, Edgar Morin, Jean Starobinski, Jean Wahl etc.… c’est-à-dire le fleuron des analystes des genres littéraires de son époque.

En outre des poètes et des romanciers : Claude Aveline, Georges-Emmanuel Clancier, Pierre Emmanuel, Max-Pol Fouchet, Jean Lescure, ET SON COMPATRIOTE Kateb Yacine ainsi que des peintres dont Charles Lapicque.

Il est le précurseur « des séries d’entretiens radiophoniques », que suivaient tous les mondes : universitaires, de la presse et de l’édition. Les plus marquantes, reprises à périodicité hebdomadaires, jouissaient d’une écoute large dans les cercles intellectuels.

Notamment ses 34 Entretiens avec André Gide (1949),

42 Entretiens avec Paul Claudel (1951),

40 Entretiens avec François Mauriac (1952-1953),

12 Entretiens avec Giuseppe Ungaretti (1955-1956).